A Paris, une marche blanche réclame « justice » pour les deux frères tués sur le Pont-Neuf – Libération

Plusieurs centaines de personanes ont défilé ce mercredi dans le nord de Paris, dit quelques jours après la mort de deux frères lors d’un contrôle de police. La famille n’a pas souhaité s’exprimer.

« Boubacar et Fadjigui » : ces prénoms sont sur tous les tee-shirts blancs distribués au début du rassemblement, ce mercredi à Paris. Les participants exigent « justice pour nous frères », réclamer “reprendre en paix”, ou promis : «on n’oubliera pas», «à jamais dans nos cœurs». Les troupeaux se sont mêlés au silence des centaines de participants à la marche blanche en hommage aux deux frères de 24 ans et 31 ans tués lors d’un contrôle de police, le 24 avril, sur le Pont-Neuf à Paris. Le cortège s’élançait de la place Henri-Matisse, dans le XXe arrondissement, où ils vivaient, pour rejoindre la rue de l’Orillon, près de là où ils ont grandi, traversant le quartier populaire de Belleville.

Au détour d’une cour d’école, un gamin regarde, bouche béée, la marche muette à laquelle une partie des jeunes en jogging ou en kamis, des femmes, des âgées ou des accompagnatrices de poussettes. Alors que la foule vient d’arriver au terme de son parcours, un vieillard s’immisce. Il pose des questions, mais une minute de silence vient de commencer. II fond in larmes quand il comprend, pour un chuchotement, la cause du rassemblement. Celui-ci est fini par des invocations, en arabe, et en pleurs, de la foule.

“C’était comme à la guerre”

La famille, présente, n’a pas souhaité s’exprimer. Issa, un cousin, qui a lancé l’appel au rassemblement sur les réseaux sociaux, est devenu porte-parole : “Belleville, c’est un petit quartier, un petit village. Presque tous les gens du cortège se connaissent, beaucoup ont côtoyé» les deux victimes. Au-delà de la proximité géographique et des proches, c’est aussi un combat qui rassemble les gens présents : un gilet jaune lieu de l’Oise blessée en avril 2019 pour le coup de matraque d’un commissaire, des collectifs de lutte contre Les violences policières, des familles de personnes tuées par les forces de l’ordre, as la tante de Souheil El Khalfaoui (tué en août à Marseille), ou encore Assa Traoré, la sœur d’Adama, décédée en 2016 après son interpellation.

“Ça aurait pu être moi, ou n’importe lequel d’entre nous” : ce vingtenaire, casquette à l’envers, qui ne veut pas dire son nom rumine sa colère. Il était proche de Boubacar et Fadjigui. La chaine : “On a de la peine, de la haine, et de l’incompréhension.” Il affirme avoir déjà vécu des violences de la part de policiers. «Mais là, sur un plan sur deux biches, lâche son pote, même âge, et même envie de rester anonyme. C’était comme à la guerre.” Une référence à l’arme utilisée par la police auteur des tirs : un fusil d’assaut. Ces jeunes ne croient pas à la version des forces de l’ordre, qui assent que les deux frères ont tenté de les renverser pour échapper au contrôle.

Un jeune policier “pas assez formé”

Si c’est pour leur rendre hommage qu’elle est venue, Edwige « J’ai aussi pensé à la police, et aux parents ». Membre d’un collectif de mères de Belleville, il estime que le jeune agent a 24 ans, “pas assez formé”, n’avait pas à porter une telle arme. A ce stade, il est mis en examen pour « homicide volontaire », « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », et “violence volontaire”(concernant un troisième occupant de la voiture, blessé par les tirs).

L’avocate représentant le cabinet qui défend la famille de Boubacar et Fadjigui, Me Bérénice Hahn de Bykhovetz, a seulement déclaré que « Les faits du 24 avril ont plongé la famille dans une douleur incommensurable. Contrairement à ce qui a été dit ces derniers jours, la mise en examen pour homicide volontaire est parfaitement logique et justifiée. On pourrait plus s’interroger sur le défaut de placement en détention provisoire dans un tel dossier. Désormais, la seule a choisi à laquelle la famille aspire, c’est la manifestation de la vérité».

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