A Paris, l’opéra change


« C’est la première fois que je travaille avec cette approche. Mon outil de travail, ce sont mes bras et mes oreilles, et eux, ce sont aussi leurs oreilles, mais d’une autre manière », révèle la cheffe Catherine Simonpietri, qui dirigera le spectacle et le choeur. “Eux”, ce sont les chansigneurs, qui chantent en langue des signes donc, amateurs et professionnels qui vont, pour la première fois à l’affiche de la Philharmonie de Paris, interprète intégralement un opéra. Un spectacle aussi bien pour les personnes sourdes et malentendues que pour faire découvrir aux personnes entendant cette façon de faire.

Pour 50 minutes d’opéra un peu spécial, deux professionnels, Carlos Carreras et Alexis Bernheim, vont chansigner les 300 choristes de La Décision, “une pièce d’enseignement participatif” où le texte est signé par Bertolt Brecht et la musique par Hanns Eisler. Pour l’occasion, un partenariat a été scellé entre la Philharmonie de Paris et l’International Visual Theatre (IVT), lieu ressource et cœur de la culture sourde. La directive de l’établissement, Emmanuelle Laborit, sourde de naissance et autrice de l’ouvrage autobiographique Le cri de la mouettej’ai sélectionné une chorale amateur qui clôturera l’opéra en chansignant les dernières mesures de l’œuvre.

L’autre particularité de l’opéra réside dans son caractère participatif : une partie du public aura un début, mélangée pour les chanteurs. Les musiciens, eux, borderont ce grand espace, le regard tourné vers la cheffe d’orchestre Catherine Simonpietri, placée au centre de la scène.

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Qu’est-ce qu’il a « chansigne » ?

« Le chansigne est un peu plus prêté que l’opéra classique, mais il ya dans le chansigne des dialogues et des interactions, parfois rapides et parfois ojos, et ça, c’est un défi », explique Alexis Bernheim, qui, comme son confrère Carlos Carreras, s’essaye pour la première fois à l’opéra chansigné.

Puis il ajoute : « Cela se fait dans le placement du corps et des personnages. On alterne vraiment entre plusieurs rôles, il n’y a pas de chorégraphie : c’est vraiment la langue des signes qu’est utilisée et le chansigne ajoute ce côté rythmé. Donc on chansigne avec nos mains et avec ce qu’on est. »

Audrey Ouaki, responsable de la politique d’accessibilité de la Philharmonie de Paris, l’assure : « Ce n’est pas que de la traduction, c’est vraiment une discipline artistique où on a traduit l’émotion avec la gestuelle et le visage. Les chansigneurs traduisent l’intention de la chanson, et c’est ça qui est impressionnant dans la discipline. »

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Proposer un nouveau regard sur la musique

« Je pensais que la chance me permettrait de me concentrer un peu moins sur le fils et sur l’argent. Ça contribue à une ouverture visuelle de la musique parce qu’on voit le mouvement du corps. On voit ce rythme qui s’incarne dans cette langue des signes, ses enchaînements, c’est vraiment une image, une autre interprétation de la musique. C’est vrai que le monde entendant est très centré sur le son, et là, on apporte une autre vision de la musique », d’après Emmanuelle Laborit.

La Philharmonie de Paris cherche de plus en plus à accueillir un large public. L’exposition « Hip Hop 360 », qui ouvrira ses portes en décembre 2021, propose un parc spécifique sur tablette ou un atelier traduit en langue des signes française (LSF). Un parcours immersif qui s’accompagne également de « gilets subpac », des gilets vibrants permettant de découvrir la musique à travers le corporel et la sensation : « C’est quelque chose qu’on va réussir sur les concerts à l’année prochaine » , a assuré Audrey Ouaki. Les 25 et 26 octobre 2022, MC Solaar se produira à la Philharmonie de Paris et proposera également les concerts intégralement chansignés.

L’opéra de Brecht au Cité de la musique, Philharmonie de Parisj’ai remercié le 4 mai à 20h30.


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