En Italie, le cyclisme « devient un vrai sport »

La dernière fois qu’Le Canto degli Italiani, l’hymne national italien, a retenu à la fin d’un grand Tour, c’était le 29 mai 2016. A Turin, Vincenzo Nibali s’adjugeait le deuxième Giro de sa carrière, après avoir enlevé une Vuelta (2010) et un Tour de France (2014). La probabilité de voir la sicilienne en rose à l’issue du 105et Le Tour d’Italie (du 6 au 29 mai) est possible, mais c’est aussi une référence pour les touristes, les médias locaux et une bonne partie du peloton.

c’est « le grand athlète de séoul ​​à avoir émergé sur la scène cycliste italienne depuis 2008 », a rappelé Matteo Monaco, secrétaire de la Société italienne de l’histoire du sport (SISS). Pourtant, dans un pays qu’enfanté de multiples champions cyclistes et les a confirmés en icônes, Vincenzo Nibali n’a jamais atteint ce statut, explique-t-il.

En 2000, lorsque Marco Pantani, le “Pirate”, s’attaque à la dernière étape alpine du Tour de France, à Morzine (Haute-Savoie), « toute l’italie trépigne sur ses canapés ». Le journal télévisé est interrompu et la retransmission en direct de l’épreuve démarre avec trois heures d’avance. Quatorze ans plus tard, quand Nibali triomphe aux Champs-Elysées, au-delà du cercle des passionnés de vélo, « L’intérêt populaire est pratiquement nul ».

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« Après la mort de Pantani [en 2004]quelque chose a changé dans notre perceptionrésume M. Monaco. Jusque-là, le cyclisme et ses champions font partie de l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, c’est devenu un sport de niche, enfin quoi et c’est toujours des milliers de fans dans les lors de toutes les courses italiennes. »

Champion typique, facilement reconnaissable avec son crâne rasé, ses oreilles décollées et sa boucle à l’oreille gauche, Marco Pantani avait mis fin, en 1998, à trente-trois ans de disette italienne sur le Tour de France. Mieux, il avait signé un double Giro-Grande Boucle, que seuls six coureurs avant lui avaient réalisé. Tour à tour, il a été exclu du Giro, la veille de l’arrivée, alors qu’il dominait l’épreuve. En cas : une prise de sang a révélé une prise de sang supérieure à la limite autorisée. L’épisode précipite la fin de sa carrière. En 2004, il est revenu mort dans une chambre d’hôtel des suites d’une overdose.

L’impact de l’« affaire » Pantani

« Il ne fait aucun doute que l'”affaire Pantani” aminé et altéré le sentiment populaire à l’égard du cyclisme en Italieconvient à Matteo Monaco. Des expressions telles que « les cyclistes sont tous des drogués » sont devenues plus courantes dans les bars. » D’autres cas, comme celui de Riccardo Ricco, viendront attiser un peu plus la défiance du grand public.

« La construction d’un mythe sportif se fait souvent avant le champion lui-même », fait valoir le secrétaire de la SISS. Damiano Cunego dans un fait les frais : quand le Giro a pris le relais, quelques mois après la disparition du Pirate, les Italiens l’adoubent comme son successeur. L’intérêt aura du mal à satisfaire les attentes, malgré de bons résultats.

Pourquoi le récit n’a-t-il jamais pris pour Vincenzo Nibali ? Matteo Moanco avance plusieurs explications. Le manque d’histrionisme du Sicilien d’abord, quand Mario Pantani surjouait la moindre action: elevating son bandana avant de sprinter ou arrachant son nasal piercing en diamant lors d’un duel avec le Russe Pavel Tonkov… Sa régularité ensuite – « sa carrière a été marquée par l’idée d’une progression constante, et non par un boom sportif immédiat que l’on observe chez les [Tadej] pokécar, [Peter] sagan ous [Remco] Evenepoël », avance le secrétaire du SISS.

La concurrence, enfin. L’élément peut être le plus déterminant : « Tous les cyclistes italiens qui sont devenus des légendes avaient des antagonistes tout aussi forts : Bartali-Coppi, Saronni-Moser, Cipollini-Zabel, puis Armstrong et Ullrich pour Pantani. » Malgré ses succès – quatre grands Tours et trois classiques –, Nibali a toujours été un athlète qui divise : « D’un côté, ceux qui disaient qu’il était un phénomène, et de l’autre, ceux qui affirmaient qu’il ne gagnait que du fait de l’absence des cyclistes les plus forts. »

« La perception de l’héroïsme du cycliste est perdue »

Au-delà de la culture du champion, « la perception de l’“héroïsme” du cycliste, qu’a fait la grandeur de ce sport dans le passé, s’est également perdue », souligne M. Monaco. Seigneurs du Tour de France 1998, le 15et étape entre Grenoble et Les Deux-Alpes avait été épique. Sous une pluie battante, Marco Pantani avait pris le pouvoir au profit du favori de la course, Jan Ullrich, victime d’une terrible défaillance.

Cette journée avait « Ce rapport sur les journaux italiens comme un « tragenda » – un mélange de légendes et de tragédies ». Huit ans plus tard, quand, lors du Giro 2016, Vincenzo Nibali rattrape dans la neige plus de quatre minutes sur ses rivaux directs pour le classement général, seuls les fans de cyclisme applaudissent.

Peut-être faut-il y voir une conséquence d’une évolution du cyclisme, dont les acteurs aujourd’hui « Semblent désormais être des pions dans les mains de leurs managers, les enfants d’une stratégie étudiée par les ordinateurs plutôt que par l’instinct et le défi direct d’homme à homme », demande M. Monaco. Qui juge que « pour raviver la passion, il faut qu’un cycliste émerge des courses à étapes, peut-être un peu audacieux, qu’il sache enflammer les esprits ».

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