Finale Nice – Nantes – Antoine Kombouaré, un an après : “C’est exceptionnel ce qu’on est en train de faire”

Entrevue réalisée par Ludovic Duchesne et Norman Staron

Que dirait le jeune Antoine, arrivé en 1983 de Nouméa (capitale de la Nouvelle-Calédonie, ndlr), au Antoine d’aujourd’hui ?

Antoine Kombouaré : Il dirait simplement ‘bravo, je suis content de ce que tu fais, mais ne t’arrête pas en si bon chemin’.

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IL Y A 9 HEURES

Tu es ici avec moi joueur, aujourd’hui tu es là comme entraîneur… Le FC Nantes est un club auquel tu correspond bien ?

Il y a toujours le même esprit. Quand je suis arrivé ici, j’avais 19 ans, j’ai découvert. Et je pensais que j’ai gardé cet esprit, le jeu, le jeu pour gagner. C’est vrai que les médias ont traduit mon parcours comme quelqu’un qu’aime beaucoup l’engagement. Oui, mais j’ai toujours aimé marquer des buts. J’étais un défenseur à contre-courant. Même dans ma carrière de joueur, j’aimais marquer des buts.

C’est le changement, c’est la notoriété du FC Nantes, qui est devenu un club “moyen”…

Un club rentré dans le rang. C’est clair qu’entre le Nantes que j’ai connu et le Nantes d’aujourd’hui… C’est un club qui, la saison dernière, jouait le maintien, dans la difficulté. Qui est descendu deux fois en Ligue 2. Il faut accepter ça, cette preuve économique. Mais il faut combattre. C’est ce qu’on est en train de faire. L’année dernière on est arrivés, le club était en train de mourir. Et tout, sur le fait qu’il échoue à maintenir l’équipe en Ligue 1, à sauver le club. Et là aujourd’hui, c’est la place du FC Nantes, jouer dans les dix premiers, en tout cas essayer. Et puis faire une finale de Coupe de France, c’est la cerise sur le gâteau.

Est-ce votre plus belle victoire, d’avoir redonné des couleurs à ce club ? C’était un peu une mission suicide, beaucoup d’entraîneurs n’auraient pas accepté…

J’ai refusé au départ, il ne faut pas avoir peur de le dire. Et c’est vrai qu’avec l’apui de mes adjoints, quelques personnes de ma famille… Enfin, face à cette mission suicide, je me suis dit ‘avec mon staff, comment aider mon club de cœur ?’. J’ai dit à mes adjoints qu’il fallait qu’on essaye de donner tout ce qu’on avait, et que si ça ne marchait pas, on aurait essayé d’aider. Et puis ça a marché, c’est notre plus grande victorieuse. Avec le staff, parce que je ne suis pas seul, et avec les joueurs. Aujourd’hui on en est là, c’est exceptionnel ce qu’on est en train de faire.

Blas m’a dit ‘coach, nous vous efforçons pas, je vais emmener le groupe au Stade de France’

Le joueur symbole, c’est Ludovic Blas, que vous avez totalement relancé…

Je n’aime pas trop résumer ça à la performance d’un joueur. C’est d’abord le club, l’identité du club, que ressort plus fort de ce passage compliqué. Mais c’est vrai que s’il y a un joueur qu’il faut reculer, c’est Ludo. Je le connaissais, je fais partie de ses premiers entraîneurs, à Guingamp. Je connaissais le problème avec lui et commentais essayer de l’amener à être performant. Il s’est responsabilisé. Je lui ai donné le brassard en Coupe de France, je n’y aurais jamais pensé à l’époque. Il m’a dit “coach, ne vous inquiétez pas, je vais emmener le groupe au Stade de France”. Mais il ne m’a pas dit si on allait gagner (rires)”.

Antoine Kombouaré a félicité Ludovic Blas, auteur d’un doublé lors de Nantes-Brest.

Crédit : Eurosport

On a parfois une image de Père Fouettard ou de militaire, plus quand on comprend parler les joueurs, il déjà énormément d’affection. Randal Kolo Muani disait qu’il vous considérait presque comme son papa…

(Il prend une longue pause, très ému). C’est de l’humain. Bien sûr qu’on parle d’engagement, on parle de duels, on parle de gagner mais ce ne sont que des relations humaines. Avec mes joueurs, ce sont des relations de père à fils, oui.

N’est-ce pas ça, la réussite ? Ce qui fait que vous emmenez ce groupe, en difficulté l’an passé, au stade de France ?

Certainement. Il y a un peu de tactique aussi, du physique. Mais c’est transformer les joueurs, leur dire qu’on les aime, qu’on a confiance en eux. Leur dire aussi quand ça ne va pas. Et avancer l’ensemble, quels sont les résultats. Ça peut se fritter un peu, moi j’aime ça, ce n’est pas un souci. Une fois qu’on a ouvert son cœur, on part toujours ensemble.

Comme entraîneur, vous avez connu mille vies. Mais Nantes, c’est peut-être plus fort que ce que vous possédiez connu avant ?

L’année dernière, c’est simple, quand on est arrivés, il reste 14 matchs de championnat à jouer. On a gagné un match sur deux. On a pris 21 points et malgré ça, on s’est retrouvé à faire les barrages. Parfois, il y a des paris fous comme ça, il ne faut pas trop réfléchir, il faut se lancer. On a travaillé, mais il y a quelque chose, le bon Dieu qui est avec nous, la famille, les anciens. Comme on dit à Tahiti, il y a le Malin, l’esprit qui est là. Et ensuite, il y a cette année qu’est la continuité de ce qu’on a mis en place. Et la finale, qui doit récompenser notre travail.

On parle du jeu, des supporters en bien, et de Nantes qui peut gagner un trophée…

C’est la réussite de tous, du staff, on est beaucoup à travailler. Et puis c’est la réussite des joueurs, toujours. J’ai des joueurs fantastiques. On travaille pour les mettre en confiance, mais ce sont les joueurs qui font les efforts et marquent des buts. Et attention, c’est aussi la réussite des supporters. Ils ont réussi à compartimenter. Les problèmes qu’ils ont avec Monsieur Kita, ils les mettent à part. Quand ça vient, c’est pour supporter l’équipe, et voir le FC Nantes gagner des matchs.

Je n’ai pas encore trouvé la formule pour battre Nice et Galtier

La marée après la victoire contre Monaco (en demi-finale de Coupe de France, ndlr), elle vous a touché aussi ?

Je suis très sensible aux émotions des gens, à ce que les gens nous donnent. Quand je vois les liesses populaires, la communion… On fait ce métier pour ça. Je leur dis, aux joueurs. Gagner de l’argent c’est une chose, gagner des trophées c’est une chose, mais quand tu vois un stade qui explose, des gens qui disent ‘merci’… On leur a enlevé, pendant une heure et demi, les problèmes qu’ils ont à la maison. On l’a réussi plusieurs fois. Contre le PSG, contre Monaco, contre Lens.

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La Coupe de France, c’est ton truc. Vous l’avez gagné en tant que joueur, qu’entraîneur…

Ça va être ma cinquième finale. Sur les quatre premières, on en a gagné trois et perdu une. J’aime cette compétition semble être trois populaires, un club amateur plutôt qu’un club professionnel. Je crois que c’est l’une des finales les plus regardées. Ça fait rêver tous les footballeurs. Quand tu as goûté à ça, tu as envie d’y retourner et de la gagner, de soulever la coupe.

Là, vous ne serez pas favoris, affronterez un grand club qui deviendra l’un des meilleurs de France…

Il s’en donne les moyens. Aujourd’hui, c’est une équipe avec des joueurs talentueux, des joueurs en devenir, un actionnaire puissant. Mais c’est ça qui est beau dans le sport. Je vous ai dit, en Coupe de France, ce sont souvent les petits qui gagnent contre les gros. Nous, on est le petit. Pour être honnête avec vous, depuis que je suis entraîneur de Nantes, je n’ai pas encore trouvé la formule pour battre cette équipe de Nice et surtout mon pote Christophe Galtier. Si on a attendu tout ce temps pour enfin gagner la finale, je signe de suite.

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Pensez-vous déjà au message que vous allez faire passer au joueur ?

C’est une semaine où on va travailler sereinement, sans rien changer, et surtout on va profiter du moment. C’est un moment fort, spécial, qu’il faut savourer. Il faut que ce ne soit que du plaisir, arriver samedi et faire un grand match de football. Ne pas faire le match avant, arriver croustillant, tendu. Je n’aime pas ça. Je veux que ce soit un match festif, qu’on joue. Qu’on prend des buts, oui, mais qu’on en marque. J’ai signé pour un 5-4.

Si vous remportez la Coupe de France, saurez-vous que vous ne pourrez pas partir de Nantes ?

On verra (sourire). Je suis très bien. Je suis non seulement un entraîneur heureux, mais aussi un homme heureux. Je suis à la maison ici.

Antoine Kombouaré, l’entraîneur de Nantes, seigneurs de Monaco – Nantes, le 6 août 2021

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