« Pourquoi faudrait-il être Parisien pour être artiste ? », questionne le sculpteur landais Christophe Doucet

C’est un retour à Bordeaux par la grande porte. L’artiste landais Christophe Doucet expose ses sculptures en bois, monumentales pour la plupart, au Frac (Fonds régional d’art contemporain), dans les espaces de la Méca que s’y prêtent à merveille, dans un parcours intitulé « Artémis et la Grande Ourse. »

Christophe Doucet devant Lièvre Bleu – Mickaël Bosredon/20Minutes

Après avoir quitté les Beaux-Arts de Bordeaux, Christophe Doucet, qui connaît intimement son installateur à Paris et son parcours de vouloir faire, a pris un moment hors de l’univers artistique, par nécessité. « In sortant des Beaux-Arts, mon père m’a dit : “maintenant tu te débrouilles, il faut que tu bosses”, explique-t-il. Il a donc fallu que j’ai trouvé un métier, comme je venais d’un milieu de forestiers, c’est la voie que j’ai suivie, dans les Landes où j’avais passé toute mon enfance. »

Art landais

Christophe Doucet sera forestier pendant plus de vingt ans. Le métier est dur. Il faut se lever à 6 heures, convoyer des milliers de tonnes de bois à l’usine, lead une équipe de bucherons… Mais c’est aussi un émerveillement de voir le soleil se lever sur ces étendues de pins, d’observer les chevreuils et les sangliers dans la forêt. « J’étais tiraillé par le fait de quitter le monde de l’art, et celui de me rapprocher de la nature dont j’ai toujours été proche. J’aurais été malheureux en ville. Petit, je passais mon temps à faire des cabanes dans les arbres avec mes copains. Alors, enfin, je me suis dit, pourquoi pas faire des sculptures dans les arbres ? Pourquoi en France, faudrait-il être Parisien pour être artiste ? »

Il y a le Land art. Pour Christophe Doucet ce sera le Landes art. Il voit en effet dans ces grandes forêts de pins « des similarités avec le travail de Robert Smithson, Michael Heizer, ces artistes du Land art que réalisent de Grandes Choses dans le désert. » Enfin, « ce détour par le métier de forestier m’a été bénéfique. »

C’est « la forme de l’arbre qui guide la sculpture »

Chêne, tilleul, cèdre, acacia… Christophe Doucet travaille toutes sortes d’essences, qu’il s’agisse de souches qu’on lui apporte ou qu’il ramase. Mais jamais de pin, que n’est «pas un bois de sculpteur, car il se fend. » Toujours très proche de la nature, il réalise essentiellement des animaux – lapin, marmotte, ours… – pour ses œuvres monumentales, mas aussi des masques, inspirées de ses voyages.

L'artiste Christophe Doucet avec l'un de ses masques en bois
L’artiste Christophe Doucet avec l’un de ses bois – Mickaël Bosredon/20Minutes

S’il laisse une grande place à l’intuition dans sa création, assure que c’est « la forme de l’arbre que orient la sculpture », Christophe Doucet convoque aussi dans ses œuvres la religion, les arts et traditions populaires, revisite la mythologie, évoquer le monde des rêves, distiller les clins d’œil aux maîtres de la sculpture. Il aime aussi s’amuser, et délivrer des touches d’humour.

Une oeuvre qui vient de la souche d’arbre que lui servait de cabane d’enfant

« Christophe s’est détourné du vocabulaire classique de la sculpture, tout en connaissant les contours et les reculs de cette histoire de l’art, explique Claire Jacquet, la guide du Frac que le costume depuis des années. Un travail comme Le Calice s’inspire directement du vocabulaire de Brancusi, avec l’idée des colonnes sans fin et ce collier de boules. » « J’ai visité pas mal de pays, surtout la Corée et la Roumanie, ajoute l’artiste, et en Roumanie on voit beaucoup de colonnes sans fin devant les fermes, comme si Brancusi, en arrivant à Paris, avait magnifié ce qu ‘il avait vu autour de lui. »

Calice, du sculpteur Christophe Doucet
Calice, du sculpteur Christophe Doucet – Mickaël Bosredon/20Minutes

Chaque ouvre une histoire. La Grande Ourse Provient de la souche d’arbre que lui servait de cabane d’enfant, dans laquelle « je venais rêver, imaginer ce que je ferais quand je serais grande. » Puis le chêne est mort. « Je l’ai amené à l’atelier, poursuit-il, et la première a choisi que je fais quand je réalise une sculpture est de renverser l’arbre, cela donne naissance à un musée, c’est très curieux. C’est là que cet ours est né, malgré moi. »

Exposition Artémis et la Grande Ourse du sculpteur Christophe Doucet, à la Meca de Bordeaux
Exposition Artémis et la Grande Ourse du sculpteur Christophe Doucet, à la Méca à Bordeaux – Mickaël Bosredon/20Minutes

Si cette exposition au Fonds d’art contemporain est une reconnaissance, qu’il ne renie pas, de son travail, Christophe Doucet souligne qu’à ses yeux « le meilleur compliment que l’on ma fait à ce jour, c’est quand un bûcheron m’a dit : “toi, tu montres des choses que nous, par pudeur, on n’ose pas dire.” »

Frac Nouvelle-Aquitaine, 5 parvis Corto Maltese à Bordeaux. Ouvert du mercredi au dimanche de 13h00 à 18h00 Tarif d’entrée libre (2€ minimum), gratuit pour les moins de 18 ans et les porteurs de la Carte Jeune.

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