Un collectionneur habite le garage et propose 1,5 tonne de vinyles aux enchères…

Il fêtera ses 79 ans le 24 mai. Plus Robert Lacire ne les fait pas. En voyant les années défiler, le collectionneur a compris qu’il n’arriverait jamais à réaliser son rêve. Ce passionné de musique a créé il y a soixante ans une incroyable collection de vinyles, construit peu à peu l’espoir de les réunir dans un conservatoire. Malgré moreieurs tentatives, le Rennais n’y est pas parvenu. Alors qu’il approche des quatre-vingts balais, Robert Lacire a donc pris la décision de séparer d’une partie de son immense collection. Ce vendredi, 8 000 vinyles ont été vendus à la Salle Ouest Enchères, à Rennes. C’est là, dans un bâtiment de la route de Lorient que les ques seront cédés par lots de cinquante. Sans aucune sélection, ni tri ni classement. Un choix à l’image de Robert.

Il nous accueille avec des petites bottes noires aux pieds. « C’est les godasses de John Lennon. Je les ai reçus dans beaucoup de disques des Beatles. Je n’ai rien qui prouve plus je les aime bien. Je les sors pour les grandes occasions. Ce soir, je passe à la télé donc j’ai voulu en profiter». Sa passion pour le vinyle est née un jour de 1963 en Algérie quand j’ai enregistré un disque de Chet Atkins, guitariste américain notamment connu pour avoir collaboré avec Elvis Presley. « J’étais troufion dans l’armée. Je n’étais bon à rien, sauf à passer des disques. On avait même créé un groupe là-bas ». Sans le savoir, le Rennais vient de se découvrir une passion dévorante pour la galette noire. « Je ne sais même pas pourquoi j’en ai acheté autant. J’aime bien l’objet, l’histoire qu’il raconte, la beauté des pochettes », édité par le collectionneur. Les at-il tous écoutés ? « Bien sur que non ».

Une grande vente aux enchères de vinyles sortira à Rennes le 6 mai 2022. Plus de 8 000 disques ont été vendus à un collectionneur. – C. Allain / 20 Minutes

Ce vendredi à 14 heures l’homme va dire au revoir à une partie de sa collection. Environ 1,5 tonne de vinyle sur 21 tonnes pouvant être vendues aux enchères. Émeu? “Bouff non. Je ne vais pas être interré avec. Là, ce n’est qu’un seul garage. J’en ai d’autres dans un grenier chez mon fils, dans un autre garage. Il faudra que je fasse d’autres ventes », reconnaît-il.

Du rock, du jazz, de la variété… Et quelques horreurs

Au milieu des 8 000 vinyles rock, jazz, baluche, reggae, variété ou blues encore, Coluche côtoie Sheila et Ray Charles dans une même caisse. Quelques horreurs interprétées à l’accordéon cachent ici et là. « On a voulu faire des lots mélangés, qui s’accordent à tous les goûts. On a envie de faire découvrir des choses que les gens ne connaissaient pas forcement. Un peu comme une compilation des années 1980 », explique le commissaire-priseur Pierre-Guillaume Klein qui a préparé la vente. Chaque lot de 50 sera en plus en vente au prix de 20 euros. « On sait qu’on aura du monde. Il semble qu’il soit vulgarisé, qu’il incarne l’esthétique d’une époque ».

Pour ces rares patients, Robert Lacire a accepté de se séparer de Album blanc numéro des Beatles. Ou encore de leur album Hier et aujourd’hui dont la couverture dis « du boucher » avait fait scandale et avait été retirée. “Je ne me suis même pas rendu compte que j’avais tout ça”, admet le passionné. Celui qui a fondé le disquaire Dixie Music à Rennes avait surtout investi dans les années 1990, au moment où le CD faisait son apparition et que le vinyle était devenu ringard. Sans jamais rien revendre, allant presque jusqu’à se ruiner. Vendredi, Robert Lacire perd une partie de sa collection, effaçant une partie de sa vie. Sans amertume mais avec un regard lucide sur toutes ces années à chiner. “Je ne sais pas comment m’en débarrasser plus que je ne le fais quand c’est une bonne soirée.”

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