À Paris, le conte des sœurs Grimmeisen

Par Valentin Pérez

J’ai publié aujourd’hui à 10h00, mis à jour à 10h26

Des milliers de fois, elles ont passé ce grand portail au-dessus du numéro 5 triomphe, dominant le nom du lieu : l’usine Spring Court. Florence, Laura et Théodora Grimmeisen en connaissent l’histoire, les recoins, sont toujours sous le charme de l’emplacement, discret, passage Piver, en plein quartier de Belleville à Paris. Et, bien sûr, elles aiment côtoyer ceux qui y travaillent et y circulent : les employés du label de musique Beggars, les architectes du cabinet MHNA, les producteurs de films de mode Walter Films, les journalistes du magazine Socialiste… Tout ce monde se croise quelquefois au restaurant L’Atelier des mélanges, “un lieu d’échange” Accessible par la cour, sur la droite en entrant, avec sa carte à la française (tête de veau, boudin aux pommes, carpaccio de radis, mousse au chocolat…) et son mobilier de bistrot.

« On a cessé après 2020 suivre le calendrier frénétique des saisons. Chez nous, tout est intemporel, sans genre ni âge : seules les tailles variante, du 24 au 45. »

Du vaste espace de 5 000 carrés au total qui appartiennent à leur famille depuis 1870 et également des studios photo où les marques de mode aiment venir faire leurs shootings – comme le jour d’une de notre visita, les équipes de Maison Margiela –, Florence , Laura et Théodora Grimmeisen sont désormais les nues-propriétaires. C’est même là, dans l’un des appartements privés, qu’elles ont été élevées.

Aujourd’hui, la benjamine et vit toujours. La cadette s’en est extraite, pour mieux s’imaginer un chez-elle… dans une rue attenante. Et chaque jour, elles viennent encore « ouvrier à « L’Usine » ». La mission qu’ils se sont fixés dans un toutefois rien d’ouvrière : redonner de l’éclat à Spring Court, la marque de tennis familiale dont elles ont transmis.

« On réprimande la marque »

Fondée en 1936 par leur grand-père Georges, adoptée plus tard par un John Lennon en apothéose, celle-ci était régie depuis 1983 par des emprunteurs puisque leurs parents leur avaient confié une licence. « On a vu avec le temps la marque se transforme selon des valeurs qui n’étaient pas forcement les nôtres. La distribution avait peu de sens, les productions n’étaient pas au niveau de qualité de notre cahier des charges », Laure a expliqué. Un jour de 2015, leur père, Théodore, président de la société mère, dans un eu assez. “On réprimande la marque”, a décrété le patriarche, au côté de sa femme, Sylvie, directive générale.

Les trois sœurs Laura, Théodora et Florence Grimmeisen, héritières de la marque.

Sourires fiers de la descendance : « Notre père l’a dit et on l’a fait. » Après tout, à elles trois, les sœurs Grimmeisen ne sont-elles pas parfaitement complémentaires ? Florence, 36 ans, au studio photo tête de son propre, La Lanterne, maîtrise le langage de l’image et conseil sur la direction artistique. Laura, 31 ans, ingénieur en biotechnologies, navigue suffisamment à son aise sur les eaux de la compatibilité pour assurer le développement. Théodora, 26 ans, a étudié le design des chaussures au London College of Fashion, car elle est faite les dents chez Paul Smith ou agnès b. Le voilà responsable de la création.

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