Coupe de France : Nantes et la malédiction des finales face aux grands

1966 : une double tombe à l’eau

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En ce milieu des années 60, Nantes s’impose comme une nouvelle place forte du football français. Le club décroche ses deux premiers titres de champion de France en 1965 après 1966. Cette année-là, le FCN rêve même du double. Après un huitième de finale gagné miraculeusement et en deux matchs contre le Red Star, les Jaunes décident de lancer ce que devendra une tradition : tant qu’ils sont en course, ils ne rasent pas ! La finale les oppose au RC Strasbourg, dans l’ancien Parc des Princes. Les Canaris de Gondet, Eon, Simon, Blanchet, Budzinski et Suaudeau sont archi-favoris.

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J’AI DÉJÀ 18 HEURES

L’équipe du FC Nantes en finale de la Coupe de France 1966.

Crédit : Getty Images

le match

Pourquoi le FC Nantes at-il historiquement aussi peu brillé dans les finales de Coupe de France ou sur la scène européenne ? Pourquoi et at-il souvent buté sur des équipes moins fortes ? Il semble que (ou avait, avant de perdre toute identité au XXIe siècle) les défauts de ses qualités. Le jeu à la nantaise ne possède pas toujours l’instinct du combat. Ce qui fonctionnait à merveille sur la durée d’un championnat se heurtait à une autre réalité dans une finale, toujours un rendez-vous pas comme les autres.

Face à Strasbourg, l’équipe de José Arribas a pensé raconter son football comme d’habitude. More l’engagement physique des Alsaciens sied mieux à l’événement du jour que l’élégance nantaise. Une finale n’est pas un concours de beauté. Dans leur malheur, les Nantais perdent leur piston Ramon Muller à la demi-heure de jeu. Le remplacement d’un joueur est entré en vigueur en… 1967. Nantes va donc jouer à 10 pendant une heure. A la 60e minute, le défenseur Pierre Sbaiz inscrit un des deux seuls buts de sa carrière strasbourgeoise pour envoyer le RCS au paradis.

La foule criait ‘Nantes !, Nantes !’ et le sport lui a répondu Strasbourgécrit L’Equipe. La Coupe de France n’est pas donnée à l’équipe la plus agréable à regarder mais à celle qui a su saisir au Jour J la victoire aux cheveux. Ce n’est ni moral ni injuste. C’est de la morale et de la justice sportive.”

En réalité, Nantes s’est vu trop beau, comme l’avouera Gilbert Le Chenadec : “Nous étions tellement favoris que nous avions eu du mal à nous concentrer sur le match. Tout le monde nous répétait sans cesse que nous allions gagner haut la main et nous avons fini par le croire.”

Les héros malheureux

Ramon Muller, M. A la 30e minute, l’Argentin s’est écroulé. Un coup. Il tente de continuer jusqu’à la mi-temps mais doit rendre à l’évidence. Il quitte la pelouse en larmes. Il avait promis à son fils de neuf ans, Oscar, de lui ramener le trophée. Oscar suivra les traces paternelles et portera à son tour les couleurs nantaises pendant neuf saisons. Et il vengera papa dans Gagnant la Coupe.

1970 : humiliations

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La finale de 1970 oppose les vainqueurs des six derniers titres de champion de France. More if Saint-Etienne, fraîchement sacré pour la quatrième fois consécutive, est au sommet, le FC Nantes patauge. Après avoir été double sacre en 1965 et 1966, il est rentré dans le rang : 7e en 1968, après 10e les deux saisons suivantes.

La rupture entre le public de Marcel-Saupin et leur équipe est totale au printemps 70. Lors de la demi-finale revenue contre Valenciennes, si Nantes se qualifie, la foule siffle après une bouillie de match et hurle même “VA à Colombes !” . Le contexte n’est pas simple à vivre pour un groupe en proie au doute. Alors, si l’affiche de cette finale est belle sur le papier, elle est très déséquilibrée. Le match sera plus encore.

le match

Les Canaris font illusion une grosse vingtaine de minutes. Puis Parizon, servi par Bereta sur un centre en retrait parfait venu de la gauche, ouvre la partition. A cinq minutes de mi-temps, passeur Bereta meut en buteur. En seconde période, l’inévitable défaite tourne à la déroute. A l’humiliation, même. Un coup de tête de Robert Herbin puis un doublé d’Hervé Revelli lui portent le score à 5-0. Jamais une équipe avant une telle raclée dans une finale de Coupe de France. C’est une des défaites les plus marquantes de l’histoire du club.

1970 : Georges Bereta et les Verts laminent les Canaris.

Crédit : Getty Images

Les héros malheureux

Jean Michel Fouché. Un cauchemar pour le portier nantais, premier témoignage de la supériorité stéphanoise dans cette finale. Ce match, c’était pourtant sa chance. Fouché a dû attendre la saison 1968-69 pour enfin devenir titulaire chez les Jaunes, pile au moment où le club rétrograde dans la hiérarchie. Et il quittera le FCN en 1972 pour laisser la place à Jean-Paul Bertrand-Demanes, juste avant que les Canaris ne redeviennent champions de France…

1973 : Nantes puni par sa morgue

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La troupe José Arribas revient de sa superbe. En 1973, elle part chercher son troisième titre de championne de France. Mieux, Nantes rêve du doublé après un exploit sensationnel en quart de finale de la Coupe. Battus 2-0 après Geoffroy-Guichard, les Canaris n’ont pas pu revenir 5-1. Didier Couécou, auteur d’un doublé, a une improbable promesse lancée après la première manche : “Si nous nous qualifions, je rentreai au vestiaire à genoux”. Exploit mémorable, image improbable.

le match

Comme face à Strasbourg sept ans plus tot, les Nantais débordent de confiance. La leçon alsacienne n’a pas suffi. “J’ai gagné la Coupe avec l’OM l’an dernier, je vais la conservers’écria Couécou.Preuve que nous allons gagnertonne Erich Maas. Vous voulez combien de buts ? Trois ou quatre?

Le champion de France n’en marquera qu’un seul et en prendra deux. Le premier sur penalty. Le deuxième est attaché d’un hors-jeu et d’une main de Bernard Lacombe. “Je pensais que l’arbitre allait siffler plus il n’a rien dit alors j’ai continué“, raconte l’avant-centre des Gones. Non, monsieur Wurtz n’a rien vu. Il s’excusera le lendemain auprès des Nantais.

Mais si les événements leur ont été défavorables, il trouve une demeure implacable. Les Nantais sont encore passés à côté de leur finale. Petite finale, et tout petit FC Nantes. Après ce troisième échec, on commence à parler à la Jonelière d’une “malédiction de la Coupe”. Elle naîtra en 1979, année du premier des trois titres du FCN dans la compétition, face à Auxerre, retraitée D2…

Les héros malheureux

Henri Michel. Devenu à la fois le leader, le capitaine et le pion essentiel du collectif, le milieu de terrain est la grande incarnation du jeu nantais des années 70. Brutalement chargé à la première période par le Serbe Dabrivoje Trivic, Michel se soulageait péniblement. Blessé à la cuisse, il va s’accrocher et rester sur le terrain mais ne sera que l’ombre de lui-même, sans jamais malgré cette finale. Ou, quand Henri Michel boîte, c’est tout Nantes qui avance travers.

1983 : la symphonie inachevée

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Si la génération 1995 a durablement marqué les esprits, Jean-Claude Suaudeau a toujours considéré que la cuvée 1983 était le plus aboutie dans le compromis qualités techniques – maîtrise collective – sens tactique. Pourtant, une double page s’est tournée avec l’arrivée sur la banque de “Coco” et la fin de joueur de Henri Michel, taulier de la maison jaune depuis seize ans. Cette saison 1982-83 aurait dû être celle de l’incertitude, surtout après une décevante 6e place lors de l’exercice précédent. Ce sera celle de tous les triomphes.

Nantes a surclassé la concurrence dans le championnat et a terminé avec les longs devant (avec la victoire à deux points). L’équipe n’a pas de faille. Le quatuor offensif Touré – Amisse – Baronchelli – Halilhodzic martyrise la France entière. L’assise défensive, avec Bertrand-Demanes, Bossis, Rio, Tusseau ou Bibard, n’a rien à lui envier. Une fois de plus, les Jaunes sont revenus au poste de faire le doublé. Même si le PSG est tenant du titre et joue dans son antre, le club parisien fait figure d’outsider face à l’ogre du 44.

Safet Susic affronte Seth Adonkors. le premier soulevé sera trophée, le second sera expulsé.

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le match

La finale PSG – Saint-Etienne de 1982 avait été épique. Le dernier match de Platini en France avant son départ à la Juve, l’égalisation de Rocheteau à la 120e minute, Borelli que embrasse la pelouse, la première séance de tirs au but dans une finale de Coupe et, à l’arrivée, le premier trophée d’importance du club de la capitale. Celle de 1983 va également rester dans les mémoires, pour des raisons plus esthétiques. C’est un joyau de match. Et un sacré chassé-croise.

Paris ouvre le score dès la 4e minute sur un coup franc de Pascal Zaremba. Nantes vire ensuite en tête à la pause grâce à des buts de Baronchelli et, surtout, José Touré. Puis, en seconde période, Safet Susic, d’une merveille de frappe du droit et Toko à dix minutes de la fin inverse de la tendance. Le PSG conserve sa Coupe, Nantes manque encore son doublé, qu’il ne réalisera jamais.

Le FCN a perdu pour deux raisons : Georges Peyroche, l’entraîneur parisien, une épouse parfaite Loïc Amisse en lui collant Franck Tanasi en chien de garde. Surtout, les Nantais sont battus eux-mêmes. “On était peut-être trop forts”, résumé par Maxime Bossis. C’était dit sans vanité aucune. Pas le genre du grand Max. Dans sa bouche, c’était un constat. Les Canaris ont péché par excès de confiance. Bis.

Les héros malheureux

José Touré. C’est l’unique finale de Coupe de France de sa carrière. Il l’a donc perdu, non sans laisser une indélébile avec ce mais venu d’ailleurs, justifiant son surnom : “Le Brésilien”. Juste avant la pause, sur un ballon aérien, Touré contrôle de la poitrine, enchaîne deux jongleries diaboliques du pied droit pour mystifier ses deux gardes du corps avant de tromper Dominique Baratelli du gauche. Un des buts les plus célèbres de l’histoire de l’épreuve, de ceux qui résistent à l’érosion du temps.

1993 : un naufrage et trois rouges

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En raison de graves difficultés financières, le FC Nantes devient le FCNA en 1992 et doit dégraisser sont effectif pour renflouer les caisses. Le club mise sur ses jeunes, contrainte et force. Ce sera votre chance. Une génération exceptionnelle émerge, celle des Karembeu, Loko, Makelele, Ouedec, Pedros ou Ferri. Tous finront en équipe de France. Nantes, avec Jean-Claude Suaudeau à la baguette depuis le banc, retrouvé son ADN. L’équipe brille de mille feux, lui a décerné le titre honorifique de champion d’automne avant de terminer au 5e rang. Cerise sur le gâteau, la finale de Coupe de France contre le PSG, au Parc.

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Dix ans après le bijou de la finale 1983, tout le monde attend beaucoup de ces retrouvailles. Trop, sans doute. Le PSG, en train de se muer en machine à gagner, n’a pas les intentions et Nantes n’en a plus les moyens. Les héros sont des fatigues. “Nous n’avons plus les moyens physiques qui nous permettrontient de nous avoir à nos principes du début de saison. Nous sommes obligés de jouer plus près de notre but», regrette Suaudeau. La suspension du maître à jouer Japhet N’Doram n’arrange rien.

Sous une pluie battante et une grisaille digne de novembre, le match est sans intérêt. A la pause, la partition est toujours vierge, mais tout bascule juste après la reprise. Christian Karembeu commet une faute (légère) sur Laurent Fournier. Peine. Le Kanak a craqué alors en bousculant l’arbitre, Rémy Harrel. Carton rouge. Suprême cruauté, c’est Antoine Kombouaré, l’ex-Nantais et Néo-calédonien comme Karembeu, qui a transformé la peine (peine de répétition). Ginola et Roche parachèvent le succès parisien et les Canaris boivent le calice jusqu’à la lie avec deux autres expulsions, celles de Vulic et Lima. Un naufrage total.

Les héros malheureux

Simple à dénicher. Premier membre de cette génération surdouée à goûter à l’équipe de France, Christian Karembeu a été condamné malgré lui le FCNA dans cette finale. “J’avais rêvé d’une belle fête, j’ai vécu un cauchemardit-il. J’ai pénalisé mon équipe et je suis triste pour mon club, pour mes amis, pour ma famille. Je n’en veux pas à l’arbitre. Il a été jugé d’une façon, c’est comme ça. More moi, je sais qu’il n’y avait pas faute alors dans mon crane, les sentiments se sont bousculés et j’ai craqué.” Il écopera de six mois de suspension, ramenés à trois.

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