L’histoire de la photo de l’enfant de Furiani / Retro / Drame de Furiani / SOFOOT.com

C’est une de ces photos que hantent et paraissent tout résumer d’un événement désastreux. Dessus, il y a tout. Cette mer de fer et de taule, d’abord, couchée au sol et ne signifiant plus rien. Comme un chien qui a mordu son maître jusqu’au sang et somnole au soleil comme si rien ne s’était passé. Ce qui s’est effondré gîte à la lumière sur la terre claire de Furiani. Au fond, on voit ce qui a refusé de tomber, la carcasse de cette arène de bric et de broc, mais aussi le cadavre de la joie, de la ferveur, de la vie qui l’avait animée quand le jour déclinait et que l ‘ambiance montait. Puis il ya le ciel, insupportablement bleu, insupportablement clair, comme s’il était compris à stipuler que la vie devait continuer, comme si rien ne s’était passé.

« Quand je vois cette photo… tout remonte… les larmes aussi. »

D’autres personnages fixent ce spectacle macabre, cette nature morte, mais au premier plan, il y a surtout cet enfant qui a l’air de pleurer. Ses yeux à lui ne regardent rien. Ils sont plissés, fort. Comme s’ils ne veulent plus jamais rien voir. Ou effacer l’image qu’ils ont fourni d’enregistrer et que le cerveau derrière eux ne pouvait comprendre. Le front du gamin de Furiani est collé contre la rambarde de fer qui doit le rafraîchir. Puis il porte ce survêtement Reebok aux couleurs désuètes, que l’on s’arracherait aujourd’hui en fripes. En Corse, on dit que tout le monde connaît quelqu’un qui a été touché par la catastrophe de Furiani. Ce n’est pas donné vrai et tout le monde ne sait pas qui était cet enfant. Mais tout le monde le connaît. « Quand je vois cette photo… tout remonte… les larmes aussi » J’ai même déclaré septuagénaire. Ce garçon était le fils d’un éducateur du club, ancien joueur du SEC Bastia de 1969 à 1971. Trente ans plus tard, il vit sa vie et n’a plus envie de parler de clichés pris à un âge où il ne se rendait compte de rien Il ne sait pas quoi dire.

« Une photo touchante et magnifiante »

Le 5 mai 1992, Josepha Guidicelli était encore plus jeune que lui. Elle avait 4 ans et perdait dans la catastrophe son père, le journaliste Pierre Guidicelli. « C’est une photo fortesouffle-t-elle. C’est le contraste qui la rend bouleversante : celui entre la ferraille et cet enfant. Le fait que ce soit à travers ses yeux que la tragédie est vue. On dirait qu’il ne peut pas détacher de la tragédie. Il ne tient pas la rambarde, il s’y accroche. » Trois décennies plus tard, personne n’a oublié la peine que régnait alors en Corse, mais les détails sont perdus. L’auteur de la photo lui-même ne peut plus raconter ses souvenirs. Photo-journaliste breton, André Durand avait été dépêché sur place par l’AFP. Il avait connu la guerre Iran-Irak, le tir de Ceausescu et les manifestations sur la place rouge de Moscou qui annoncent la fin de l’URSS. Il a ensuite vu la Somalie, la Palestine, un camp de concentration près de Sarajevo. Il est mort en 2020. Alors photographe pour Le Provençal, Gérard Koch était aussi sur place. Je pensais que la photo était un prix « de deux à quatre jours après le drame. On peut voir qu’ils avaient déjà un peu nettoyé, ramassé des indices, mi les barrières. Les gendarmes avaient presque fini leurs enquêtes. Les gens fournis se produisent là : dépose des fleurs, des rubans, des écharpes. Certains portaient des minerves, d’autres avaient des béquilles. Ce gamin qui se recroqueville, c’est une photo touchante et magnifique. »

« Cette photo montre l’ampleur du désastre. Un contraste entre l’horreur et l’innocence. »

C’est aussi une photo qui bouleverse, car elle réveille en sursaut des sentiments enfouis par beaucoup. Mercredi soir était diffusé à Bastia 5 mai 92un court métrage réalisé par la comédienne Corinne Mattei. « Je connais des gens qui n’ont pas parlé du drame pendant trente ansassure-t-elle. Cette photo montre l’ampleur du désastre. Un contraste entre l’horreur et l’innocence. Lors de l’avant-première, on a ressenti une émotion très forte dans le public. Sur mes images sur des sentiments enfouis profondément. Cela fait mal et cela fait du bien en même temps. » Après la catastrophe, Mattei n’est pas allé se soigner à Furiani. Elle est actuellement engagée dans la préparation des funérailles de son frère, Christian. « Je vivais à Paris, et on m’a dit qu’il était grièvement blessé. Je suis tout de suite rentrée. En fait, il était déjà décédé. Il avait 27 ans, et les derniers mots qu’il m’a dit, au téléphone, quelques heures avant le match, c’est “je ya fais la fete”. J’ai donc décidé de raconter cette journée, qui devait être une fête. Quand il est là il est équipé de tentures, il est prêt à vivre un grand moment. » Plutôt que le pendant ou l’après, le film de 18 minutes raconte donc l’avant. Il s’achève dans la tribune, juste avant qu’elle s’écroule. Il raconte ce que l’enfant de Furiani ne montre pas. « On montre l’effervescence et la joie, mais rien du drame, de l’horreur, de la sidération. Pourtant, pendant tout le film, on sait vers quoi on s’avance. L’objectif est de montrer à quel point la vie peut être belle et s’arrêter d’un seul coup. » Par Thomas Andreï
Photo : André Durand/AFP.

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