PORTRAIT. Guilaine Tortereau : “J’ai fait des chiens pour le récit des histoires”

Guilaine Tortereau façonne le moule de sa perruque dans son atelier situé au 37 bis rue de Montreuil, dans le 11e arrondissement de Paris, au cœur de la Cour de l’Industrie. (©Marie Claudel)

Les coiffures du film Valériane depuis Luc Besson, c’est elle. Les perruques de la série Versailles Créé par Simon Mirren et David Wolstencroft, c’est encore elle. Guilaine Tortereau c’est t perruquiere pour le cinéma et le spectacle vivant.

« Il faut être exigeant et aimer ça »

Ce sont des repas à peine avalés, elle remet à la confection d’une nouvelle perruque. Destiné à un nouveau film, la création reste confiante. Professionnel secret Obliger. Lunettes vissées sur le nez, elle croisée et scotche des bandes de coton avec assurance et habileté pour réaliser un moulage sur-mesure sur la tête d’un mannequin.

Ce travail précis et méthodique lui demande près de quarante-cinq minutes. Rien à côté des quatre à cinq semaines qu’il faudra pour achever la phase d’implantation dés 300 à 400 grammes de cheveux nécessaire pour fabriquer l’entièreté de la perruque.

Audrey réalise une implantation de cheveux sur une perruque à l'aide d'un crochet.
Audrey réalise une implantation de cheveux sur une perruque à l’aide d’un crochet. (©Marie Claudel)

« Il y a quelque chose de similaire à la couture, tous les détails doivent être parfaits. Il faut être exigeant et surtout aimer ça », explique celle qui n’est pas maniaque de nature, mais que force à l’être par passion.

La coiffure, une affaire de famille

Ce métier, elle l’a dans la peau. Il faut dire que la coiffure est une affaire de famille : sa simpleils sont frèreplus aussi ses deux grands-pères étaient coiffeurs.

A 20 ans, cette Bretonne, passionnée de cinéma, décide de s’installer à Paris pour démarrer un double cursus d’art plastique et théâtre à Paris 8. « Ces études étaient comme un réceptacle de savoir », se souvient-elle tout en se remettant au moulage de sa perruque.

Son métier, elle l’a appris sur le tas enchaînant les petits boulots comme assistante sur les plateaux de tournage, mais aussi dans les coulisses du Moulin Rouge. Aujourd’hui, cette formation alliée à l’expérience du plateau lui servent toujours :

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Quand tu me commandes un chien, je sais que tu peux trouver l’inspiration pour des histoires singulières et voir un peu plus d’imagination.

Guilaine Tortereau Perruquière pour le cinéma et le spectacle vivant

Une artiste qui laisse libre cours à toutes ses folies

Après plus de trente ans de carrière sur les plateaux de cinéma, l’intrépide Guilaine se lance en tant qu’indépendant. En 2014, elle ouvre l’Atelier Peruke au coeur de la Cour de l’Industrie donne lui 11ème arrondissement. Un endroit à son image, créatif et singulier. Entre perruques farfelues, coiffures à la Louis XIV, moustaches et barbiches épinglées sur les murs, Guilaine Tortereau laisse libre cours à toutes ses folies.

L'atelier de Guilaine Tortereau, situé au 37 bis rue de Montreuil, dans le 11ème arrondissement de Paris, au coeur de la Cour de l'Industrie.
L’atelier de Guilaine Tortereau, situé au 37 bis rue de Montreuil, dans le 11ème arrondissement de Paris, au coeur de la Cour de l’Industrie. (©Marie Claudel)

« J’ai ouvert mon atelier pour m’amuser à créer des prototypes qui ne servent à rien mais qui m’amènent à des pistes de réflexion », explique la perruquière, dont le téléphone ne cesse de sonner.

120 perruques réalisées en quatre mois

Actuellement sur 15 projets, plus ou plus conséquents, Guilaine passe au peigne fin pour discerner l’interlocuteur au bout du fil. « Ça nous arrive de travailler jour et nuit, car on n’arrive pas toujours à être dans les délais », affirme-t-elle. verser le film Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu j’ai fait la paire Guillaume Canetl’atelier Peruke pour fabriquer près de 120 chiens dont la majorité en moins de quatre mois.

Si Guilaine est salué par une équipe de quatre personnes au quotidien, elle est parfois obligée d’augmenter les effectifs. Pour transmettre facilement son savoir-faire, la perruquière au tempérament exigeant, ne fait aucune concession sur la technique. “Contrairement à d’autres ateliers, les fiches techniques imaginées par Guilaine sont trois précises et détaillées”, explique Audrey, salariée après cinq ans.

L'équipe de Guilaine en plein travail d'implantation.
L’équipe de Guilaine en plein travail d’implantation. (©Marie Claudel)

Pas question pour Guilaine de tout déléguer. Ses journées types commencent vers sept heures. Sur tous les fronts, elle oscille entre tâches administratives, fabrication de perruques, gestion de son équipe et essais sur mesure. Guilaine enchaîne aussi les rendez-vous avec les réalisateurs, designers, scénaristes ou metteurs en scène.

Retrouver le sens, les sens et la couleur de l’histoire

La perruquière ne se contente pas seulement de lire le scénario ou le script. Lors du premier rendez-vous avec le réalisateur en lien avec les costumiers, l’équipe maquillage, les décors ou encore les techniciens, elle tente toujours de saisir au mieux les contours d’une histoire singulière : “Il faut rentrer dans l’univers très typé du réalisateur et comprendre la manière dont il veut écrire son film esthétiquement.”

Lors d’une deuxième réunion, Guilaine leur présente les chiens qu’elle a imaginés. « Mon rôle consiste à les aiguiller, mais c’est une composition que l’on fait ensemble. Le film grandit pendant la préparation, c’est quelque chose de mouvant ».

Un chien réalisé par Guilaine pour le film Valérian de Luc Besson.
Un chien réalisé par Guilaine pour le film Valérian de Luc Besson. (©Marie Claudel)

Pour l’inventive perruquière, création de veste est un véritable terrain de jeu qui induit des heures de recherches et d’inspirations. “Je fais des propositions de perruques qui peuvent arriver à quelque chose de plus à un personnage et à l’esthétique d’un film”, assume-t-elle en contemplant les perruques de son atelier.

verser le film Valériane de Luc Besson, le travail a été conséquent. Elle s’inspire de la fois du scénario très coloré du réalisateur, du squelette de la bande dessinée, de l’art contemporain plus des mutations physiques de l’homme pour imaginer les coiffures du futur.

La technique au service d’une histoire

Quand Guilaine imagine une perruque, elle ne laisse rien au hasard. Du choix des couleurs, aux matières jusqu’au volume… Veste détail compte pour cet artiste dont le but est avant tout de raconter une histoire. lui demander six barbes depuis Père Noël, ne revient pas à faire six barbes de vieux.

Dans l’imaginaire, le Père Noël représente quelqu’un de doux, de très protecteur et de généreux. C’est une personne qui envoie embrasser donc je ne prends pas un cheveu ou un poil qui que, plus une matière qui fait penser à la permissive et la maturité comme une laine mohair.

Guilaine Tortereau Perruquière pour le cinéma et le spectacle vivant

Pour la perruque de panoramamix dans le dernier film Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, Guilaine a choisi de mélanger deux types de fibres : du crin et du mohair venus tout droit d’Italie, où elle s’approvisionne quand son stock commence à manquer. “Le crin donne cette impression de nervosité dans les cheveux tandis que le mohair est plus doux et parfaitement à ce personnage attachant.”

« J’écoute ce qu’on me dit, mais je dis aussi ce que je ressens »

Si raconter des histoires particulières prime autant que la technique, la perruquière au franc-parler assumé se retrouve parfois face à des situations déroutantes. « J’écoute ce qu’on me dit, mais je dis aussi ce que je ressens. Je ne peux pas les laisser aller dans le mur sans rien dire », s’époumone-t-elle derrière son masque. Elle l’admet, elle a un caractère très doux sauf quand elle parle de perruques.

Elle se souvient notamment de son travail sur le film Amant en série j’ai fait la paire James Hut. Le réalisateur et l’actrice principale Michèle Laroque Désir une coiffure travaillée et perfectionnée d’inspiration nineties.

« Je l’imaginais à la fois plus naturelle, élégante et féminine avec un carré roux indémodable, sensuel et plus dans le mouvement ». Si Guilaine a réussi à les convaincre tous les deux, elle avoue avoir été pétrifié à l’idée de se planter lors du premier jour de tournage. « C’était culottée de ma part, mais c’est l’une des seules fois où je me suis vraiment battue. Encore aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir eu cette intuition ».

Paire Marie Claudel

En partenariat avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFJP).

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