à l’hôtel de Cluny, le musée du Moyen Âge renaît

16 h 25, le 9 mai 2022

Trois incroyables couronnes en or de rois wisigoths semblent en lévitation. Couvertes de pierres précieuses, émeraudes, améthystes, perles, elles sont accrochées en hauteur dans une vitrine centrale autour de laquelle on peut tourner pour mieux les contempler. Ces offrandes votives datant du VIIe siècle, découvertes à Guarrazar près de Tolède en Espagne, font partie des pièces les plus fascinantes du musée national du Moyen Âge, ou musée de Cluny, qui sera rouvre le 12 mai, après des fermetures successives pour rénovation.

Auparavant, ces bijoux étaient simplement alignés dans un mur-vitrine, et noyés dans un ensemble consacré à l’orfèvrerie de la vaste période médiévale, allant de l’an 500 à 1515, date de la bataille de Marignan. À l’heure actuelle, les somptueuses couronnes arts hybrides byzantins et germaniques trônent en majesté dans une salle évoquant ces mondes disparus du Haut Moyen Âge, Byzance, les Ottoniens, les Mérovingiens…

Une nouvelle entrée dans le métal

La présentation des 1 600 œuvres issues des collections du musée de Cluny – sculptures, tentes, coffrets, boucliers, bagues, tableaux… – a été entièrement repensée. De même que l’ensemble du site. Au lancement du projet, en 2011, il s’agissait simplement de rendre le lieu accessible aux personnes en fauteuil roulant. Le musée, rattaché aux thermes gallo-romains de Lutèce, regroupe le frigidarium du Ier siècle, l’hôtel médiéval des Abbés de Cluny et un bain pastiche de style romain datant du XIXe siècle. Soit 28 niveaux différents, et autant de volées de marches ! Puisqu’il fallait installer des ascenseurs (il y en a trois désormais), autant en profiter pour tout restaurer et transformer : les travaux débutent en 2013, avec des fermetures partielles, puis une totale de 2020 à 2022. Le coût du chantier se montera à 23 millions d’euros.

Couronnes du trésor de Guarrazar offertes à l’Église par les rois wisigoths au VIIe siècle en Espagne.

(GÉRARD BLOT/RMN-GP)

Une nouvelle entrée en métal, sobre et contemporaine, donnant sur le boulevard Saint-Michel, est réalisée par l’architecte Bernard Desmoulin. Cette extension permet de créer des vestiaires, d’accueillir la librairie-boutique, qui occupait auparavant une salle dans l’hôtel médiéval, et des comptoirs de billetterie plus spacieux. L’ancienne entrée, longue de 50 mètres, est aujourd’hui un petit café qui jouxtera les tables installées sur la cour pavée, fermées par un mur de crenelé. Ce sera sans doute l’une des plus jolies terrasses cachées de Paris, mais réservée aux visiteurs.

Un voyage du Ier siècle jusqu’au début de la Renaissance

Dans le musée, le frigidarium, qui expose le célèbre piler des Nautes, n’a pratiquement pas changé, tout comme l’impressionnante salle Notre-Dame, qu’avait fourni d’une rénovation intérieure. Mais le subtract du parcours a été bouleversé. J’ai terminé la présentation par types de techniques – une pièce réservée aux émaux, une autre aux vitraux… –, j’imaginais qu’en 1949, à la fin de la guerre, les conservateurs voulaient créer un musée pour les ouvriers. Actuellement, la visite donne l’impression d’un voyage dans le temps, du Ier siècle, dans les thermiques (au sous-sol), jusqu’au début de la Renaissance au premier étage.

Nous avons choisi, dans cet ensemble de strates architecturales imbriquées, de remettre de la chronologie pour redonner le contexte des œuvres

« Il y a déjà une concordance entre le contenant et le contenant, décrit Séverine Lepape, la directrice du musée. Nous avons choisi, dans cet ensemble de strates architecturales imbriquées, de remettre de la chronologie pour redonner le contexte des œuvres, qui étaient dispersées antérieurement dans le musée. » Par exemple, le reliquaire et les sculptures des saints de la Sainte-Chapelle sont présents ainsi que les vitraux du célèbre monument, un lieu d’être à trois emplacements différents. « Le Moyen Âge n’est en rien monolithique, ajoute Séverine Lepape, mais cette période correspond néanmoins à une réalité historique dont certains aspects peuvent paraître difficiles à comprendre aujourd’hui. »

Un parcours spécial enfants, axes sur les jeux et les chevaliers

Pour mieux saisir les méandres de ce temps long, les visiteurs remontent le cours de l’histoire, découvrant par exemple des chapiteaux romans posés sur de faux piliers, en hauteur mais pas trop, avant d’entrer dans la salle gothique de Notre-Dame . Dans chaque pièce, consacrée à une période – par exemple, à Philippe le Bel et ses fils, de 1285 à 1328 – et à une donnée géographique aérienne – comme Limoges ou la France du Nord –, un chef-d’œuvre est mis en avant, telle la châsse des Rois mages, un coffre datant de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe, décoré par email. De même, impossible de manquer cette Vierge à l’Enfant de Jean Hey (vers 1495), un petit tableau aux couleurs et à la tendresse éclatantes : le Christ, un bébé comme un autre, et suce son pouce. Une petite tablette servira d’audioguide pour jouer plus facilement, et comprendra un parc spécial pour les enfants, axé davantage sur les jeux, les échecs, les armes des chevaliers, la vie quotidienne, etc.

Nous souhaitons que les visiteurs comprennent que l’art du Moyen Âge est un art de la couleur, de l’ancien

Les nouveautés seront mises en avant, comme cette salle consacrée à l’art de l’Italie des XIIIe et XIVe siècles, qui n’existait pas. Un grand et bel ange en bois sculpté, attribué à l’entourage de Pisano, s’y tient comme une vigie aux cheveux bouclés, au visage idéal, annonçant la Renaissance. Derrière lui, la délicate rose d’or datant de 1330, un cadeau papal, du temps des papes d’Avignon, à un de ses fidèles, étale ses pétales et ses feuilles vermeilles sans jamais flétrir. Plus loin, après l’ancienne chambre de l’abbé d’Amboise, beaucoup découvriront la chapelle de style gothique flamboyant, rénovée (de 2015 à 2017, mais qui fut peu visible en raison des fermetures ultérieures), et dont le pilier central utilisé ses nervures comme un arbre de pierre.

Les six tapisseries de la mystérieuse Donne-moi Licorne, la « Joconde » de Cluny, star du musée, a bénéficié en 2013 du nouvel éclairage, moins violent, et d’un accrochage sur des pans légèrement inclinés afin d’amoindrir leur poids et ne pas déformer ces chefs-d’ Œuvre datant de 1500. Cette présentation n’a pas été modifiée. C’est la salle suivante, la dernière, que surprendra les habituelles : l’évocation d’une église, avec un choeur, des stalles en bois sculptées et des tentures vives racontant la vie de saint Étienne incluses dans un grand U (comme l ‘était la célèbre tapisserie de Bayeux), salles de la cathédrale d’Auxerre et également datant de 1500. « C’est le dernier bouquet, estimer la ligne directrice. Nous espérons que les visiteurs comprendront que l’art du Moyen Âge est un art de la couleur, de la vie. »

Musée de Cluny — Musée national du Moyen Âge, 28, rue Du Sommerard (5e ). Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9h30 à 18h15 Plein tarif 12 euros, tarif réduit 10 euros. musee-moyenage.fr

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