L’avenir du quotidien La Provence se joue ce lundi

Xavier Niel va-t-il s’opposer à la reprise du groupe de presse régional par l’armateur CMA CGM ? C’est l’enjeu du conseil d’administration, sous haute tension, de ce lundi.

Xavier Niel usera-t-il de son droit de veto pour s’opposer à la reprise de Provence par l’armateur CMA CGM ? C’est tout l’enjeu du conseil d’administration lundi, que pourrait ouvrir un nouveau front dans la bataille entre ces deux mastodontes de l’économie. Depuis le géant mondial du transport maritime et NJJ, la holding de Xavier Niel, le fondateur de Free, s’affrontent en justice pour le contrôle du groupe de presse régionale et ses deux titres phares, les quotidiens Provence et Corse Matin.

L’entreprise, qui emploie quelque 850 salariés, est détenue à 89% par GBT, la holding de l’ex-homme d’affaires Bernard Tapie, les 11% restant appartenant à NJJ, via sa filiale Avenir développement. Plus GBT est en liquidation judiciaire après 2020. Les deux liquidateurs judiciaires sont donc impliqués dans cette bataille, avec un objectif : obtenir le meilleur prix de vente pour ces 89%, afin de pouvoir payer les créanciers et donc l’État.

Dans la suite d’un deuxième appel d’offres, seule celle de l’armateur Marseille, mieux-disante, a été retenue par les liquidateurs : CMA CGM avait mis 81 millions d’euros sur la table, contre « autour de » 20 millions pour NJJ . Encore faut-il que cette offre passe les fourches caudines du conseil d’administration : composé de cinq membres, ce dernier doit en effet considérer à l’unanimité l’offre de l’armateur, vertu d’une clause dite “d’agrément », c’est-à-dire un droit de veto. Parmi eux, deux représentants d’Avenir Développement, dont l’offre de reprise a été écartée par le liquidateur, et trois de GBT : Stéphane Tapie, fils aîné de l’homme d’affaires décédé en octobre, le PDG de La Provence Jean -Christophe Serfati et le secrétaire général du groupe Virginie Layani.

risque d’échec

Pour obtenir l’accord, j’ai établi dans la loi de 1986 garantissant l’indépendance des entreprises de presse, tout nouvel entrant au capital doit respecter deux conditions : «le principe de non concentration de la presse” et “l’intérêt social de l’entreprise», rappelle CMA CGM auprès de l’AFP, estimant qu’elles sont proposées remplissant ces deux critères. «Notre offre, elle confirme l’emploi, elle confirme l’activité et elle a été validée par les six CSE (Comité social et économique, NDLR) de La Provence, cinq unanimité et soixante et un avec dix voix sur 14», précise l’armateur. «L’intérêt social de La Provence aujourd’hui, c’est d’avoir un nouvel actionnaire en bonne santé qu’il ait recueilli un avis favorable des CSE», glissez une autre source proche du dossier à l’AFP.

En cas de rejet de l’offre par les administrateurs d’Avenir Développement, l’ombre du conflit d’intérêts reviendra planer sur le dossier. C’est d’ailleurs ce qui avait motivé la suspension du droit d’agrément de Xavier Niel, à la fois actionnaire minoritaire de La Provence et candidat à sa reprise, par le tribunal de commerce de Marseille en janvier. Si la cour d’appel d’Aix-en-Provence a ultérieurement confirmé cette décision, elle a également reconnu qu’elle existait, de «manière incontestable” un “conflit d’interêts» pour Avenir Développement.

Par ailleurs, un usage, que j’ai joué abusif pour certains, du son droit de veto de Xavier Niel, pourrait conduire les liquidateurs judiciaires à engager des poursuites, voire à retirer les actions GBT de la vente. Avec un risque de faillite de l’entreprise. Pour beaucoup de salariés, un blocage de l’offre CMA CGM serait en tout cas synonyme de nouveaux délais dans une cession déjà en suspens depuis des mois. «Si ce n’est pas agréé, on repart sur une situation de blocage inextricable», craint Sophie Manelli, élue du Syndicat national des journalistes (SNJ). Ou alors, “on n’a plus le temps d’attendre, il faut vraiment qu’on ait un repreneur, des investissements, un cap», ajoute-t-elle.

Comme le SNJ, l’intersyndicale FO-CGT de Corse Matin et La Provence et le syndicat FOSNPEP ont fait appel aux administrateurs de leurs attributions, en leur demandant d’agréer l’offre de l’armateur. La CFDT, la CGT, la CFE-CGC et FO Livre auraient, eux, préféré pouvoir comparer les deux offres de reprise. «Il est faux de prétendre que tous les salariés et même une grande majorité serait pour l’offre de la CMA CGM», en avant-première Marie-Cécile Bérenger, déléguée CFDT.

Soustraire que «Si Xavier Niel aspirait à acquérir La Provence, il n’a pas fait juste, il a ajouté l’offre», relève-t-on de source proche du dossier : «Il peut à la fois donner l’agrément et acquérir le journal, en utilisant son droit de préemption», qui lui permet de reporter la mise, à condition toutefois de s’aligner sur le prix de son concurrent.

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