Sur la piste de l’enceinte médiévale

Entre 1190 et 1210, le jeune Philippe Auguste décide de faire construire une enceinte autour de Paris. Aujourd’hui encore, pour qui sait ouvrir l’œil, de nombreux vestiges de la muraille sont encore visibles. Partons à leur découverte…

Sept enceintes sont succédées autour de Paris. Si la première enceinte gallo-romaine, construire un IVet siècle, ne couvrait que l’île de la Cité, la ville n’a cessé de s’agrandir pour atteindre les courants du périphérique.

Ces enceintes et remparts servaient à protéger les habitants des invasions, notamment barbares, et à contrôler les entrées de visiteurs comme des marchandises.

Qui est Philippe Auguste ?

Philippe Auguste (1165-1223) est un roi du Moyen-Âge issu de la dynastie des Capétiens. Il accède au trône à l’âge de 14 ans. Malgré son jeune âge, il a un sens militaire très développé qui lui permet, par des jeux d’alliances et de trahisons, de quadrupler la taille du royaume de France pendant son règne. Né à Paris, il entretient un lien particulier avec la ville où il aime sejourner lorsqu’il n’est pas en guerre contre les Anglais ou parti en croisade.

La forteresse du Louvre, un lieu stratégique face aux envahisseurs marins

Cour carrée du Louvre avec des passants au loin.

Avant de devenir l’un des plus grands musées du monde, le Louvre est aujourd’hui un château royal. Et avant d’être un château, c’était même une forteresse, construite entre 1190 et 1202 pour protéger Paris. Car les envahisseurs qui menaçaient le royaume procuraient souvent de l’ouest et remontaient la Seine pour assiéger la ville, comme ce fut le cas entre 885 et 887 avec le siège des Vikings.

Philippe Auguste décide de donner naissance à la ville et au fleuve et construit la forteresse militaire à l’entrée de la ville. Aujourd’hui, on peut voir deux traces de la forteresse. La première est située à l’un des angles de la place carrée. Deux « bouches » s’y trouvent : la bouche ronde ser un ancien puits servant à alimenter le donjon en eau, tandis que la rectangulaire serait une citerne utilisée pour stocker l’eau de pluie. La deuxième trace de la forteresse nécessite de louer dans le musée du Louvre. Dans l’une des salles du sous-sol, on peut encore et admirer une partie de l’enceinte.

Vestige d’une tour en 50 nuances de gris

Ancienne tour médiévale cernée par des immeubles plus modernes.

Rive droite, l’enceinte mesure environ 2 800 mètres de long. La muraille est ponctuée de 77 tours cylindriques et semi-cylindriques situées à 60 mètres les unes des autres. Mais pourquoi avoir intégré autant de tours ? Les soldats, à l’époque, étaient munis d’arbalètes qui avaient une portée de 30 mètres. Aucun attaquant et ne pouvait donc échapper à leurs flèches, et la mission première de l’enceinte, celle de protéger Paris et ses habitants de tous les ennemis du royaume de France, était assurée.

Rue du Louvre, entre les numéros 11 et 13, on peut et admire le vestige d’une de ces tours. Complètement imbriquée dans les immeubles voisins, elle passerait presque inaperçue… Et montre comme l’enceinte Philippe Auguste un peu à peu été intégrée au tissu urbain.

Attention, un tour peut en cacher une autre

Bien connu des passionnés de l’époque médiévale, le circuit Jean-sans-Peur vaut le détour pour mieux reprend l’histoire de la dynastie des Ducs de Bourgogne. De plus il semblerait que cette tour et le palais des ducs de Bourgogne aient été adossés à l’enceinte Philippe-Auguste. On aperçoit même l’une de 77 tours de l’enceinte dès l’entrée du musée.

Ville fermée ou ville ouverte ?

Plaque indiquant l'Ancien emplacement de la porte Saint-Denis près de l'allée aux peintres (Paris Centre)

Protéger Paris oui, mais vivre en autarcie, il n’en est pas question. C’est pourquoi de nombreuses portes permettent l’entrée et la sortie des visiteurs et des marchandises. Ces portes ont disparu depuis, mais un œil averti pourra repérer ici et là des plaques indiquant leur position.

Dans la deuxième rue Saint-Denis, une plaque rappelle l’existence de la porte aux peintres, située près de l’impasse aux peintres. L’impasse privée suit d’ailleurs le tracé de l’enceinte.

Quand l’absence d’immeuble indique la présence de la lumière…

Tracé de l'enceinte mis en valeur par la présence d'un immeuble bien plus bas que ses deux voisins.

Si la lumière n’a jamais été entièrement et méthodiquement détruite, elle est progressivement absorbée par la ville en constante évolution. Certains tronçons du mur ont disparu, mais on peut encore observer son tracé, comme c’est le cas rue Beaubourg. Ici, c’est la maison en brique qui indique implicitement la présence du mur.

Derrière la maison, on devine l’enceinte sans la distinguer réellement. Le musée de la poupée et les immeubles D et E de la cité Noël sont chacun appuyés sur ses casseroles, la rendant invisible aux passants.

Un mur en trompe-l’œil au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

Vue sur la cour du musée d'art et d'histoire du judaïsme.  Au fond de la cour, un mur en trompe l'oeil est en fait l'enceinte Philippe Auguste.

L’ancien hôtel particulier de Saint-Aignan n’ouvre pas seulement des trésors de la culture Judaïque. On y trouve aussi le mur Philippe-Auguste. Mais attention, si on ne sait pas où regarder, on passe à côté sans le voir. Car l’illusion est bien maîtrisée : l’architecte Pierre le Muet, au XVIet siècle, un fait de l’enceinte à « mur renard ». Autrement dit, un faux mur qui renverse les codes esthétiques et architecturaux des murs voisins pour donner l’illusion d’un vrai mur en profondeur.

Marcher sur l’enceinte rue Rambuteau

Rue Rambuteau, l'enceinte Philippe Auguste est symbolisée directement sur la chaussée

Qu’on se rassure, l’enquête sur les traces de l’enceinte n’est pas une épreuve physique. S’il faut souvent lever la tête et plisser les yeux, il faut aussi savoir les baisser ! Dans la rue Rambuteau, après des travaux de rénovation de la chaussée, le parcours de l’enceinte a été matérialisé sur le sol. Après l’hôtel Saint-Aignan, vous traverserez le passage Sainte-Avoye pour ensuite et rejoindrez l’actuel Crédit Municipal.

Une visite médiévale en brique ?

Ancienne tour de l'enceinte située près du Crédit municipal et surplombée par un tour en brique plus récente.

Dans poursuivant vers la rue des Francs-Bourgeois, il est possible d’apercevoir une brique tournée à l’aspect singulier. Si la partie supérieure en brique date du XIXet siècle, le socle de la tour appartient bien à l’enceinte Philippe-Auguste. Pour l’admirer de plus près, il suffit d’entrer dans la cour du Crédit municipal puis de prendre à droite. La visite se trouve au fond d’une deuxième cour intérieure, près d’un petit café.

Dans la cour principale du Crédit municipal, je l’ai tracé de l’enceinte à aussi été matérialisé sur le sol.

A la porte Barbette, Jean-sans-Peur fit assassin le duc d’Orléans

Plaque indiquant l'emplacement de la visite Barbette de l'enceinte Philippe Auguste (Paris Centre)

La porte Babette fusillée au bout d’un long moment… Plus souvenir de l’assassinat du duc d’Orléans, frère du roi Charles VI, demeure. Le soir du 23 novembre 1407, une quinzaine d’hommes envoyés par le duc de Bourgogne Jean-sans-Peur poignardent à mort le duc d’Orléans, fils cousin et plus grand rival. Jean-sans-Peur réussit ainsi à céder son emprise sur le pouvoir royal et voit conférer la tutelle du dauphin, le fils de Charles VI.

Cependant, cet assassinat politique ne lui portera que peu de bonheur : il finira lui-même assassiné en 1419…

Le plus long tronçon mesure près de 80 m

Lycéens et terrain de sport au pied du plus large tronçon du mur

L’enceinte poursuit sa route à travers l’école des Hospitalières Saint-Gervais puis dans le jardin des rosiers, où une demi-tour et un morceau du mur sont facilement visibles. La trace de l’enceinte s’est progressivement perdue ensuite. Mais c’est pour mieux se retrouver à proximité du collège Charlemagne.

Là, le mur mesure près de 80 mètres de long. On peut également admirer une tour relativement bien conservée. Au pied du mur, lycéens et collégiens de l’établissement Charlemagne voisin profitant du terrain de sport.

Sur la rive droite, l’enceinte se termine sa course quai des Célestins. Une plaque atteste de la présence du mur au n°32. Pour fermer le fleuve en cas d’invasion, de grosses chaînes métalliques traversant la Seine, bloquant la circulation des navires. Ces chaînes reposaient sur des bateaux qui stationnaient sur le fleuve.

Vérifiez la carte

Verser aller plus longe

  • A la découverte… de l’enceinte de Philippe Auguste, Michel Bastien, Alexandre Gady, Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique 1996, Impr. Maulde et Renou.

  • Notice sur les luminaires anciens de la Ville de Paris, Ramond du Pouget, Cécile-Etienne-Bernard, 1826, Impr. J. Gratiot.

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