Affaire PPDA : 20 femmes témoignent ensemble et publiquement, l’émission choc de Mediapart

Elles s’appellent Hélène, Stéphanie, Camille, Muriel, Charlotte, Marie-Laure, Clémence, Emmanuelle, Nora, Karine, Aude, Margot, Chloé, Caroline, Florence, Justine, Camille, Cécile, Anouk et Armelle. Elles sont 20. 20 parmi les 26 femmes qui ont témoigné devant la justice contre Patrick Poivre d’Arvor, pour viol, agression ou harcèlement sexuel. Deux d’entre elles étaient mineures au moment des faits. Ils ont accepté de participer à tous ensemble dans un méro spécial d’« A l’air libre », l’émission quotidienne de Mediapart, enregistrée lundi matin et mise en ligne ce mardi soir.

Certaines comme Florence Porcel, dont la plainte a lancé l’affaire PPDA en février 2021, ont déjà raconté leurs agressions dans les colonnes du «Parisien». D’autres ne s’étaient jamais exprimés dans les médias jusqu’ici, comme Margot Cauquil-Gleizes, qui tournait sur la parole avec émotion : « C’est la première fois que je témoigne publiquement (…). Être ici aujourd’hui, à visage découvert, est une façon de lui dire que je n’ai pas peur et que je maintiens mon témoignage à savoir qu’il m’a violée quand j’avais 17 ans et m’a agressée sexuellement dans son bureau à l’âge de 24 ans », raconte cette enseignante, dans le tour de table introductif. Elle a expliqué être anonyme en réponse à la plaignante déposée le 26 avril par l’ancienne star du JT pour la dénonciation calomnieuse contre 16 des 22 femmes qui avaient peur du policier de la Brigade de répression de la délinquance contra la personne (BRDP).

« C’est difficile pour chacune d’entre nous de parler de ça. Ce sont des choses intimes qu’on n’a pas du tout envie de raconter. On n’a pas envie d’être là, pas envie d’avoir besoin du dire publiquement, déclare d’emblée Hélène Devynck. Simplement c’est la violence de Patrick Poivre d’Arvor qui fait qu’on est obligé de le faire. Il a porté plainte contre 16 d’entre nous. Toutes, ici, on est allées raconter nos histoires à la Justice. La Justice, pour l’instant, n’en a rien fait. Elle nous a classées sans suite. Ce qu’on vient vous dire c’est ce que la Justicia sait et aussi la violence que c’est de témoigner », aux côtés du journaliste qui a travaillé à l’âge de l’ancien présentateur des 20 Heures de la Une dans les années 1990 , et qui a porté plainte pour viole contre lui, pour des faits qui remontent 1993.

Un Festival de Cannes qui a laissé un souvenir traumatisant

Émotion et colère succèdent au fil des 2 h 25 de cette émission aux airs de riposte médiatique. Les blessures intimes et les vies brisées sautent aux yeux. Comme cellules de Caroline qui ont participé à l’émission de deux pour ne pas être reconnue. En juin 1988, elle avait 16 ans et a été maltraitée par PPDA. Parmi les autres témoignages jusqu’ici inconnus, celui de Marie-Laure Eude-Delattre, que saisi la justice en décembre dernier.

A 23 ans, elle a été violée en marge du Festival de Cannes, à l’hôtel Martinez ou le séjournait le présentateur. « Jusqu’au bout j’ai cru que j’allais boire un verre sur la terrasse pour avoir un stage à France 2. Et en fait je me suis retrouvée dans sa chambre », explique cette « petite stagiaire guillerette et naïve ». Elle à mes 36 ans pour saisir les tribunaux. « Je rêvais d’être attachée de presse et surtout comédienne, de jouer Phèdre. C’était ça mon ambition, pas de coucher avec cet homme. (…) Il m’a dit On peut parler de ça après le film. C’était une séance de 0h30 », se souvient celle que n’est pas sûre qu’il connaît son prénom.

Après l’avoir retrouvé dans le hall du palace, elle l’a suivi dans l’ascenseur, puis dans les couloirs. « Il a fermé la porte à clé et après je l’ai vu tout nu comme un ver se frotter sur son canapé. Je lui ai dit Not je ne veux pas, je ne suis pas venue pour ça. (…) C’en est suivi un moment de sidération, je n’ai pas bougé. Je portais mon pantalon et ma jupe-culotte. (…) Ce n’est pas ça la séduction. Juste un bout de viande, j’en ai besoin, je le prends et je m’en vais. À la fin, j’ai pris mes petites affaires, il m’a ouvert et je suis partie. », explique celle qui assure avoir parlé de cette histoire « à tout le monde » dans son entourage.

Présumé innocent, Patrick Poivre d’Arvor répond à une nouvelle fois réputée toutes ces présomptions. En février 2021, la journaliste Florence Porcel portera plainte pour violences contre le PPDA. Ce premier recours en justice a été classé sans suite en raison d’une « insuffisance de preuves », mais une nouvelle plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction de Nanterre a conduit à l’ouverture d’une information judiciaire sur des faits présumés commis à de 2009, et qui ne sont pas prescrits. Deux nouvelles plaintes pour agression sexuelle et viol ont été enregistrées fin décembre pour des faits en 1985 et 2013. Et une autre fin avril. À ce jour, seize femmes au total ont porté plainte contre Patrick Poivre d’Arvor, dont 6 pour viol.

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