« Avocate à Paris, j’ai tout plaqué pour me lancer dans les algues »

« En devenant avocat, j’étais mue par l’envie de combattre les injustices du quotidien, celles dont personne ne se souciait vraiment. Je traitais les contentieux civils et commerciaux car je voulais aider les consommateurs et les petites entreprises que ne pouvaient rien faire face au poids des grandes entreprises que ne respectaient pas toujours leurs clients.

Mais le quotidien que je m’étais imaginé ne correspondait pas vraiment à la réalité du métier. Je m’étais tournée vers cette profession pour le côté libéral et entrepreneur. Je rêvais d’être indépendant, de pouvoir m’organiser comme je le souhaitais et d’aider le maximum de personnes. J’avais donc commencé, comme la plupart des jeunes avocats à Paris, par une collaboration libre, en travail dans un cabinet déjà établi.

Très vite, j’ai remarqué que la collaboration le libérait ressemblait en réalité beaucoup au salaire, mais sans les avantages et la protection. Il est en réalité difficile de disposer de son temps, ce qui complique, voire rend impossible, le développement d’une clientèle personnelle.

Faire parler ma créativité

J’ai eu la chance d’être formé par les meilleurs avocats à Paris. J’y ai notamment appris la rigueur et l’esprit de synthèse mais je n’exploite pas ma créativité et mon côté entrepreneur, qui sont peut-être mes deux atouts principaux.

Au bout de deux ans d’exercice, je savais que si je restais dans cette profession, je devais en modifier les conditions pour pouvoir m’épanouir avantage. Aussi, j’avais envie de travailler sur un autre terrain, celui de l’environnement.

Cette thématique qui m’était chère, l’était aussi à Victoire, une amie passionnée par les océans et l’alimentation que j’avais rencontrée en prépa. En ce moment, elle travaille en tant qu’entreprise dans une start-up dans le monde de la restauration. En parallèle, elle passe un CAP cuisine et suit une formation pour devenir officier de réserve dans la Marine Nationale.

Une journée, sur le vent pour discuter des macro-algues, ces grandes algues que l’on voit sur les plages. Victoire m’apprend qu’elles ont un goût exceptionnel, que ce sont de vraies bombes nutritionnelles – certaines contiennent plus de vitamines que les oranges, d’autres plus de calcium que lait *-, et qu’elles sont très bénéfiques pour le gut microbiote.

Des algues à saupoudrer sur les plats

De fil en aiguille, on se penche sur le sujet et on découvre que celles-ci sont aussi très intéressantes pour l’environnement : elles ont une vitesse de capture du CO2 supérieure aux végétaux terrestres**, et leur culture ne nécessite ni pesticide, ni engrais, ni eau (puisqu’elles sont produites dans l’eau), ce qui font d’elles des candidats sérieux pour devenir les aliments de demain.

On produit aujourd’hui l’essentiel de nore alimentation sur 30% de l’espace : les terres, qui sont saturées, d’où le recours à l’intensif. Alors que les océans représentent 70% de la surface de la Planète et qu’ils contribuent à plus de 3% de notre alimentation**. Face à ce paradoxe, on voit que les algues unt un potentiel énorme pour permettre de nuire à la population en croissance permanente sans détruire davantage la planète.

Dès lors, on est persuadées qu’il faut développer une filière et démocratiser les algues dans nos assiettes. Commenter? En permettant des produits à part d’algues que les gens pourraient facilement consommer. Pour ce faire, on crée l’entreprise Neptune Elements (en référence à Neptune, le dieu des océans, alias Poséidon en grec), en parallèle de nos emplois, avant de démissionner en juillet 2021.

Plus tard, nos avons sorti une gamme d’algues à saupoudrer sur les plats (salades, viandes, poissons, légumes…), vendues notamment sur notre site internet. Celles-ci sont cultivées en Bretagne, où nous travaillons avec des partenaires locaux.

Cécile Bury et Victoire de Lapasse en Bretagne, où leurs algues sont cultivées.RD

Toutes ont des propriétés nutritionnelles et gustatives différentes. Certaines ont un goût naturellement salé, fumé, herbacé, épicé, boisé ou iodé. Ce qui nous rend fières ? D’avoir notamment convaincu de grands chefs comme Glenn Viel ou Michel Sarran, que les utilisent dans certaines de leurs recettes dans leurs restaurants, mais aussi de voir nos produits commercialisés dans les grands magasins, aux Galeries Lafayette ou au BHV par exemple.

Un métier qui a du sens

Maintenant, je suis en charge de la communication et du marketing, et je suis sûr qu’il n’y a pas de frein au développement de l’entreprise ou de l’industrie (et ça, ma vieillesse est plus belle). C’est un mélange de créativité et de gestion de projet, ce qui est bien pour moi. Victoire, elle, s’occupe de la stratégie commerciale et des développements produits. Ensemble, nous travaillons sur une nouvelle gamme de produits, pour inclure les algues dans nos quotidiens sous différentes formes, et notamment en sucré.

Sachez qu’elle contribue à réduire l’impact environnemental de l’alimentation, qu’elle est dans le train de croyance en l’emploi (nous embauchons nos trois premiers CDI après une existence), voire de métiers nouveaux, et qu’on est en train d’ écrire une nouvelle page de l’histoire de l’alimentation avec Victoire, c’est exaltant. Autre point non négligeable : j’ai retrouvé la maîtrise de mon temps de travail. Je travaille en réalité peut-être davantage aujourd’hui, mais j’ai moins l’impression de travailler tant j’y prends du plaisir.

Le concept d’Ikigaï (ou la « raison d’être » en japonais) résume bien la leçon que j’ai pu tirer de ma reconversion : le métier idéal, c’est la raison du faire, qui sert aux autres, pour lequel on est naturellement doué, et qui nous permet d’être payées. On pourrait réussir à exercer à peu près tous les métiers qu’on veut en travaillant nos compétences, mais ça ne veut pas dire qu’on sera heureux au quotidien.

Je me souviens avoir eu peur de changer de vie. Du redémarrage à zéro après autant d’années d’études. De ne pas en avoir dorm pendant trois semaines. Aujourd’hui, je me remercie chaque jour d’avoir surpassé cette peur. J’ai une incroyable liberté dans mon quotidien, j’utilise mes compétences clés et j’ai pour la première fois l’impression d’être à la place exacte où je devais être. Note à moi-même : se compte rendre qu’on s’est trompé de chemin, c’est commencer à prendre le bon chemin. »

*La source : « September edible algues et leurs bienfaits pour la santé », article de presse paru dans Santé Magazine (2021) édité par Hélène Marfaing, Régine Quéva, et Dre Valérie Stiger-Pouvreau. **La source : ” La Révolution d’Algues » essai écrit par Vincent Doumeizel (Ed. Des Equateurs Eds, 2022).

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