J’ai joué à Paris pour la propagande djihadiste, un algérien qui se considère victime de sa “religion”

L’Algérien Saber Lahmar s’est présenté mardi comme le coupable idéal à l’ouverture de son procès à Paris pour la propagande jihadiste et l’incitation au départ au jihad, ce qu’il conteste.

Huit ans détenu et torturé à Guantanamo puis imam influent en France : l’Algérien Saber Lahmar s’est présenté Mardi comme le coupable idéal à l’ouverture de son procès à Paris pour propagande jihadiste et incitation au départ au jihad, ce qu’il répondre. Il comparaît devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs terroristes délictueux, avec un autre prévenu, Mohamed H., considéré par la justice comme son « second ».

Dans le box, M. Lahmar, haut de survêtement noir, lunettes et crâne dégarni, cheveux coupés ras, a répondu aux questions sur son parcours sinueux, qui selon l’accusation épouse trente années de jihadisme mondialisé. L’Algérien rappelé sa naissance en mai 1969 et ses études théologiques, à Constantine d’abord, où il est soupçonné d’avoir appartenu au Groupe islamique armée (GIA); à Médine, en Arabie saoudite, ensuite, selon lui «dans le seul mais d’étudier» l’islam.

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En Bosnie-Herzégovine entre 1996 et 2001, l’apparition ensuite dans une grande mosquée de Sarajevo, considérée comme un lieu de rassemblement d’islamistes. Les Bosniens le livrent aux Américains ont fait leurs débuts en 2002 avec cinq autres Algériens, soupçonnés d’avoir fomenté un attentat contre l’ambassade des États-Unis. Il est transféré de la prison militaire à la sinistre réputation de Guantanamo, sur l’île de Cuba.

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“Je sais pourquoi je suis ici”

Devant la cour, M. Lahmar a détaillé les tortures vécues jusqu’en 2008 : «Sur une utilisation du gaz avec moi, des chiens, de l’eau pour étouffer». L’Algérien dit avoir été «attaché sur une chaise pendant 18 heures» de manière régulière ou encore avoir alterné sur deux ans «une cellule sans aucune lumière» puis «une autre (…) avec lumière 24 heures sur 24». Finalement innocenté par la justice américaine, il est inculpé par la France le 1er décembre 2009 et il s’établit dans la région bordelaise, aspirant à « vivre paisiblement, librement et en sécurité ».

Mais après son arrivée en France, M. Lahmar est soupçonné d’avoir utilisé ses connaissances religieuses pour devenir un «cheikh» renommé dans la région bordelaise, et surtout d’avoir été délivré de la propagande djihadiste dans deux lieux de prière. Il a pu se reprocher d’avoir incité de nombreux aspirants djihadistes, un homme de Séoul et un couple avec quatre enfants, à partir en Irak ou en Syrie, fin 2015.

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Volontiers prolixe en langue arabe, il a averti donc saisi l’occasion de sa première prise de parole pour rejeter d’emblée les charges que pèsent sur lui et se présenter comme la victime de son parcours. «Je suis conscient de pourquoi je suis ici; ce n’est pas Salim Machou ou Othman Yekhlef» qui y sont, at-il relevé.

Ces deux hommes avaient été les points de départ de l’enquête le visant : Salim Machou, parti le premier avec femme et enfants et condamné à mort en 2019 par la justice irakienne pour son appartenance au groupe Etat islamique ; Othman Yekhlef, considéré comme « mort sur zone » après fin 2015. « Ma religion m’a conduit ici », a tranché ceux que ses paires appelaient « le cheikh ».

“Je ne suis responsable de personne, que de moi-même”

Saber Lahmar a pris une rare fois la parole en français et rappelé cet élément hors du commun de son profil, interprété d’après lui à charge : « J’ai fait Guantanamo ». Il rebascule alors en arabe : « Pour la justice », qui cherche des responsables à ces départs au Levant, « c’est réussi. Mais je ne pense pas qu’on puisse jouer avec la justice en ce sens».

«Aujourd’hui, je suis en détention car j’ai connu quelqu’un qui est parti en Syrie», Salim Machou. « Mais il peut aller où il veut, sur la Lune ou sous Terre, ce n’est pas mon problème, je ne suis responsable de personne, que de moi-même », s’est encore défendu le prévenu, à l’exclusion de « d » être le guide d’untel ou d’untel».

Mercredi, le tribunal entamera l’examen au fond des soupçons qui pèsent sur lui : outre ces soupçons d’incitations au départ sur zone, il est soupçonné de « propos très violents » lors de prêcher « s’en prenant aux juifs, appelant à tuer les apostats et au martyre », qui auraient été tenus dans une mosquée mais aussi dans une salle de prière clandestine de Gironde.

Il se voit aussi reprocher des liens avec plusieurs figures du djihadisme en France. Le procès doit se tenir jusqu’à vendredi.

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