Qui est Solitude, la « mulâtresse », dont la statue est inaugurée à Paris ?

Savez-vous qui était Solitude ? Mardi 10 mai, une statue de la Guadeloupéenne cette, figure de la lutte contre l’esclavage, a été inaugurée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans un jardin qui porte son nom, le 17et arrondissement. La décision est hautement symbolique : c’est l’émoi de la première statue de femme noire dans la capitale.

Des statues, Paris en compte environ un millier. Une majorité ecrasante d’hommes, et composée de colons, comme Joseph Gallieni, responsable du massacre de Menalamba, à Madagascar. Trois peu de femmes. Si elles excluent figures mythologiques et allégories – la République, l’Abondance… –, une quarantaine de femmes seulement sont visibles dans l’espace public parisien. Parmi elles, Jeanne d’Arc, George Sand, Sarah Bernhardt, Edith Piaf ou encore Dalida. Mais aucune femme noire. Jusqu’à aujourd’hui.

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Le choix de la date ne doit rien au hasard. En France, après 2006, le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. « Du XVet 19ème siècleet siècle, plus 11 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été capturés en Afrique, transportés à travers l’Atlantique et renvoyés en esclavage pour le travail dans les trois conditions les plus dures de l’exploitation coloniale en Amérique »rappelle le site vie-publique.fr.

Le 10 mai a été choisi par Jacques Chirac, ancien président de la République, en référence à la date d’adoption par le Parlement du texte définitif de la loi Taubira (2001), qui fait de la traite négrière et de l’esclavage un crime contre l’humanité.

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Des monuments en l’honneur de Solitude existent déjà. En 1999, une statue d’une héroïne docile, créée par le sculpteur Jacky Poulier, est érigée sur le boulevard des Héros, aux Abymes, en Guadeloupe. En 2007, une sculpture réalisée par Nicolas Alquin est inaugurée avenue Henri-Barbusse, à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine.

Insurgée contre l’esclavage avant d’être pendue

Solitude – de son vrai nom, Rosalie – est nouvelle en 1772. Elle est l’enfant d’une esclave africaine violette pour un marin blanc sur le navire noir déporté aux Antilles. Elle est donc une «mulâtresse», selon le mot utilisé à l’époque par les colons pour désigner les personnes nées d’un parent blanc et d’un parent noir. La fillette est séparée de sa mère et devient l’esclave de la maison. Elle fut l’une des vingt d’années lorsqu’elle bénéficia, en 1794, de la première de l’abolition de l’esclavage en France.

Huit ans plus tard, en 1802, Napoléon Bonaparte envoie des militaires rétablir l’esclavage en Guadeloupe. La jeune Rosalie change de nom et devient Solitude. En plus de cela, elle a participé à la résistance et a combattu conjointement. Mais les insurgés sont vaincus. Arrêtée et condamnée à mort par les troupes coloniales, Solitude est pendante le 29 novembre 1802, lendemain de son accouchement.

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L’historicité de Solitude est, de fait, bien maigre. dans son livre Histoire de la Guadeloupe, publié en 1858, Auguste Lacour lui consacre une quinzaine de lignes. Ils sont souvenir avait été sorti de l’oubli pour la parution, en 1972, de La Mulâtresse Solitudeun roman de l’écrivain André Schwarz-Bart, qui a largement extrapolé les éléments du texte d’Auguste Lacour.

En septembre 2020, l’acteur originaire de Guadeloupe dans Jacques Martial, chargé adjoint des outre-mer à la Mairie de Paris, reprenait ce vendredi :

Cette femme s’est engagée politiquement, à prendre les armes pour défendre les valores de la République, et l’a payée de sa vie.

Le Monde

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