Une polaire nocturne enflammée portée de main de maître par Martin Freeman

Un drame fascinant, à l’image d’un documentaire, sur un policier et un système au bord de la rupture. La réponser, série en 5 épisodes créée par Tony Schumacher, une fois flic devenu scénariste avec Olivier Marchal en France, suit un flic au bord du gouffre lors d’une poignée de patrouilles de nuit à Liverpool. Soyons clairs, il y a beaucoup trop de séries policières à la télévision. Du coup, lorsque la série britannique a été présentée dans la section Panorama international au festival Séries Mania, les atentes étaient faibles… Mais la minisérie de la BBC, Le répondeur, diffusé les 9 et 10 mai sur Canal+, il se révèle par un polaire nocturne haletant, un réalisme fougueux, des zones grises troublantes et un humour noir percutant. De quoi se réconcilier avec le genre !

Tony Schumacher a patrouillé la nuit des années à Liverpool avant de craquer et de rendre sont célèbres. « J’ai fait une dépression nerveuse. Je me serais suicidé si j’étais soustrait là-bas plus longtemps. C’est un vrai problème que touche les services d’urgence, pas seulement la police. Beaucoup de gens ne peuvent plus faire face et se suicider. Si j’étais resté là-bas plus longtemps, ça aurait été moi», confie le scénariste qui 20 minutes J’ai trouvé Série Mania.

Le portrait d’un flic désabusé

Il s’est appuyé sur son expérience de vie pour créer le personnage de Chris Carson, flic désabusé dont la santé mentale, la moralité et la vie familiale ont été mises à mal couple de nombreuses années ingrates dans la police. « Je ne voulais pas que mes anciens collègues regardent la télé et se disent que Chris, c’est moi. Mais, sa santé mentale, sa colère qui monte, la façon dont il embrasse les relations avec les gens, c’est moi, définitivement », raconte-t-il.

Chris Carson est incarné par Martin Freeman (Fargo, sherlock, Bureau) au sommet de son art. Avec son accent de la Mersey à couper au couteau, on peut ressentir la dépression que le ronge sous les explosions de rage, de souffrance et de désespoir. L’acteur remporte surement des prix pour sa performance, à la hauteur de celle de Kate Winslet dans Jument d’Easttown.

Dechiré entre ce qu’il veut être – un bon flic, un bon père, une bonne personne – et ce qu’il est, Chris pose constamment la question de savoir qui a raison, mais qu’est-ce que cela veut dire être bon dans son monde ?

Une saga criminelle haletante

Cette chronique d’un flic au bord du gouffre prend les allures de saga criminelle haletante lorsque Casey (Emily Fairn), jeune toxicomane désespérée, vole une énorme quantité de cocaïne… Chris revient sur alors mêlé à des affaires auxquelles il n’aurait jamais dû être implicite…

Une situation qui se complique encore lorsqu’elle est ramenée en binôme avec comme nouvelle coéquipière, Rachel (Adelayo Adedayo), une jeune recrue idéaliste. « Tout l’aspect corruption relève de la fiction, souligne Tony Schumacher. Je n’étais pas corrompu. Mais j’ai travaillé avec un Bobby, un officier de police qui est avéré l’être. Je ne le savais pas à l’époque, mais je l’ai découvert quelques années plus tard. »

Un système en crise

Au fil des rencontres avec une galerie de personnages improbables, Le répondeur Interroger les limites d’un système et protester implicitement contre une fonction publique sous-financée et en sous-effectif. « On parle du jeu de la taupe. Quand vous êtes flic, on ne peut jamais prendre le temps de réparer ce qui surgit. Personne ne prend le temps d’arranger les choses. On colle un pansement et on part », déplore le scénariste. Une plongée dans le chaos d’une métropole la nuit, mais aussi au cœur d’un métier et d’un système en crise.

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