Affaire PPDA : pourquoi la plainte en diffamation a reforcé la parole de ses accusatrices

Frédéric SOULOY via Getty Images

L’Une de Paris-Match sur PPDA, accusée de violences et d’agressions sexuelles, est injuste envers les “dizaines de femmes” [qui] devant passer” de Cécile Delarue.

JUSTICE – Le peigne encourue pour dénonciation calomnieuse est de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, dit l’article 226-10 du code pénal. Ce que ne dit pas la bible des juristes en vengeance c’est que des plaintes en diffamation peuvent aussi produire des élans puissants. C’est peu ou prou le cas dans ce qu’il convient d’appeler désormais l’affaire PPDA.

Se réjouit que Patrick Poivre d’Arvor continue de démentir les accusations d’agressions et de violences sexuelles qu’il a vues après l’avant-première carrément dépossédée par Florence Porcel en février 2021, le 10 mars, 20 femmes à la télévision en direct sur le plateau de Mediapart face aux journalistes Valentine Oberti et Mathieu Magnaudeix.

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L’image de ces 20 femmes, dont deux ont parlé le dos tourné à la caméra par peur des représailles, qu’une nouvelle étape après plus d’un an de révélations via des portraits puissants dans libérationou d’annonce de nouvelles plaintes contre le journaliste. Plus après quelques semaines, le donne a changer avec la plainte en diffamation de PPDA contre 16 des femmes qui l’accusent.

Le journaliste a également été invité à s’exprimer par le quotidien, mais a décliné et continue de nier. Pour le moment une première enquête concernant une bonne partie des plaintes a été classée sans suite pour prescription ou manque de preuve. Néanmoins, une autre information judiciaire est en cours suite à une nouvelle plainte déposée par Florence Porcel.

La plainte en diffamation, un électrochoc

De son côté, contrairement à sa première plainte pour dénonciation calomnieuse qu’a été déboutée, cette fois, PPDA s’est constitué partie civile contre cellules que, estime-t-il, nourrissent une “amertume qui les conduit à décider, par vengeance tardive , le délit de dénonciation calomnieuse ».

De quoi désigner un électrochoc chez ses accusatrices même que j’ai fait confiance à Valentine Oberti au HuffPost: “Cela faisait déjà un moment que nous dialoguons avec elles pour une émission. Et cette plainte a démontré chez elles l’envie de prendre la parole ».

Et c’est justement ce qu’ont pointé du doigt en plateau aussi bien la journaliste Hélène Devynck sur le plateau de partie médiaqui évoquait « la violence de PPDA qui fait qu’on est obligé de le faire [ndlr: de parler]», que Margot Cauquil-Gleizes, enseignante, qui témoignait, elle pour la première fois.

“C’est la première fois que je me moque publiquement en réponse au dépôt de plainte de monsieur Poivre d’Arvor pour dénonciation calomnieuse. Être ici, aujourd’hui, à visage découvert, c’est une façon de lui dire que je n’ai pas peur et que je maintiens mon témoignage, à savoir qu’il m’a violée quand j’étais mineure, j’ j’avais 17 ans, et qu’il m’a agressée sexuellement dans son bureau à l’âge de 24 ans », at-elle expliqué en début d’émission.

On a envoyé la parole et de réagir, comme l’avait déjà provoqué en novembre 2021 l’interview donnée par PPDA sur le plateau de Quotidien. A l’époque, seule Florence Porcel avait encore parlé à visage découvert, mais laissons la rumeur d’autres récits venir pris de l’ampleur.

Des dénégaciones du journaliste face à Yann Barthès est ensuite l’association MeTooMédias que lutte contre les violences dans les médias. Ce soir-là sur TMC, “le mode de défense choisi par le journaliste a choqué beaucoup de femmes, dont de nombreuses victimes de ses agissements”, rapporte le site de l’association que précisément qu’après cette interview, 22 femmes sont allées en parler à la justice.

Rendez-vous au tribunal

Plus la portée de l’affaire PPDA ne se mesure pas seulement en écho médiatique. In portant plainte pour diffamation, il réunit ces femmes sur le plateau de Mediapart, mais aussi de fait bientôt au tribunal. Un rendez-vous judiciaire donc, que ne sera pas sans risque.

« Merci Patrick de nous offrir sur un plateau le procès qu’on n’avait pas le droit d’avoir pour cause de prescription. Il se tire une balle dans le pied », ainsi décrit dans Le Parisien, la journaliste Emmanuelle Dancourt, qui portait ouvertement en 2021 contre la journaliste pour une agression sexuelle dont elle aurait été victime en 2008. «Avec un peu de chance ce procès aura lieu, et vous nous verrons les 16 victimes bras dessus bras dessous arriver au tribunal très très déterminés. Enfin on va pouvoir lui parler les yeux dans les yeux, s’il ose venir », ajoutait-elle.

De quoi faire écho à l’analyse de cette psychiatre spécialisée dans les violences sexistes et sexuelles interrogée par Madmoizelle. Il a notamment rappelé que les groupes de parole des victimes de violences sexuelles sont « un véritable cocon de force construit pour et pour les victimes, une nouvelle arme d’autodéfense redoutée par les auteurs de violences, qui veulent par-dessus tout isoler leurs victimes ». ”.

Le précédent Baupin

Si la plainte en diffamation dans des affaires de violences sexuelles est également tancée comme une méthode de « silence » des victimes, le passage par le tribunal peut parfois inverser la charge. C’est ce qu’a illustré l’affaire Denis Baupin. En 2016, huit femmes, dont Sandrine Rousseau, ont accusé l’EELV de harcèlement sexuel, voire d’agression sexuelle. D’autres témoignages affluents, une enquête est ouverte par le parquet de Paris, mais finalement classés sans suite pour prescription. Le procureur reconnaît que certains “faits dénoncés (…) sont pour certains d’entre eux susceptibles d’être qualifiés pénalement”.

Denis Baupin décide alors de porter plainte en diffamation. Un procès au terme consenti il ​​sera lui-même finalement condamné à des dommages et intérêts pour « abus de constitution de partie civile ». Au cours des semaines d’audiences, et au fur et à mesure que les accusatrices racontaient à la balayage des violences sexuelles, l’accusation s’est inversée. Le procès pour diffamation est devenu celui de la parole libérée.

Plus récemment encore, Pierre Joxe a vu son pourvoi en cassation débouté alors qu’il contestait une décision de la cour d’appel de Paris. Cette dernière avait choisi d’infirmer la condamnation en diffamation d’Anne Fornia qui accuse l’ancien ministre d’agressions sexuelles. Idem pour le pourvoi en cassation de Patrick Brion que Sandra Muller a accusé de harcèlement sexuel au lancement du hashtag “balance ton porc”.

Pour PPDA, à ce procès en diffamation contre ses accusatrices, s’ajoute celui contre Le Parisien qui aura lieu en 2023 selon Mediapart, une autre instruction en cours contre libération. Surtout, contrairement à l’affaire Baupin, tous les faits dont sont accusés le journaliste ne sont pas prescrits et plusieurs procédures sont encore en cours.

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