« Il va être plus cher et compliqué de faire des prêts » estime Stéphanie Villers

C’est une première depuis 2011. La Banque centrale européenne (BCE), augmentera son taux d’intérêt en juillet. C’est ce qu’a annoncé sa présidente, Christine Lagarde, ce mercredi. “Dès la première de la hausse des taux, le processus de normalisation sera en marche”, selon le dirigeant, qui, après avril d’un voyage, effectué par étapes, a désigné présager d’autres hauss de taux à venir après le premier amorçage de l’été

Une décision actée contre l’inflation, qui s’occupe des niveaux record de la zone euro. Stéphanie Villers, économiste spécialisée en macro-économie explique à 20 minutes les conséquences de cette mesure.

Qu’est-ce que passe-t-il avec la BCE ?

La Banque Centrale Européenne va procéder à un resserement monétaire après un remontage des déclarations fiscales. Cette hausse convenait à la politique d’autres banques centrales, comme la Fed, la banque centrale américaine ou la Banque d’Angleterre (BoE). Debut mai, la Fed a relevé ses valeurs directes de 0,5 point et la BoE a relevé son taux a plus haut depuis 2009. Cette hausse des taux d’intérêt est censée lutter contre l’inflation. Il a atteint le record de taxe de 7,5% sur un an en avril dans la Zone Euro et est de plus 8% aux Etats-Unis.

En quoi l’augmentation des taux d’intérêt permet-elle de lutter contre l’inflation ?

On a tous compréhensif dans notre vie un conseil immobilier « C’est le moment d’acheter, car les taux sont bas ». Et bien l’idée est de faire l’inverse : quand les taux sont hauts, on n’achète moins, on n’emprunte moins, que ce soit au niveau des ménages ou des entreprises. Les taux d’intérêt élevés deviennent les investissements les moins attractifs, car l’emprunt est plus cher, donc les investissements diminuent, la production des entreprises et les achats des ménages aussi. Sur le ralentissement de l’économie et même, sur le ralentissement de l’inflation. Puisqu’il est déjà moins de demande, les prix se stabilisent ou diminuent.

Il faut faire attention à ne pas faire trop vite et fort niveau hausse des taux, car trop ralentir l’économie risque d’entrer en récession. Il s’agit d’un juste dosage, c’est pour ça que Christine Lagarde parle d’augmenter les taux, peut revenir à la normale, puis de les ré-augmenter… C’est un équilibre délicat.

Il s’agit donc d’une bonne solution pour calmer l’inflation dans la Zone euro ?

C’est déjà un problème dans la stratégie vis-à-vis de la zone euro. Dans ces pays-là, l’inflation est liée à la hausse des prix de l’énergie ou des prix des produits agricoles importés, c’est-à-dire des produits achetés en dehors de la zone euro. La BCE aura beau augmenter ses taux d’intérêt, ça ne va pas changer le prix de l’énergie russe, donc ce n’est pas dit que l’inflation se réduise. Je comprendrai qu’avec une inflation externe de ce genre, c’est le plus difficile à faire.

Aux Etats-Unis, il s’agit d’une inflation causée principalement par la hausse des salaires. Pour le coup, augmenter les taux d’intérêt à un impact réel : les entreprises vont moins pouvoir investir, donc moins embaucher, donc diminuer les salaires, ce qui sur l’inflation.

La BCE prend une décision inutile ?

Tout de même pas. Premièrement, l’aura lorsqu’il y a eu un impact, lorsqu’il a diminué, sur l’inflation. Deuxièmement, cela permet de rendre l’Euro à nouveau vraisemblablement face au dollar, ce qui était fortement préféré depuis la hausse des taux d’intérêt de la Fed. En France, actuellement, le taux d’intérêt sur 10 ans est de 1,5 %, alors qu’il est de 3 %. Force, plaisir sont d’argent aux Etats-Unis est bien plus rentable et rémunérateur. La BCE a pour mission de maintenir la valeur de la monnaie, mais au lieu de se priver d’équité et de lutter contre l’inflation, c’est un bon prétexte.

Qu’est-ce que cela change pour les ménages ?

Il va être plus cher et compliqué de faire des prêts. Cela a déjà commencé : les banques deviennent moins souples dans leur capacité à accorder un crédit : elles demandent plus de garanties, délais et moins d’argent à sortir. Inversement, parallèlement au taux d’intérêt élevé, l’épargne risque de devenir plus rentable. On peut notamment envisager une hausse future du livret A, pour se mettre en conformité avec le taux d’intérêt de la BCE. Et plus d’argent conservé, c’est moins de consommation, donc moins d’inflation.

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