Hier soir à Paris… Outil

Le groupe de métal mené par Maynard James Keenan s’offrait le premier Bercy de sa carrière. Un spectacle étiré, étrange mais totalement passionné.

Des panneaux et des annonces vocales vous diffusent dans l’ambiance : « Merci de ne pas filmer ou d’enregistrer le concert de ce soir. Toute personne contrevenant à cette demande sera prix de quitter la salle ». Bienvenue donc chez Tool, phénomène métal américain, quatuor formé il y a 30 ans par Maynard James Keenan et bien trop absent des scènes françaises. Hormis deux concerts en festival en 2007 (Rock en Seine) et en 2019 (Hellfest), Tool ne s’était pas produit en salle à Paris depuis 15 ans. Ce Bercy s’annonce entre deux confinements a donc très vite affiché complet -malgré une fosse assise décidée à l’époque des normes sanitaires.

Outil sur scène jeudi soir à Paris.

©Pierre Hennequin

A 21h00, avec 15 minutes d’avant-première, Danny Carrey arrive après les futs et sur le show. Justin Chancellor et Adam Jones prennent leurs marques sur le vant de la scène tandis que sur l’écran de fond de scène sont projetés les visuels psychédéliques – marque de fabrique du groupe. Un immense rideau blanc entouré de la scène ne permet pas de distinguer l’ensemble des silhouettes. Bien que “Fear Inoculum” ait résonné dans un ravie de l’Accor Arena, Maynard James Keenan a fait un show, comme toujours prévu sur une scène en arrière-plan. No projecteur sur les musiciens, personne ne cherche à briller en solo. Non Tool est avant tout un voyage expérimental, une plongée live dans les méandres de chansons complexes, étirées, loin de la structure couplet/ refrain. Hic de Séoul, Maynard James Keenan est au peigne fin.

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Tool s'est offert le premier Bercy de sa carrière.

Tool s’est offert le premier Bercy de sa carrière.

©Pierre Hennequin

Les visuels finissent par vous happer et l’on retrouve très vite chez Tool le meilleur de King Crimson; une approche brutale de la musique, avec ses envolées guitaristiques, ses cassures de rythme. Pendant 13 minutes, « Fear Inoculum » se laisse appréhender -en ce qui concerne le magnétisme des musiciens, on repassera en revanche. L’absence de caméras sur eux rendant la communion compliquée. «Bonsoir Paris» sortie à deux reprises Keenan, coiffé d’une immense crête. Ce sera sa seule prise de parole pendant les deux prochaines heures. Car Tool a du pain sur la planche et un catalogue à defense.

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Outil à Paris jeudi soir.

Outil à Paris jeudi soir.

©Pierre Hennequin

Avec « Opiate » retour au début des années 90 -le titre étant paru sur leur premier Ep. Petit à petit la voix de Keenan prend son ampleur et la tête pensante est de plus en plus impliquée. Sur lui assis à l’écoute de ses trois musiciens, je me suis concentré sur un spectacle qui demande beaucoup d’efforts à ceux qui sur scène mais aussi à ceux qui sont dans la salle. Des vigiles veillent dans les allées, faisant la guerre aux téléphones portables. Etrange sentiment d’être que j’ai observé, j’ai scruté pour une sécurité bien connue. If the pit selve pour «The Pot», c’est l’apparition des visuels de «Pushit» sur les écrans qui est ovationnée. Et lorsque le rideau s’ouvre enfin – au bout de 40 minutes de show, Bercy se réjouit. Avec le récent « Pneuma » on est à l’apogée du système Tool : des titres qui prennent leur temps pour démarrer, puis guitare, basse et batterie accélèrent ensemble, permettant d’arriver sur un faux plat et de repartir vers l’apogée finale . Maynard James Keenan est passé d’une plateforme à l’autre, refusant l’interaction avec les fans, a présenté Justin Chancellor et sa basse faire trembler les murs de l’Arena.

Keenan, coiffé d'une immense crête, à Paris jeudi soir.

Keenan, coiffé d’une immense crête, à Paris jeudi soir.

©Pierre Hennequin

Le public – majoritairement masculin et sans une tête de moins de 30 ans, écoute religieusement, adorant les digressions à la six-cordes d’Adam Jones comme les breaks de batteries à coupe le souffle de Danny Carey. Puis vint «The Grudge». Là au bout d’une heure de concert, Tool est au sommet son art. Impossible de ne pas se laisser convaincre par la puissance dégagée par l’ensemble, par l’implication totale de Keenan dans son chant, hymne à la frustration qu’il faut savoir contrôler pour vivre. Là on comprend tout le sens d’une démarche esthétique et rigide, mais parfois salvatrice ; Tool veut permettre aux âmes tourmentées d’hurler leurs colères, de sortir de leur marasme intime pour tenter de se frayer un chemin dans le fracas du monde. Les 10 minutes du titre sont une telle démonstration que le concert pourrait s’arrêter là. D’autant que l’affaire s’est conclue par un Keenan hurlant toute sa colère, tel le fou dans l’asile, enfermé dans sa camisole. Forcément, la suite sera une tonne en dessous. Difficile de se mettre dans le bain avec «Righ in Tow» ou les 15 minutes du récent «7empest».

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Même si tout est visuellement impeccable, cela est musicalement froid. Heureusement quand Keenan s’empare d’un porte-voix pour « Hooker with a penis » Tool repart dans ce qu’il sait faire de mieux ; du bruit intense, une agression sonore qui vous secoue, sans forcer vous troubler. Au bout d’1h40 de show, les quatre musiciens quittent la scène apparaissent un décompte sur l’écran. Soit dix minutes d’entracte -pause pipi géant, le temps de refaire le plein de bière et de continuer à dévaliser los stands de merchandising aux tarifs élevés (T-shirt à 40 euros, 300 euros l’affiche dédiée).

Outil à l'Accor Arena de Paris, Jeudi.

Outil à l’Accor Arena de Paris, Jeudi.

©Pierre Hennequin

Quand Bercy replonge dans le noir, c’est un tout autre groupe qui revient. Pendant une demi-heure Tool va tricoter autour de trois morceaux récents. Les bidouillages électroniques de Danny Carey font le lit de “Chocolate Chip Trip”. Puis les musiciens viennent s’assoir en front de scène offrir un surprenant «Culling voices» – seule bouillonnante vraiment émotionnelle du soir. Keenan se souvient de Paris. « nous n’étions pas venus depuis longtemps, on essaiera de faire mieux la prochaine fois » lance-t-il, « et moi si tout va bien vous me retrouverez l’été prochain avec Puscifer (l’un de ses autres groupes) . Alors maintenant vous prenez des photos, sortez des « conneries » pour filmer. Merci.” Tool se retire sur le fabuleux « Invicible » au bout de 2h25 d’un show maitrisé, puissant, sérieux, manquant singulièrement de légèreté comme d’interaction. Mais Tool était là hier soir à Paris pour réparer les âmes que pour les distraire. En ce sens, mission accomplie.

Outil à l'Accor Arena de Paris, Jeudi.

Outil à l’Accor Arena de Paris, Jeudi.

©Pierre Hennequin

Setlist du 12 mai 2022, Paris, Accor Arena
1/ Inoculum de peur
2/ Opium
3/ La marmite
4/ Poussez-le
5/ Pneumatique
6/ La rancune
7/ En remorque
8/ 7emest
9/ Pute avec un Pénis
10/ Voyage aux pépites de chocolat
11/ Éliminer les voix
12/ Invincible

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