le PDG d’EDF entre en résistance contre l’Etat

“Echec des négociations avec Bruxelles, spoliation de l’Etat français avec ventes à bas prix de l’électricité à vos concurrentes… Que faites-vous pour protéger les intérêts des actionnaires minoritaires face à l’Etat ?”, a lancé une action individuelle auprès de Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF. Dans la salle Pleyel, où se tient, ce jeudi 12 mai, l’assemblée générale du groupe en présentielle (une première depuis deux ans) des applaudissements retenus.

Quelques minutes plus tôt, un autre actionnaire s’était ému de la dégringolade du cours de l’action et du “ce beau navire naufrage”. En 2005, il avait acheté des actions EDF au prix de 32 euros. à l’époque, “cet investissement était présenté comme un investissement de bon père de famille”, se rappelle-t-il. Aujourd’hui, le cours de l’action dépasse à peine 8 euros. Après quelques questions très techniques, on évoque de nouveau “la désillusion des petits actionnaires sur le cours de l’action”. Dans la salle, l’inquiétude générale quant à l’avenir du groupe est palpable. Une inquiétude légitime.

Rassurer des actionnaires inquiets

“Nous rencontrons des difficultés opérationnelles. Il n’y aucun doute, dans mon esprit, que les actionnaires en profitent également”reconnu par Jean-Bernard Lévy.

Après des résultats économiques 2021 de “très bonne facture”, le groupe, stop à 84% par l’Etat, s’apprête, en effet, à traverser une année noire. Et ce, pour deux raisons : l’indisponibilité historique du parc nucléaire entraîne, entre autres, un problème de corrosion, auquel s’ajoute le bouclier tarifaire mal placé par l’Etat. Ce dispositif oblige l’entreprise à vendre au prix d’un plus gros volume d’électricité nucléaire à ses concurrents (via le mécanisme de l’Arenh), afin de limiter l’augmentation des factures des consommateurs. En 2022, cela va lui coûter quelque 10 milliards d’euros.

La direction d’EDF n’a jamais rencontré d’hostilité face à cette mesure. Dans un message interne traduit aux cadres d’EDF, Jean-Bernard Lévy avait lui-même vivement critiqué la décision du gouvernement, rappelant une “véritable choc”.

« Tant le prix que les conditions de ces attributions, nous le savons considérablement »at-il réitéré devant le parterre d’actionnaires.

Monter au front

Si vous êtes les derniers pouvant émettre des doutes quant à la capacité du manager à défendre ce fleuron français, Jean-Bernard Lévy semble, lui, bien décidé à protéger le navire tricolore.

“Je viens d’adresser à l’État un recours gracieux pour en demander le retrait”, à-il fait valeur.

Tarifs réglementés : EDF attaque un prix de la décision pour… l’Etat

Cette action pourrait bien être une première dans l’histoire d’EDF. Et même si ce scénario n’était pas inédit, il n’en restait pas moins peu banal. Rares sont les fois où un groupe détenu très majoritairement par l’Etat se retourne… contre l’Etat. Par ce curs gracieux, la direction d’EDF espère que le gouvernement reviendra sur sa décision.

L’Etat dispose de deux mois pour répondre. En cas de réponse négative, ou en l’absence de réponse (qui vaudra pour refuser), EDF n’écarte pas sibilité pas sibilité de réponse la juridiction administrative compétente. Les bras de fer entre l’électricien et l’Etat français jouent alors devant la justice.

Faire face à un mur d’investissements

L’enjeu est de taille pour EDF. Laissé endetté à hauteur de 43 milliards d’euros, le groupe doit faire face à un mur d’investissements. Sur la période 2022-2028, le Grand Carénage, qui vise à moderniser le parc nucléaire existant, est évalué à 33 milliards d’euros. Ce montant ne prend pas en compte les conséquences du phénomène de corrosion sous contraintes, dont le dossier est actuellement en cours d’instruction. Dans ce vaste programme, parallèlement à la construction de six nouveaux EPR, voulus par le président réélu, le coût est d’au moins 50 milliards d’euros. EDF investit aussi massivement dans les énergies renouvelables, ou accumule une face d’enfant attardé avec ses concurrents européens, comme l’italien Enel et l’espagnol Iberdrola.

Jean-Bernard Lévy l’a répété à plusieurs reprises : le risque, c’est d’être relégué en deuxième division. Pis encore, EDF, ou du moins une partie, pourrait être avalée par un autre poids lourd du secteur, Engie n’ayant pas cache son appétit pour ses activités renouvelables. Un scénario, pour l’heure, catégoriquement démenti par le gouvernement.

Garde des forces pour Bruxelles

Jean-Bernard Lévy ne devra cependant pas épuiser toutes ses forces dans ce conflit qui l’oppose à l’Etat car le véritable bras de fer jouera à Bruxelles. La France doit, en effet, et défendre toute urgence une réforme du groupe pour pouvoir financer le nouveau programme nucléaire, sans déroger aux règles de la concurrence, très chères à la Commission européenne. “Il faut une réforme structurelle à EDF et il le faut plutôt rapidement”a insisté Jean-Bernard Lévy ce jeudi 12 mai, alors que les négociations auprès de la commission devaient réprimander dès les léctions législatives passées.

EDF réformateur pour financer la relance du nucléaire : Paris se prépare dans l’urgence avec un plan pour Bruxelles

A la tête de l’électricien national après novembre 2014, Jean-Bernard Lévy est le seul directeur d’EDF à voir été réélu pour deuxième mandat, en 2019. Celui-ci prendra fin en mai 2023. Le capitaine Lévy a donc encore 12 mois devant lui pour sa capacité à défendre le navire EDF. Les actionnaires individuels seront-ils plus satisfaits lors de la prochaine assemblée générale, la dernière de Monsieur Lévy ? Difficile d’entrevoir à quoi celle-ci pourrait ressembler tant au dossier EDF qu’à un casse-tête.