Ces sociétés cotées qui résistent le mieux à l’inflation

(BFM Bourse) – La maison des prix est plus solide et plus durable que prévu. Le coût de la vie progresse de mois en mois alors que la croissance montre des signes de faiblesse. La combinaison de ces deux phénomènes réveille le spectre de la “stagflation” mot-valise combinant inflation et stagnation de l’économie. Dans ce contexte, quelles sont les valeurs qui pourraient traverser ces turbulences inflationnistes sans trop de dommages ?

L’économie française a traversé une période difficile pour le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Ce dernier a souligné le début mai la France se présentait “face à des difficultés économiques considérables.” Les prix ont en effet continué leur hausse en avril, à +4.8% sur un an, après +3.6% en février et +4.5% en mars. L’inflation devrait continuer à s’accélérer et pourrait atteindre 5,4% sur un an en juin. A coté, la croissance économique française est au point mort, et le est attendu en légère hausse de 0,25% au deuxième trimestre.

Aux États-Unis, l’inflation est également au cor de toutes les préoccupations et en particulier de la Réserve fédérale américaine. En mars, il est passé à 8,5 % sur un an, un niveau qui n’était pas disponible et qui a été observé après 40 ans, selon les rapports du Bureau de la Statistique du Travail. En avril, l’inflation a chuté trois fois à 8,3 % sur un an. Alors que la maison des prix reste plus solide et plus durable que prévu, la Fed entend enclencher un tour de vis monétaire pour réguler une maison des prix galopante, accentuée par le conflit en Ukraine. Face à une inflation qui s’installe, les banques centrales finissent par augmenter leurs taux d’intérêt avec le risque d’endosser un véritable coup d’arrêt à une croissance déjà étriquée.

Tous les éléments sont réunis pour vous aider à penser à la « stagflation » des installateurs dans les économies mondiales. Le mot-valise “stagflation” – contraction des termes “stagnation” et d'”inflation” -, fleure bon les années 70 alors que les chocs pétroliers ont provoqué une flambée des prix et ont créé les premiers déficits budgétaires.

Les premières traces du terme « stagflation » sont apparues dans les années 1960, bien avant le premier krach pétrolier de 1973. Le 17 novembre 1965, Iain Macleod député du parti conservateur britannique aurait été le premier à prononcer le mot « stagflation » pour désigner la conjoncture outre-Manche. “Nous avons aujourd’hui le pire des deux mondes : non seulement de l’inflation d’un côté ou de la stagnation de l’autre, mais les deux à la fois. Nous avons en quelque sorte une situation de ‘stagflation’, avait-il prononcé à la Chambre des communes.

Les valeurs « pricing power », bouclier anti-stagflation mais…

Compte tenu du contexte, les entreprises ne sont pas passées toutes logées à la même enseigne. L’inflation devient de plus en plus un facteur discriminant pour les sociétés cotées. Deux choix s’imposent à elles : soit ils prennent de plein fouet la hausse des prix avec le risque de voir leurs marges rognées, soit ils sont en capacité de fixer leurs prix et de les imposer à leurs clients sans que cela n’ affecter je l’ai exigé. Ces sociétés ont un pouvoir non pas magique plutôt que « pricing power ».

Les valeurs du secteur du luxe sont les championnes en la matière, le prix étant un levier efficace pour divertir la désirabilité des produits vendus. Plus la pièce est cool, plus ils ont un pouvoir d’attractivité est élevé. Les sociétés de ce secteur notamment en France, ont bâti leur réputation sur ce postulat. LVMH, Hermès ou Kering disposaient historiquement d’un fort « pricing power ». Or, ce secteur est trois fois exposé à la Chine et donc à un tour des autorités locales sur la consommation de produits haut de gamme qui ont aussi des restrictions sanitaires dans le pays. D’ailleurs, les performances boursières de LVMH (-21,90%), Kering (-36%) et Hermès (-32%) après le début de l’année, témoignent du fort poids de l’économie chinoise dans leur activité.

Les marques de technologie incontournables à l’image d’Apple ou de Microsoft arrivent régulièrement pour augmenter leurs prix. Ce dernier est d’ailleurs un argument marketing pour la marque à la pomme. Les analystes d’UBS classaient Apple parmi les 10 Cotées américaines qui ont actuellement le plus de « pricing power ». Pourtant, le groupe n’est pas immunisé contre la baisse des marchés. Comme les autres valeurs technologiques, la marque à la pomme est sensible aux réductions sur les taux d’intérêt. Après leur record du 3 janvier dernier, la capitalisation d’Apple au fond de près de 700 millions de dollars perdant au passage sa couronne de roi des capitalisations mondiales au profit d’Aramco, le géant pétrolier saoudien !

La revanche des valeurs industrielles

Le pouvoir de “pricing power” n’est pas propre au secteur du luxe, ni à la tech puisque de valeurs industrielles suivent ce même mécanisme pour préserver leurs marges. Le spécialiste des emballages en verre Verallia a pu augmenter ses tarifs propres de 10% sans pour autant perdre sa clientèle. Après sa dernière (excellente) publication trimestrielle, le titre du leader européen et des trois producteurs mondiaux de l’emballage en verre pour les boissons et les produits alimentaires prend sa revanche avec un gain de 15% en Bourse.

Pourtant, le dossier revient de loin, le groupe concentre les préoccupations d’investisseurs forts consommateurs de matières premières (gaz, électricité, sable verrier). Sa facture habituelle représente en effet presque 20 % du chiffre d’affaires, de quoi nourrir les craintes sur le verrier.

Bien qu’elle reste un grand public, la société SergeFerrari Group est aussi maître dans l’art du « pricing power ». L’entreprise qui produit des matériaux composites pour l’architecture légère, en publie un bon trois quarts. Sous l’effet d’une hausse des prix de vente, le groupe dauphinois se paye le luxe de relever son objectif annuel et ainsi viser une croissance à deux chiffres cette année.

D’autre part, Rexel cite, dont l’effet prix n’a aucunement refroidi les clients du distributeur spécialisé dans les produits et services liés à l’énergie en début d’année. Mieux encore pour Rexel, les tensions persistantes sur la chaîne d’approvisionnement sont une opportunité pour le groupe de continuer “d’aider ses clients à faire face aux pénuries de produits et à la disponibilité de la main-d’œuvre, leur permettant d'” renforcer leur efficacité opérationnelle”, souligne le groupe. Ses carnets de commandes sont d’ailleurs en augmentation dans les principaux pays du fait d’une demande soutenue. D’ailleurs, la progression récente à la Bourse du groupe, a placé Rexel comme un candidat potentiel à une entrée au CAC 40 qui a récemment rejoint l’ancien, le Next 20.

Les acteurs francophones de la chimie Solvay et Arkema ont eux aussi été habilisés pour insérer les hausses de coûts dans leurs prix de vente. A l’occasion du premier trimestre de mai, Arkema a annoncé un effet prix de +31,5% (!), qui traduit, selon le groupe, la capacité de “repercuter dans les prix de vente de ses mériaux de spécialités la très forte inflation”. des matières premières, de l’énergie et du transport, même si les meilleures conditions dans l’amont acrylique”.

Cette salve de publications périodiques placées sous le signe de l’inflation donne une première indication sur la capacité des sociétés à imposer des augmentations de prix à ses clients sans les perdre. More le “pricing power” ne fait pas tout, l’environnement de marché peut jouer les trouble-fête à l’image d’Apple ou des valeurs du luxe pour ne citer qu’elles…

Sabrina Sadgui

©2022 BFM Bourse

Leave a Comment