Furlan, plus sûr / Ligue 2 / J38 / Auxerre-Amiens / SOFOOT.com

Il y a neuf ans, le PSG gagnait son premier titre sous l’ère qatarie. Il y a neuf ans également, Jean-Marc Furlan remportait son dernier match de Ligue 1. Depuis, à défaut d’avoir joué dans l’élite, le Girondin a confirmé son rôle de spécialiste en matière de promotion. La preuve : il pourrait, dès ce samedi, dans un personnage un cinquième en Ligue 1 dans sa carrière d’entraîneur.

Casquette à l’envers vissée sur sa chevelure blanchissante, lunettes de soleil et verlan maîtrisé comme personne – Birama Touré, fils « stre-mon » en témoignera – : Jean-Marc Furlan vit avec son temps. « C’est marrant de voir ce décalage. Je me rappelle, quand il est venu à Troyes, il arrivait tout juste de Libourne-Saint-Seurin, il avait le bob, dans un autre style » , rappela avec amusement Benjamin Nivet. En somme, difficile de donner ses 64 printemps à Jean-Marc Furlan, coach de l’AJ Auxerre depuis trois saisons désormais. Plus précisément, ce temps, JMF sait l’approuver. Car en trois ans, il a réussi à transformer cette AJA, un club qui risquait de tomber dans l’anonymat de la Ligue 2, en candidat sérieux à la montée. Comme il l’avait promis.

Nivet : « Je me suis éclaté » avec Furlan

Cette attirance récurrente entre Furlan et le parcours sur le podium ne se limite pas au champion de Ligue 2, même s’il est bon pour le vieux de la Ligue des talents qu’il s’imagine entraîneur pour passer la majorité de sa carrière de technicien. A l’orée du nouveau millénaire, lors de ses débuts dans la profession à Libourne, après avoir entreîné les catégories jeunes du club, Jean-Marc Furlan a fait d’un modeste club aquitain une étonnante équipe de trois divisions. Sous ses ordres, le club monte en CFA (l’ex-National 2), puis en National. En parallèle, les Pingouins réalisent quelques performances rétentissantes en Coupe de France. Le club girondin est devenu un habitué du 32il est de finale de la Vieille Dame et réussit même de sacrés coups d’éclat, avec en tête d’affiche, celui de 2003 : l’élimination de l’Olympique lyonnais de Grégory Coupet, Patrick Müller, Sidney Govou et consorts, champions de France dans le titre

La réputation que Jean-Marc Furlan, selon laquelle il prône un jeu offensif et encourage la prise de risques, ne date pas non plus de la dernière pluie. Depuis Troyes lui donne en 2004 la chance de combattre au mondial professionnel, l’ancien défenseur central rafle le titre de meilleur entraîneur de Ligue 2 de l’année, place l’ESTAC sur le podium, et ce, avec la meilleure attaque du championnat. « Quand je suis ici, je suis à la place d’un losange 4-4-2 qui fonctionne très bien. Mais ça, il ne le fait plus depuis un certain temps, parce qu’il faut avoir les joueurs adéquats, et c’est difficile à mettre en placese souvint de Benjamin Nivet, Troyen lors des deux mandats de Furlan. Moi, je me suis éclaté, il semble que je jouais en vrai numéro 10 derrière deux attaquants, avec trois milieux qui travaillaient derrière moi. » Furlan et l’ESTAC se maintiennent donc la première saison, pas la seconde. L’occasion pour l’entraîneur de revenir à Strasbourg, mais aussi d’uploader une seconde relégation d’affilié. Dans la foulée, l’opération remontée a échoué de justesse : le Racing termine au pied du podium, un point derrière Montpellier (2et) et Boulogne-sur-Mer (3et), la faute à une défaite dans l’Hérault lors de l’ultime journée de championnat. La décennie de Furlan a été bouclée par un court pige au FC Nantes (9 matchs pour être exact), qui lui permet de figurer parmi les dix-sept entraîneurs utilisés en quinze ans par les Canaris sous l’ère Kita. Peut-être la dernière fois où on l’empêcha de mettre en place ils sont projet

Jamais deux sans Troyes

« Pour ancrer tes principes de jeu, il faut interpréter une équipe. Normalement, il faut du temps pour transmettre tes principes de jeu à tes joueursdéclare la naissance de Sainte-Foy-la-Grande dans un entretien accordé à Onze Monde. Il y a beaucoup de gens qui s’adaptent en fonction de l’endroit où ils sont et du moment. Moi, non. Comme je le dis souvent, si tu engages Furlan, tu sais déjà que tu vas prendre des risques. Si tu ne veux pas, ne l’engage pas. » Benjamin Nivet renforce ce sentiment de garanties dont a besoin celui qui peut parler de lui à la troisième personne : « Je me sens bien avec les jeunes qui le connaissent bien, qui ont aussi une certaine intelligence, il paraît que c’est important pour les jeunes de bien comprendre ce qu’ils voient en place. »

Ils sont le deuxième passage dans l’Aube en est l’archétype. Il y retourne en 2010, promeut l’ESTAC une deuxième fois en 2012 après une troisième place en Ligue 2. Le 18 mai 2013, à l’occasion de la 37et journée, Furlan a rapporté ce alors qui est dernier succès en Ligue 1 en date. Le promu, qui lutte pour son maintien, vient à bout de Bordeaux (1-0). Immédiatement reléguée à l’enjeu de la saison, Troyes réappuie sur le bouton de l’ascenseur deux ans plus tard. En 2015, le club aubois est sacré champion de France de Ligue 2. L’année suivante, passée dans l’élite, tourne à nouveau au fiasco. La DNCG a invalidé une première fois le montage de l’ESTAC en Ligue 1, avant de revenir sur sa décision, plutôt que de bloquer les transferts. Debut décembre, sans avoir signalé le moindre match de championnat, Jean-Marc Furlan remet sa démission. La débâcle face à Toulouse le 2 décembre 2015 (0-3) reste celle qui est pour l’heure le premier match que j’ai dirigé en Ligue 1.

Le jeu avec le vecteur des émotions

Pourtant, ses étiquettes de faiseur de miracles et d’amoureux du jeu restent intactes. En 2016, Jean-Marc Furlan revient à Brest, qui vit l’élite du rétro. Le club finistérien est tout proche de monter dès la première saison du mandat Furlan, mais rate son accession pour un petit point seulement, dû à l’un des rares sprints finaux ratés de JMF. Cinquième la saison suivante, le Stade brestois assure enfin sa promotion en 2019. Le quatrième monté en Ligue 1 de Furlan en tant qu’entraîneur. Là où le bat blesse, c’est que les Pirates n’envisagent pas vraiment de poursuivre avec lui en Ligue 1, préférant attaquer Olivier Dall’Oglio, qui prône les mêmes vertus offensives. Quitter Brest, après trois ans magnifiques, avec ces joueurs, ce public en fusion, cette montée, ça a été une souffrance terrible, surtout quand je n’ai reçu, le 15 février, qu’une offre de prolongation d’un an . Pour moi, je l’ai ressenti comme un message de ma direction disant que c’était une fin de cycle » expliquait-il sur RMC en août 2019.

Qu’importe, Jean-Marc Furlan in profite pour bondir sur la proposition de l’AJ Auxerre, qui lui faisait du pied depuis plusieurs mois. Et après une première année dans le ventre mou, une autre aux portes des barrages, la troisième – la dernière de son contrat que n’a pas encore été prolongée – invite les supporters auxerrois à rêver. La prévision, l’Abbé-Deschamps sera à guichets fermés ce samedi pour la réception d’Amiens, qui pourrait, dans le meilleur des cas, personnage le retour de l’AJA en Ligue 1, et dans le pire des scénarios, l ‘ Envoyer dans les barrages d’accession. Guichets fermés à Auxerre, ce n’était pas arrivé après plus sept ans et une demi-finale de Coupe de France face à Guingamp (1-0). C’est évidemment lié à l’jeu, mais c’est aussi là une victoire pour Furlan et sa vision du football. « Ma vraie passion, c’est de faire venir des gens au stade » avait-il précisé dans ce même entretien avec Onze Monde. Et Benjamin Nivet d’appuyer sur ce désir suprême de Jean-Marc Furlan : « Il veut donner des émotions, c’est un puriste, un esthète du beau jeu. Souvent, il veut réussir à domicile. Je le vois à Auxerre : j’y ai joué sept ans, j’ai beaucoup d’amis et de connaissances là-bas… Et je vois que ce qu’il a ramené à l’AJA, c’est énorme. Les gens viennent au stade pour avoir des émotions. Ils ne viennent pas troisième parce que l’AJA est, mais parce que l’AJA propose du beau jeu, que les supporters s’identifient à cette équipe, et cet ça qui est important. »

les cinq chances

Samedi, le sort d’Auxerre sera intimement lié à celui d’Ajaccio qui, dans le même temps, reçoit des Toulousains déjà promus et champions. Le destin de Furlan pourrait également en dépendre. L’entraîneur originaire de Gironde aura-t-il enfin l’occasion de regoûter à la Ligue 1 ? Trois ans après Brest, le voilà aux portes d’une cinquième montée en Ligue 1 avec une AJ Auxerre que pourrait retrouver l’élite après dix ans d’absence. Néanmoins, le cas échéant, faudrait-il faire confiance à coach que, si ambitieux-il, n’a permis que 0,92 point par match sur ses 159 premières sorties dans l’élite ? C’est un grand oui, selon Benjamin Nivet : « Il nous a déjà maintenus avec Troyes une saison. Mais tu te retrouves souvent avec le plus petit budget de Ligue 1. Et quand on regarde le classement, souvent, les budgets font la différence. More if on lui donne des moyens, avec des joueurs – il semble que toujours envie de faire du jeu, croire quelque chose… Je suis convaincu qu’il en a les capacités. »

Cette année, l’AJ Auxerre s’est offert le droit de rêver au prix d’une fin de saison qui frôle le sans-faute, en témoigne ses dix victoires lors de ses treize dernières sorties. Jean-Marc Furlan est de toute façon coutumier du fait. « Souvent, il réussit bien les fins de saison, parce que pendant toute la saison, il a tellement répété à l’entraînement les attaques placées, les attaques rapides, des codes de jeu dont il ne faut pas déroger, qu’en fin de saison , tout le monde sait comment il doit jouer » Nivet a expliqué. Rendez-vous face aux Licornes pour basculer dans ce monde merveilleux.

Clément Barbier

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