Hôtel, logements, commerces… Dans le 4e arrondissement de Paris, la tour Morland se réinvente

20 h 05, le 14 mai 2022

C’est un nouveau quartier plein de promesses qui s’apprête à ouvrir au public, et pas n’importe où : en plein cœur de Paris. Morland Mixité Capitale est situé entre le boulevard du même nom et la Seine, dans le 4e arrondissement, à deux pas du Marais, de la Bastille et du bassin de l’Arsenal. Le tour de 50 mètres des hauteurs qui l’a lancé après plus d’un demi-siècle offre l’un de vos personnages les plus spectaculaires et célèbres de la capitale, à 360 degrés. Il domine l’île Saint-Louis et, en enfilade, celle de la Cité, d’où émerge Notre-Dame. Le JDD dévoile en avant-première ce futur “lieu de vie”j’ai ouvert fin juin.

L’ancienne préfecture de la Seine, bâtiment austère de 16 étages flanqué de bâtiments administratifs tout aussi sévères, a été érigée entre 1957 et 1967 par Albert Laprade. Le site à ensuite accueilli les services municipaux de l’urbanisme. Tous les architectes parisiens le savent pour y être allés déposer des demandes de permis d’interprétation. En 2014, la mère, Anne Hidalgo et son fils adjoint Jean-Louis Missika lancent Réinventer Paris. Morland constitue la pièce maîtresse de ce concours d’architecture d’un nouveau genre. Le projet porté par le promoteur Emerige, conçu par David Chipperfield – architecte anglais établi à Berlin – et l’agence française Calq, l’emporte en 2016.

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Six ans plus tard, le chantier de Morland Mixité Capitale est enfin terminé. Emerge aura déboursé p

plus de 450 millions d’euros, pour une superficie totale de 43 600 mètres carrés. « Ce lieu mal-aimé des Parisiens, à l’architecture bien dépréciée que remarquable, implanté dans un quartier peu vivant, est devenu l’un des endroits les plus courus et emblématiques de Paris, prédit Laurent Dumas, président fondateur d’Emerige. Nous attendions entre 5 000 et 7 000 visiteurs par jour, de toutes catégories sociales. » Pour cela, le promoteur met d’abord sur la diversité de ses « 11 programmes » : bureaux, logements, crèche, commerces, marché couvert, bars et restaurants, auberge de jeunesse, hôtel, piscine et fitness, galerie d’art, agriculture urbaine.

Un cloître moderne à créer pour accueillir commerces et visiteurs.

(J.LEON/Chipperfield Architectes et CALQ Architecture pour Emerige)

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(J.LEON/Chipperfield Architectes et CALQ Architecture pour Emerige)

Mixité sociale attendue

La mixité sociale est mise en avant, comme en témoigne le nom du projet. Les heureux clients de l’hôtel 5 étoiles de 161 chambres (qui ouvrira début août) côtoieront ceux de l’auberge de jeunesse de 404 lits (ouverture le 17 mai) ; compter 500 euros la nuit minimum pour l’un, 29 euros en dortoir pour l’autre. La très belle petite piscine en sous-sol, réservée aux résidents de l’hôtel, accueillera aussi les elèves des écoles alentour. De même, les futurs habitants des 80 logements sociaux auront pour voisins ceux des 84 logements intermédiaires, même s’ils sont propriétaires des 35 appartements en accession. Ceux-ci sont vendus comme des petits pains dès leur commercialisation à l’été 2018, au prix plafond – imposé par la mairie – de 16 000 euros le mètre carré.

L’attractivité espérée repose également sur les pris parties architecturales. Le bati existant au style brutaliste a été préservé. « Mais nous y avons mis de la délicatesse, de la douceur et de la beauté »,Précise Laurent Dumas. David Chipperfield et l’agence Calq ont transformé l’espèce de place d’armes venteuse donnant sur le boulevard Morland en érigeant un immeuble en verre, que ferme le « H » de l’ancienne cité administrative. Cette nouvelle construction, où s’est installée l’auberge de jeunesse, est posée sur des arcades, comme sur des pilotis. Les architectes ont également créé une cour encadrée d’un péristyle moderne évoquant un cloître du XXIe siècle, végétalisé par l’incontournable paysagiste Michel Desvignes. « Nous et avons miniaturisé une forêt francilienne sur un soleil artificiel mas généreux » dit-il.

Les voûtes colossales, sous le nom de 38, s’étendaient à l’intérieur du site, comme une trouée, formant un nouveau passage parisien jusqu’au fleuve. « Pendant des décennies, ce bâtiment administratif a été perçu comme un corps étranger à la ville, note David Chipperfield, fermé, inaccessible au public et difficilement compréhensible dans son langage architectural. Désormais, Morland sera ouvert. Les arches sont une invitation à entrer, à flâner. »

Chez Calq, Jean-Philippe Le Bœuf ajoute : « Ce bâtiment, intimidant au départ, symbole de l’autorité, aussi des atouts, il est bien dessiné, avec sa géométrie simple et sa trame carrée, facilement adaptable. Il était impensable de le démolir. Nous avons préféré lui apporter une urbanité. »Dans les deux rues transversales – Agrippa-d’Aubigné et Schomberg –, les architectes ont accroché 716 petits balcons, pour agrémenter les logements et adoucir les façades. Côté Seine, quai Henri-IV, un second immeuble en verre tout neuf parachève l’ensemble ; Ouvrir les bureaux de La Banque Postale Asset Management.

Commerces sous les arcades

Sous les arcades, Emerige conserve un espace d’expositions au rez-de-chaussée, qui sera loué à des galeries d’art ou à des fondations, chargées de faire découvrir des artistes contemporains méconnus en France. Le cloître et les voûtes sont par ailleurs bordés de commerces, qu’accueilleront les clients progressivement d’ici à l’été : flower-café (Désirée Fleurs), bar à tapas (O’Fam), réparateur de vélos (Zeride), prêt Responsable ‑à-porter (Moki), cosmétique (L’Occitane), saladerie (Believe What You Eat)…

L’entreprise Terroirs d’Avenir – qui laissera un double magazine à Paris – ouvrira mon mois de juin dans une boulangerie, une épicerie-cave à vins en vrac et un petit food marché, dans la rue intérieure. « Nous allons contribuer à revitaliser un quartier aujourd’hui un peu mort, comme nous l’avons fait rue du Nil, dans le Sentier », explique Alexandre Drouard, l’un des deux fondateurs.

L’auberge de jeunesse dispose d’un bar-restaurant de 600 mètres carrés et 80 couverts, proposant une cuisine bistronomique. Autre ambiance dans le très chic hôtel SO/Paris (Ennismore), avec un lobby impressionnant. Les chambres pour fumeurs se situent entre la 7ème et la 14ème étape du circuit. Dans l’une des suites, on peut prendre son bain en contemplant le long fleuve tranquille, Notre-Dame, Beaubourg… On peut aussi regarder pousser les herbes aromatiques et le houblon cultivé à la verticale par la société Sous les fraises sur les toits des bâtiments bas. Une installation agricole signée… Michel Desvignes.

La vue est encore plus époustouflante depuis les 15e et 16e étages, qu’hébergent le restaurant Le Bonnie (120 couverts) et deux bars panoramiques (Paris Society), séparés par un fumeur rose bonbon surplombant l’île Saint-Louis. Les clients pourraient apprécier le travail de Danois Olafur Eliasson et de l’Alemand Sebastian Behmann, The Seeing City, installé au bas du bâtiment, aux deux derniers étages. Présentez-vous comme un “machine à inverser la perception”, il est composé de boîtes kaléidoscopiques au-dessus du ciel et d’un plafond en miroir reflétant la Ville Lumière en contrebas. Une expérience sens dessus dessous

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