“Je pense que tu as réussi d’estime nous protégerait”

Applaudie par la critique, la nouvelle comédie du créateur de “Dix pour cent” incarne un renouveau pour Netflix. Elle a été sèchement annulée ce jeudi 12 mai. Rencontre avec sa créatrice, « déçue. T’es triste.”

« Fanny Herrero signe (enfin !) la bonne série française avant-première de Netflix », Titre télérama le 18 mars les seigneurs de la sortie Drole. Un sujet dans l’air du temps – le stand-up –, des personnages attachés, un sous-texte sociétal original, des promesses dramatiques pour la suite… L’ensemble de la presse, ou presque, avait évoqué ce par de la plateforme américaine, qui nous avait l’habitude jusqu’ici à des projets soit insipides, comme Lupinsoit faits dans la précipitation, comme Marianne. Netflix allait enfin profiter de sa popularité pour aussi proposer des séries plus atypiques, des œuvres d’auteurs. Pour faire ce qu’on espérait depuis son lancement, jouer un rôle non seulement économique mais aussi artistique dans le monde des séries françaises. L’annulation rapide de Drole, dont on a appris jeudi 12 mai qu’elle n’aurait pas de deuxième saison, après moins de deux mois en ligne, sans avoir la moindre chance de s’installer sur la longueur, fait craindre l’inverse : une pure logique comptable. Fanny Herrero revient sur cette disparition, ses causes et ses conséquences.

Vous attendez-vous à cette annulation ?
C’est un chaud-froid. Au lancement de Drole, on était euphoriques, et les équipes de Netflix aussi, qui ne cessaient de nous dire leur amour pour ce projet. On se sent bien au chaud dans cette maison, à ce moment-là. La presse était ravie, les retours des spectateurs nombreux et très positifs. J’ai reçu des tonnes de messages des personnes qui étaient finalement représentées, qui soulignaient la singularité de la série… Du coup, je suis déçue. et triste. C’est un tel engagement de créer une série, de se projeter sur la durée, de rêver sa suite ! De la voir annulée, j’ai un peu les jambes coupées. saviez-vous que Drole n’était pas conçu pour faire un carton. C’est une série de personnages, sans acteurs vedettes, mais avec une ambition artistique. Sur le reste des artistes, des mèmes sur Netflix. Comme leurs séries françaises ont rarement fait l’unanimité critique, je pensais que ce succès d’estime pourrait-être nous protéger, nous permettre de durer un peu…

Mais ça n’a pas suffi, visiblement…
Nous n’avons pas satisfait les attentions d’audience de Netflix, selon leurs normes et leur algorithme, que personne ne connaît vraiment. J’ai eu accès aux chiffres de Drole, mais je ne peux pas les communiquer. Tout ce que je peux dire, c’est que ça fait quand même du monde ! C’est triste de dire que tous ces gens seront privés de la suite, comme si on ne leur devait rien. More c’est sûr qu’on ne fait pas autant de vues que Lupin ou alors Affaire de famille. Une ligne éditoriale, ça peut être plus que l’idée du rendement…

« La série encore le temps de vivre […] mais ce qui compte le plus, semble-t-il, c’était son démarrage.

Comment avez-vous appris cette annulation ?
Netflix nous a tenus informés au fur et à mesure. Une semaine après le lancement, avec les premières tendances, qui ne sont pas les indications les plus populaires, un sentiment, sur les performances de la série. Ça faisait vingt-huit jours que Drole était en ligne quand on nous a dit qu’elle ne continuerait pas. Ce qui est extrêmement rapide. Peut-être même que leur décision a été prise plus tôt que ça. La série encore le temps de vivre, elle est toujours disponible en ligne, mais ce qui compte le plus, semble-t-il, c’était son démarrage.

Quel signal cette décision envoie-t-elle, selon vous, aux auteurs de séries français ?
Drole C’est un petit cas d’école. When Netflix vient me chercher, ils attendent de moi que je prenne des risques artistiques, que je fasse un travail de créateur, que je m’enture de gens talentueux. Mais tout ça est emporté par un marqueur unique : est-ce qu’elle a fait le « volume » attendu par Netflix ? Les séries, c’est une industrie, bien sûr, mais aussi un art qui charrie des idées, une vision de la société, etc. De ce point de vue, pensez-vous que Drole avait sa place sur Netflix. Il y a des cartons comme Lupin, et c’est très bien, avec un personnage emblématique porté par un grand acteur populaire, une dramaturgie efficace plus prévisible parfois… et à un autre endroit du spectre il ya Drole, d’apparence plus modeste, qui propose un regard d’auteur. C’est préoccupant de se dire qu’il n’y a pas la place pour les deux.

N’est-ce pas un peu naïf, dans le monde très concurrentiel des séries aujourd’hui ?
Certainement, mais il faut être idéaliste ! Sinon, à quoi on sert ? Une première saison, c’est un prototype. On l’a faite, elle a touché des gens, et c’est une bonne chose. Mais il nous aurait peut-être fallu plus de temps pour nous imposer.

Où en êtes-vous préoccupé par l’écriture de la saison 2 ?
On avait bien avancé, les deux tiers d’épisodes étaient écrits, et validés avec beaucoup d’enthousiasme, à nouveau, par Netflix. C’est courant dans le monde des séries de ne pas attendre la diffusion et de prendre de l’avance dans l’écriture, afin de créer une récurrence sans attendre deux ans entre chaque saison.

Ces épisodes vont-ils finir à la poubelle ?
C’est trop tôt pour je vais te le dire. Drole appartient à Netflix. Aux États-Unis, ça se fait de revendre une série à un autre diffuseur, parce que le est plus vaste. En France, je ne pensais pas.

Allez-vous continuer à travailler avec Netflix ?
Je ne suis engagé avec eux que sur cette série. J’ai tendance à voir le verre à moitié plein, à tirer les leçons positives de cette expérience. Je ya pris le temps de décortiquer tout ça, y compris mon rapport avec la plateforme. Cette remise d’annulation les cartes. Les choses sont très ouvertes maintenant…

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