Pierre Michelin (fils d’Édouard) appréhendé à la tête de la holding familiale d’actionnaires

A 25 ans, la même carrure qu’ils soient père ou grand-père, la même discrétion familiale aussi. Mais Pierre Michelin, aux apparitions raressimes, a décidé de démêler l’ombre. A l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires du groupe Michelin, qui s’est tenue le vendredi matin, au Zénith d’Auvergne, près de Clermont-Ferrand, le troisième fils d’Édouard (décédé en 2006), représentant de la cinquième génération de Michelin après la création de la société, j’ai pris la présidence de Mage Invest

, société holding créée en 2009 à l’initiative de la famille Michelin pour consolider l’actionnariat de long terme. Il s’explique.

Pourquoi avoir accepté ce mandat ?

« J’étais vice-président de Mage Invest après un an. Vincent Montagne ayant, en 2021, avant la présidence de la SAGES (associé commandité), nous avons mené au sein de la famille une réflexion sur l’implication de la cinquième génération, dont je fais partie, à l’issue de laquelle j’ ai été élu président. Vincent Montagne m’a transmis le relais, mais reste présent. Nous portons la voix de la famille et nous entretenons un vrai lien avec l’entreprise. Plus personnellement, j’ai le goût des matériaux, une formation d’ingénieur liée aux polymères, c’est l’essence même de Michelin. »

Vous affirmez vouloir poursuivre et amplifier les missions de la famille, c’est-à-dire ?

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NL {“path”:”mini-inscription/MT_Decideur”,”accessCode”:”14129033″,”allowGCS”:”true”,”bodyClass”:”ripo_generic”,”contextLevel”:”KEEP_ALL”,”filterMotsCles”: “1|10|13|79|3219|5112|6973″,”gabarit”:”generic”,”idArticle”:”4129033″,”idArticlesList”:”4129033″,”idDepartement”:”282″,”idZone “:”30603″,”motsCles”:”1|10|13|79|3219|5112|6973″,”premium”:”true”,”pubs”:”banniere_haute|article”,”site”:”MT “,”sousDomaine”:”www”,”urlTitle”:”pierre-michelin-fils-d-edouard-prend-la-tete-de-la-holding-familiale-d-actionnaires”}« En constituant Mage Invest, nous avons pu faire vérifie qu’ensemble nous était le premier actionnaire de Michelin. L’ensemble des actionnaires familiaux représente plus 7 % du capital du groupe. Notre rôle d’action est d’affirmer notre confiance dans l’équipe dirigeante. C’est, je crois, cette confiance qui permet de faire les bons choix, pour le groupe et son écosystème. »

PhotoRichard Brunel

Quelles sont vos relations avec l’équipe dirigeante ?

« Autant que les actionnaires, nos réunions sont régulières pour des points d’étape, notamment à l’occasion de la sortie des résultats. Nous sommes d’ailleurs très impressionnés par les performances du groupe et de ses Dirigants dans cette période complexe à gérer. »

Envisagez-vous d’occuper une fonction opérationnelle dans le groupe ?

“Cette question n’est pas à l’ordre du jour. Il y a aujourd’hui une dizaine de membres de la famille qui ont travaillé chez Michelin en France et à l’étranger. Personnellement, je suis devenu investi depuis deux ans, en tant que gérant, dans une entreprise de systèmes de levage, près de Lyon. J’y retrouve ces enjeux humains et industriels que j’affectionne.”

Aviez-vous évoqué un avenir chez Michelin avec votre père ? « J’avais dix ans en 2006(date du décès d’Édouard, NDLR)

. Nous n’avons pas eu d’entretien de ce genre. J’ai retenu deux choses de mon père et de mon grand-père : le respect des personnes, en ayant le souci de faire grandir les hommes et les femmes qui nous entourent, ainsi que le respect des réalités, notamment celles qui nous révèlent. »

Mage Invest rassemble à ce jour 275 porteurs sur environ un millier d’actionnaires issus de la famille Michelin.

Cap sur la mobilité multimodale pour Michelin

Quatre générations de la famille ont dirigé le groupe Michelin

La saga Michelin lors de la création de l’entreprise en 1889 par Édouard et André jusqu’au décès d’Édouard, représentant de la quatrième génération, décédé accidentellement en 2006.

Cent dix-sept ans, donc, si l’on s’en tient aux dates simples, mas un peu plus si l’on entre dans les détails.

Frères fondateursAndré et Édouard Michelin ont créé la manufacture Michelin et Compagnie en 1889 représentant une société de caoutchouc en déclin, celle que leurs aïeux Édouard Daubrée et Aristide Barbier avaient créée en 1832, inspirée par l’épouse d’Édouard Daubrée, Élisabeth, dont l’oncle écossais, le chimiste Charles Macintosh, avait mis au point un procédé initiateur de l’industrie du caoutchouc.

Ce sont eux qui aquièrent en 1835 un moulin au nord de Clermont, au bord de la Tiretaine, à l’endroit où se trouve toujours aujourd’hui le siège social du géant du pneu. Peu avant leur disparition, Barbier et Daubrée transformèrent en 1863 la société en commandite par actions, statut que les frères Michelin ont repris et qui a duré jusqu’à nos jours.

Edouard et André Michelin

Le tournant de 1886

Mais l’entreprise périclite et des 1886, alors qu’il est entre au conseil de surveillance depuis deux ans, Édouard Michelin pousse le gérant d’alors, Jean-Charles Bideau, à la demission. Cette même année, le site de Blanzat est vendu et les activités industrielles sont regroupées Place des Carmes, à Clermont-Ferrand. C’est André qui dirige la manœuvre et c’est Édouard qui devient le premier gérant de la manufacture Michelin reconduite, le 28 mai 1889.

Les premiers brevets de pneus

Les deux frères relancent l’entreprise non sans mal et avec le soutien financier de leur tante, Émilie Mage, fille aînée d’Aristide Barbier. A l’époque, les produits phares de la maison Michelin étaient les patins de frein en caoutchouc… Mais dès 1891, alors que Dunlop occupé le quittait, Michelin disposait des premiers brevets de pneus pour vélos facilement démontables et réparables. Le pneu moderne est ne.

Dans un demi-siècle, les frères Michelin vont transformer leur modeste fabrique auvergnate en une entreprise d’envergure internationale. Avec l’appui de Bibendum, autre idée de génie née dans l’esprit d’Édouard (ancien élève des Beaux-Arts) et à qui l’affichiste O’Galop donne vie en juin 1898, à l’occasion du premier salon automobile de Paris.

histoire de famille

Le développement international est aussi, en partie, une histoire de famille puisque la branche italienne, créée en 1906, est confiée à Adolphe Daubrée, petit-fils d’Édouard Daubrée. Au début du siècle, Michelin reste implanté en Grande-Bretagne, pays de Dunlop, après 1905, et de nouveau une première usine américaine en 1907.

C’est aux frères fondateurs que l’on doit aussi l’aventure des cartes et guides Michelin, lancés au même moment, et de grandes mesures d’accompagnement social innovant dans les domaines de l’école, de la santé, du logement . Et bien sûr du sport, après la création de l’ASM en 1911 par Marcel Michelin, deuxième fils d’André, qui sera résistant et sera déporté en 1945.

François…

Les deux guerres mondiales bouleversent la planète et le groupe Michelin, qui absorbe Citroën en 1935. André Michelin décède deux ans plus tard. Édouard, qui a perdu ses deux fils Etienne et Pierre en 1932 et 1937, alors qu’ils étaient cogérants, doit envisager une autre succession et porte notamment aux avant-postes son genre, Robert Puiseux, en 1938. C’est lui qui aura In charge la reconstruction des usines et le lancement du fameux pneu radial. Robert Puiseux doit aussi préparer le neveu d’Édouard, François Michelin, à prendre les commandes. Représentant de la troisième génération, celui-ci devient cogérant en 1955, à 29 ans, après être devenu seul gérant en octobre 1959, quatre mois après la visite du général de Gaulle à Cataroux.François Michelin, nommé cousin cogérant de François Rollier en 1966, dirige l’expansion mondiale du groupe en revenant sur le continent américain après son implantation en Asie. Parallèlement, il développe notamment la production de caoutchouc de synthèse. Il crée également en 1960 le centre de recherche et d’essais de Ladoux, aux portes de Clermont-Ferrand, ou il reçoit François Mitterrand en 1984.

… puis Édouard

Édouard Michelin et son père François en juin 2005, seigneurs de la course automobile Gordon-Bennett. Photo François Campagnoni

Michelin cède Citroën en 1974 et traverse les années 1980 et 1990 dans la difficulté, mais progresse. Avec un nouveau capitaine, Édouard, fils de François, nommé gérant en 1991. Lui mènera la restructuration industrielle du groupe et le développement à l’est de l’Europe et du monde. Edouard réfléchit aussi à moderniser le siège des Carmes et Ladoux. Mais il se noie au large des côtes de Bretagne en mai 2006, mettant un terme brutal à la saga, après quatre générations.

Deux présidents non issus de la famille

François Michelin s’étant retraité (il décède en 2015), Michel Rollier (fils de François Rollier), alors cogérant, reste seul à la tête du groupe et promeut son directeur financier, Jean-Dominique Senard, appelé à lui succéder. Michel Rollier, ancien représentant de la famille, a quitté sa présidence en 2012 et est revenu au conseil de surveillance en mai 2021. Jean-Dominique Senard a cédé son fauteuil de président du groupe en 2019 à Florent Menegaux. Ce dernier est le deuxième patron de Michelin non issu de la famille.
Michel Rollier passera la main au Conseil de surveillance de Michelin (décembre 2020)
Patrick Champ [email protected]

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