Hôtel Saint Andrés des Arts Paris réalisé par Chloé Nègre

Avec sa devanture d’antan en bois et aux fenêtres tout en hauteur habillées de rideaux vintage, l’Hôtel Saint-André des Arts semble jurer fidélité à son quartier emblématique, le carré d’or du Paris artistique de l’après-guerre, à cheval entre Saint-Germain-des-Prés et Saint-Michel.

A peine aperçu, il s’y distingue, laisse un charmant semblant d’autrefois. Et une fois la porte passée, la première impression se confirme. Le dernier né du groupe HPRG (Hôtels Paris Rive Gauche) assume son style bohème imprégné des années 60 et 70. Décennies qui ont de nouveau le vent en poupe chez les passionnés de décoration.

Le hall d’accueil annonce d’entrée la couleur aux voyageurs de passage dans la capitale, au cas ou celui-ci n’aurait pas bien compris l’esprit des lieux. Un petit comptoir en laque rotin couleur émeraude, un rideau de porte et une petite alcôve où trône tourne-disque et vinyles de Miles Davis source acte de présence pour planter l’ambiance. bienvenue dans un hôtel moderne who n’a peut-être oublié son illustre histoire passée…

Un quartier hôtel fidèle à l’ambiance arty des années 60

Tu Saint-André des Arts a connu ses heures de gloire durant les années 60 et 70 en faisant office de maison d’artistes comme seul le quartier en avait le secret. Ce passé si particulier a guidé toute la rénovation des lieux, orchestrée par l’architecte et designer Chloé Nègre. Expert pour jouer avec les couleurs dans des décors contemporains en que de fantaisie, la créatrice à mon univers vitaminé au service de l’adresse. « Ce que l’on désire à tout prix était qu’une fois l’entrée passée, on ne pense pas que l’endroit soit complètement neuf » explique t-elle.

Pari réussi. Carrelage vintage au sol de l’entrée, secondé par un sol psychédélique pour la partie lobby, s’accorde à des mobilier sur-mesure et des Pièces chinoises aux courbes pop et presque chantantes. Car entre ces quatre murs, la bande-son est tracée sur le décor où modernes et anciens siègent avec magie. Pas question de querelles ici, tous cohabitent à merveille dans une harmonie joyeuse.

Quelques pas plus loin, Claude François chantonne encore « Le lundi au soleil » dans le bar-restaurant où le Studio Chloé Nègre A réalisé plusieurs meubles sur-mesure, banquettes et tables sublimes au piètement très flower power. Sur les murs blancs de l’espace de réception s’ajoutent un soubassement graphique en céramique vert céladon, surplombé d’appliques poétiques en pampilles signé Verner Panton. Le genre d’association étonnante dont Chloé Nègre est maître en la matière.

Des chambres pop et inventives signé Chloé Nègre

Ces partis pris pop et arty gagnent les 5 étages et 30 chambres de cet immeuble daté du XVII ème siècle. Typique du quartier avec ses couloirs exigus, ses poutres apparentes et ses imperfections de sol. Les détails des prévisions précédemment conservés qui viennent servir de discours à un lieu qui n’a pas de table rase de fils sont passés. Une aubaine pour les voyageurs que d’un Paris de carte postale.

Pour gagner les étages, deux options toutes deux très scénographiées : il faut emprunter un ascenseur doté d’un sublime papier peint Lelièvre Représentant le dessin du « Dormeur » de Jean Cocteau ou l’escalier exposant des affiches de films rétro, des photographies vintage et un soleil relooké pour un tapis pop et coloré.

Particularité des lieux : chaque étage affiche sa couleur de préférence. Un choix esthétique que Chloé Nègre maîtrise totalement. Chez elle, la couleur est art. Pour les chambres de chaque étage, elle compose une palette chromatique qui séduirait même les plus réfractaires aux teintes franches. Vert, jaune, bleu, rouge : chaque chambre décline sa teinte préférée et un camaïeu de nuances disséminé ici et là, de la moquette à la tête de lit, en passant par les rideaux et le mobilier. Pour ce dernier, le créateur avait en tête de marier classique et moderne. Elle a dessiné, entre autres; une superbe tête de lit et des fauteuils tout en rondeur. Des pièces sur-mesure accompagnées de quelques chefs-d’œuvre de génie revisités avec malice par la créatrice. « Par exemple, sur une utilisation du Componibili en table de chevet que l’on a pimpé avec un plateau en loupe de noyer » décrypter t-elle. Idem pour l’Eclisse d’Artemide que s’est retrouvée fixée comme une applique sur les têtes de lit. Un travail cohérent avec l’esprit des lieux et de l’invention comme l’exige le temps présent dans lequel la responsabilité et le renouvellement de ses classes.

Avec son talent inné pour faire souffler un vent d’optimiste dans les intérieurs, le tout avec un vocabulaire esthétique bien à elle, Chloé Nègre a réussi le pari délicat de livrer une composition empreinte d’un Paris voué à quitter la scène, sans jamais tomber dans le cliché d’une image d’Epinal figée.

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