Ajaccio, éloge de la solidité / France / AC Ajaccio / SOFOOT.com

Vainqueur du leader toulousain, samedi soir (1-0), l’AC Ajaccio a conservé sa deuxième place en Ligue 2 et a évolué à l’étage supérieur en 2022-2023. Un dénouement qui a pu en surprendre plus d’un, tant la bande d’Olivier Pantaloni n’était, a priori, pas programmée pour retrouver à pareille fête. Mais les Corses, qui ont reconnu la solidarité en valeur cardinale et ont fait de leur solidité un atout considérable, n’ont absolument pas volé leur montée.

Un yo-yo. A coup sûr, voici l’objet qui illustre le mieux la trajectoire sinusoïdale de l’AC Ajaccio depuis maintenant cinq ans. Une saison à jouer le maintien, la suivante à rêver de la montée, et ainsi de suite sans discontinuer. Le ventre mou, très peu pour les Ours, qui passe allègrement d’une extrémité à l’autre du classement, mais jamais ne s’ennuie quand vient le printemps. Parvenu à se sauver de manière poussive en 2020-2021, le club corse était donc censé être aux avant-postes lors de l’exercice qui vient de s’achever. Gagné. Ce dont on ne doutait pas, en retour, c’est qu’en dépit de son budget limité (le treizième de la division) et de son effectif tout sauf clinquant, il irait jusqu’à chiper un accès direct pour la Ligue 1 Devancés par Toulouse, les hommes d’Olivier Pantaloni ont validé leur deuxième place au soir de l’ultime journée, samedi, en venant justement à bout du TFC dans un stade François-Coty comble (1-0). « On n’aurait jamais pensé à cela en début de saison. Avec nos petits moyens, ici, il fallait avoir toutes ces forces de caractère et cette solidarité pour y arriver. C’est incroyable. Ce fut une aventure extraordinaire dont les joueurs se souviendront toute leur vie » avoué le technicien de 55 ans, ému, au micro de beIN Sports après la rencontre.

Défense d’entrer

Bien évidemment, cette promotion de l’ACA ne fait pas que des heureux. Outre les supporters des clubs concernés, nombreux étaient les nostalgiques de la D1 des années 1990 à espérer une montée d’Auxerre, au jeu souvent emballant, ou de Sochaux, enfin sorti de sa profonde léthargie. D’autres comptaient aussi sur le Paris FC, si bien que l’élite française compte enfin deux formations de la capitale dans ses rangs. Ces trois-là devront entreprendre la voie des playoffs, avant un toujours délicat barrage face au dix-huitième de L1. Mais sur l’ensemble de la saison, ce sont bien les Ajacciens qui – derrière les Toulousains – ont été les plus réguliers. Ils occupaient d’ailleurs le fauteuil de leader à la trève, ce qui prouve bien qu’ils ne doivent à personne. D’autres pointeront du doigt leur faible bilan offensif (39 buts en 38 matchs, soit la onzième attaque du championnat), et il faut reconnaître que les rencontres des joueurs du président Christian Leca étaient rarement les plus spectaculaires. Il faut cependant savoir s’appuyer sur ses forces, et celle des Corses a rapidement été identifiée : la solidité défensive.

Avec 19 petits mais encaissés sur l’ensemble de la saison, Ajaccio a ainsi battu un nouveau record d’imperméabilité dans la division. Leur gardien a réalisé 23 des draps propres, total du PFC (2018-2019) égal. Les partenaires de Gaëtan Courtet n’ont jamais perdu après avoir ouvert le score et ont gagné à onze reprises par 1-0. Ce n’est pas très sexy, c’est vrai, mais il n’en reste pas moins que réussir pareille performance collective pendant dix mois de concours est exceptionnel. Et maintenant il faut jouer le show et inscrire quatre buts pour les matchs, autant faire en sorte d’en prendre le moins possible. « Si Ajaccio a pris si peu de buts, c’est grâce à tout leur bloc équipenous racontions Philippe Hinschberger, l’entraîneur d’Amiens, il y a quelques semaines. Ils ont deux lignes de 4 serrées, et pour trouver la place là-dedans, c’est très très compliqué. Quand vous arrivez face aux défenseurs, vous êtes déjà content du boulot qui a été fait auparavant, car les attaquants travaillent énormément. Courtet, il n’a plus 20 ans, mais il est d’une généreuse énorme ! » L’ancien Auxerrois et Rémois n’a pas spécialement affolé les compteurs en 2021-2022 (sept buts, trois passes décisives), mais il symbolise parfaitement la combativité et le sens du dévouement dont son équipe a fait preuve tout au long de l’exercice .

La vieille garde et l’entraîneur du coin

On aurait d’ailleurs bien du mal à faire révélé une individualité. On peut certes parler du gardien Benjamin Leroy (qui, à 33 ans, a été élu meilleur portier de L2) ou de la révélation Oumar Gonzalez, véritable roc de la charnière. Sur certains surtout que la colonne vertébrale de cette équipe-là évolue à l’ACA depuis des lustres. De Cédric Avinel à Riad Nouri, en passant par Mathieu Coutadeur et Mohamed Youssouf, sans oublier Courtet et Leroy, c’est un groupe de grognards qui constitue le noyau dur de l’effectif ajaccien. Dans et aux côtés d’un gamin du centre, Yanis Cimignani, et des recrues habilement dégotées (Gonzalez, Jean-Philippe Krasso), Olivier Pantaloni à sa formule trouver la bonne.

Le coach né à Bastia a aussi une belle place dans la magnifique saison. C’est lui qui, très tôt, a compris qu’il avait tout intérêt à bâtir un pad équipe des plus compacts. Ils sont l’expérience de la Ligue 2 et leur connaissance du contexte actuel sont aussi connus pour être trois précieuses, qui tiennent au fait qu’ils ne brillent pas quand ils vont bien ou parce qu’on ne s’en souvient pas du tout. A titre personnel, c’est la troisième fois qu’il vit une montée en Ligue 1 sur le banc d’Ajaccio, après 2002 (il était alors adjoint de Rolland Courbis) et 2011. Sa prochaine mission consistait à entretenir le club de l ‘Île de Beauté au plus haut niveau national. Ce ne sera pas choisi aisée. Mais nul doute que son équipe sera un poil à gratter bien agaçant pour pas mal de ses adversaires.

Par Raphaël Brosse
Proposés par Philippe Hinschberger recueillis par Loïc Bessière.

.

Leave a Comment