La biguine à l’honneur cette semaine à Paris avec les concerts de Malavoi et du Big In Jazz Collective

“La biguine est une musique très ouverte, comme tous les genres créoles” : à Paris, le Collectif Big in Jazz et le groupe Malavoi ont mis à l’honneur cette semaine le style musical originaire des Antilles françaises. Ils proposeront deux spectacles singuliers, chacun dans leur style. La première formation sera en concert à L‘Alhambra Mardi, le deuxième après La Cigale le 21 mai.

“C’est un genre très défini, mais qui est très ouvert. Une fois qu’on a dit que la biguine, c’est grossièrement une polka avec une syncope un peu particulière, à de là, on peut faire énormément de choses avec “, explique à l’AFP le journaliste Bertrand Dicale, auteur du livre Ni noir ni blanc : histoire des musiques créoles. La biguine est née à Saint-Pierre, en Martinique – alors plaque tournante des Antilles -, de la rencontre des musiques de danses de salons européens (polka, mazurka, contredanse…) et du bèlè (ou bel-air), a rythme d’origine africaine venu des campagnes.

Joué dans les maisons de maîtres par ceux nommés à l’époque les “nègres à talent”, son fils ascension s’est arrêté avec l’éruption du volcan de la Montagne Pelée en 1902, qui a détruit la ville de Saint-Pierre, alors la capitale économique de l’île. Son apparition au début de la Troisième République, depuis qu’elle a beau s’être transformée, avoir enfanté d’autres styles, elle demeure la mère de toutes les musiques en Martinique.

Le Collectif Big In Jazz est un regroupement de musiciens entre 25 et 50 ans qui représentent les forces vives du jazz antillais contemporain. Il sera en concert à L’Alhambra à Paris mardi et ambitionne d’accentuer encore le lien étroit que la biguine a très vite entretenue avec le jazz. Son ambition : s’emparer de standards de grands antilles compositeurs ayant déjà ouvert en leur temps la biguine au jazz – Alain Jean-Marie, Eugène Mona, Marius Cultier, Albert Lirvat, Alexandre Stellio… – et leur donner un coup de fouet . “C’est une réunion entre amis musiciens que veulent promouvoir le jazz créole. Pour moi, le jazz, c’est une liberté d’expression et, à travers cette liberté, le moyen de promouvoir nos cultures et nos traditions”, justifie Stéphane Castry, bassiste et doyen de la formation.

More dans la dédale d’autres influences revendiquées par le groupe – soul, groove, reggae, funk… -, la biguine peut parfois donner l’impression de se dissiper. “Quand j’écoute le Big in Jazz Collective, la biguine, j’ai du mal à la retrouver”, fait remarquer Eric Basset, directeur du label Aztec Musique, spécialisé dans les musiques antillaises. “Forcément, on est plus ou moins loin à la fois de la définition, pour autant qu’il y ait une définition unique et canonique, de la biguine, et surtout plus ou moins loin des habitudes”, note pour sa part Bertrand Dicale.

Malavoi – du nom d’une variété de canne à sucre -, qui travaillait à La Cigale le 21 mai, est plus conservateur. La formation, pas déjà un demi-siècle et ne subsiste aujourd’hui qu’un membre d’origine, le batteur Denis Dantin, brosse plus cette biguine dans le sens du poil. Les versions qui offrent cette formation, devenues une institution à la Martinique, sont beaucoup plus soyeuses, confortables, douces à l’oreille, avec des accents symphoniques.

Aux cuivres et aux guitares privilégiées dans le Big In Jazz Collective, Malavoi préfère les cordes, rappelant qu’au tout début de l’histoire, l’instrument roi dans les salons des demeures coloniales était le violon, avant d’être la clarinette ou la trompette Mais au-delà de leurs différences, le Big In Jazz Collective et Malavoi se réjouissent sur un point, essentiel : la cadence, immuable, imprimé par le rythme du bèlè. Voiture, selon Bertrand Dicale, la biguine, “Avant que ce soit un genre en soi, c’était une façon particulière de jouer une musique“.

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