critique d’une mini-série nécessaire sur Disney+

Souvenirs de meurtre

Quoi de neuf sur Netflix ou Amazon Prime Video, les productions françaises des plateformes de SVoD peinent souvent à s’extraire des carcans d’une télévision hexagonale à la ramase. C’est pourquoi on pouvait être à la fois étonné et inquiet de voir Disney+ investir dans Une mini-série autour du meurtre raciste de Malik Oussekineétudiant d’origine algérienne frappé à mort par des policiers alors qu’il rentrait tranquillement chez lui.

Si cet événement tragique a bouleversé la France de Mitterrand, on s’est habitué aux fictions lâchement spectaculaires et larmoyantes sur ces affaires devenues des symboles nationaux, que ce soit sur TF1, M6 ou France Télévisions. On en vient d’ailleurs à se sue pourquoi oussekine n’est pas passé par ce canal logique, à moins que ce ne soit à la sensibilité de son sujet, malheureusement plus actuel que jamais.

Un drame toujours aussi actuel

Dans tous les cas, cette frilosité supposée profite grandement au passage de la création d’Antoine Chevrollier (réalisateur de multiples épisodes du Bureau des légendes et de Baron Noir) du côté de Mickey, car son ambition s’en voit décuplée. Au-delà de la qualité indéniable de sa reconstitution (épaulée par une photographie habile, toute en teintes pastel et en lumières diffuses), oussekine a quelque chose de presque cotonneux, tel le souvenir un peu flou d’une époque fantasmée à la fois par le spectateur et par son protagoniste, persuadé de l’égalité des chances promise par une nation inclusive.

Au retour d’un concert de jazz où le jeune Malik (Sayyid El Alami) a renoncé à son sourire jusqu’aux oreilles, son nouvel âge est devenu brouillard. Voilà la grande idée d’oussekine : ne pas nous montrer tout de suite la mort tragique de Malik, poursuivi sur plusieurs rues par des policiers voltigeurs. Le raccord est fait sur ses frères Mohamed et Benamar (Tewfik Jallab et Malek Lamraoui) et ses sœurs Sarah et Fatna (Mouna Soualem et Naidra Ayadi), qui comprennent le lendemain matin que quelque chose a choisi cloche.

Oussekine : photosHiam Abbass, absolument parfaite en mère désoeuvrée

Trauma intime et collectif

Parc hors-champagne tétanisant, la série investit un vide : celui de l’attente insoutenable de réponses claires. La mort est à peine confirmée qu’il faut déjà envisager la gestion des médias et l’ampleur à venir de cette injustice. Chevrollier et ses scénaristes ont l’intelligence de centre leur premier épisode uniquement sur cette journée infernale, où la fratrie Oussekine est séparée, envoyée aux quatre pièces de Paris avant de se rassembler dans un dernier plan déchirant.

Du genre, le point de vue de la mise en scène évite soigneusement de juste traduire un drame national et sa récupération politique. Pour sûr, la série met avant sa nécessité, notamment à travers le soutien des étudiants, mais n’en oublie jamais sa dimension obscène, jusqu’au “geste” calculé d’un président venu présenter ses condoléances en envahissant l’espace de vie de cette famille dont on a arraché l’un des fils.

Oussekine : photosUn plan qui frappe en plein coeur

Il y a ainsi une richesse miraculeuse dans les quatre épisodes d’oussekine, dont la sobriété affichée pourrait se réduire à retranscrire les divers événements d’une affaire étalée sur quatre ans. Contraire, la caméra n’en oublie jamais la douleur de cette famillequi sert de pivot au travers d’une réalisation qui épouse avec justesse et podre leur subjectivité.

C’est dans certains raccords que la série trouve ses meilleurs moments, lorsque ces regards endeeuillés se révèlent dépassés par l’horreur d’un racisme institutionnalisé. On pensait en particulier à cet appel glaçant dans une téléphonique, qui amène à découvrir un kiosque à journaux arborant la une diffamatoire de minute.

Oussekine : photosmarche funèbre

assassins de la police

Les proches de Malik n’ont jamais voulu que cette affaire atteigne un tel degré de médiatisation, mais le simple devoir de justice est revenu embarqué malgré lui dans un profond questionnement sur l’identité morale de la France. Mais le pire dans tout ça, c’est que cet élan étourdissant est contrasté par la structure globale de la mini-série, qui ne cesse de se moduler autor de celle de son premier épisode. Tout est dans l’attente et la stagnation, à cause des coulisses d’un gouvernement que fait tout pour mettre des matraques dans les roues des tribunaux.

oussekine Fonctionne donc sur une suite d’à-coups et de flashbacks plutôt bien sentis, y compris en ce qui concerne la reconstitution du meurtre de Malik. On pourrait reprocher à la série le suspense un peu puant qu’elle essaie de façonner autour de sa monstration, mais en distillant le temps de la sorte, elle fait de ce choc une sorte de fantôme, qui se répand dans et en dehors des épisodes pour mieux bénéficier de sa terrible actualité.

Oussekine : photosNous devant la série

En jouant sur l’insatisfaction de sa conclusion, Antoine Chevrollier nous a renvoyé en pleine face la manière dont l’affaire Oussekine sert plus que jamais de jurisprudence in ce qui concerne le traitement de la violence policière, alors que les décès de Rémi Fraisse et d ‘Adama Traoré résonnent indirectement sur ses images reproduites l’année 1986. En résulte une série qui sait canaliser sa colère et son désespoir, comme ses personnages brillamment incarnés.

Il convient d’ailleurs de souligner le prestige d’un casting cinq étoiles, de Kad Merad à Olivier Gourmet en passant par Hiam Abbass, où les performances débouchent sur une mise en scène exigeante, surtout dans un ultime épisode du processus qui évite le noms des pièges du genre. Jusque dans sa dernière ligne droite, la mini-série de Disney+ est montée en exemplaire, et trouve le juste équilibre entre le devoir de mémoire et le récit intime sans jamais paraître intrusif. Paradoxalement, c’est en parvenant à conserver cette distance qu’oussekine évoque une France à l’hypocrisie systémique, où les termes “liberté, égalité et fraternité” sont depuis trop longtemps dénués de sens.

Oussekine est disponible en ligne sur Disney+ après le 11 mai 2022

Oussekine : Affiche française

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