Les grandes manœuvres sont assurées par Vodafone autour

Vodafone illustre, à lui seul, les difficultés du secteur des télécoms en Europe. En cinq ans, le titre du géant britannique du mobile a perdu pas loin de la moitié de sa valeur à la Bourse. Avec tous les autres grands opérateurs du Vieux Continent, Vodafone fait l’objet d’une fronde des marchés. Beaucoup voient d’un mauvais œil ses investissements lourds dans la fibre, la 4G et la 5G, alors que ses marges pâtissent d’une ultra-concurrence, entretenue par Bruxelles pour maintenir des prix bas auprès des consommateurs, dans ses principaux marchés. C’est particulièrement vrai au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne. Surtout, l’état-major de Vodafone est critiqué par certains investisseurs pour avoir raté – ou écarté – certaines opportunités de consolidation dans ces marchés-clés.

C’est dans ce contexte, électrique, que le géant émirati des télécoms et a annoncé, vendredi dernier, avoir mi la main sur pas moins de 9,8 % du groupe britannique pour 4,4 milliards de dollars. L’investissement est important : selon Bloomberg, e&, groupe contrôlé par le richissime état pétrolier, est même devenu le premier actionnaire de Vodafone, loin devant BlackRock (qui détient 3,5 %), Vanguard (3 %) et HSBC (1,9 %) . E& assure que ce mouvement n’a qu’une ambition : décrocher « une exposition significative à un leader mondial de la connectivité et des services numériques », sans avoir l’intention, à ce jour du moins, de lancer une OPA. Le groupe émirati affirme soutenir la stratégie commerciale de Vodafone, avec son conseil de direction et sa direction.

Vers une fusion avec Three au Royaume-Uni ?

Les marchés, eux, saluent la manœuvre. Ce lundi, le titre de Vodafone progressait de 2,80 %, à la Bourse de Londres. Comme si les investisseurs voyaient cette arrivée comme le signe que les choses allaient prochainement, et profondément, changer… Il faut dire que Vodafone fait aujourd’hui l’objet de critiques et de fortes pressions en ce sens. Cevian Capital, le plus gran fonds activiste d’Europe, appelle depuis des mois la direction à simplifier ses activités, et à tout faire pour consolider ses positions dans ses principaux marchés.

La dernière semaine, Financial Times Il a été révélé que Vodafone était en discussion avec son rival Three UK, propriété de Hong Kong CK Hutchinson, pour des activités de fusion avec Royaume-Uni. Ce mariage entre les numéros trois et quatre du mobile outre-Manche pourrait, notamment, réduire significativement la concurrence, et, éventuellement, rehausser un peu les prix. Mais une telle opération nécessiterait l’aval des autorités concurrentes. Ce qui n’est jamais simple : en 2016, la Commission européenne a bloqué une accord entre O2 et Trois, estimant que leur union plombierait la compétition, et nuirait amende aux consommateurs. D’après le quotidien économique britannique, Vodafone espère, cette fois-ci, décrocher la timbale. Commenter? En sensibilisant les autorités aux investissements colossaux dans les réseaux proposés le secteur est désormais requis.

Voir une consolidation en Espagne

En parallèle, Vodafone pourrait profiter d’une amélioration possible sur le marché espagnol. Dans ce pays, où la guerre des prix fait rage depuis des années, ses rivaux Orange et MasMovil sont en passe de se marier. Aujourd’hui en négociations exclusives, les deux opérateurs espèrent bien arriver à leurs fins, et accoucher d’un nouveau cador capable de jouer des coudes avec l’opérateur historique Telefonica. Si les actionnaires de Vodafone auraient sans doute préféré que Vodafone acteur d’une consolidation, le groupe pourrait, tout de même, à terme, tirer avantage d’une concurrence adoucie.

Enfin, en Italie, tout reste à faire. Ici aussi, les résultats de Vodafone bénéficient d’une forte concurrence. Celle-ci est particulièrement vive depuis l’arrivée d’Iliad Italia, l’opérateur de Xavier Niel, au printemps 2018. En cassant les prix, celui-ci a depuis fait son nid sur le marché du mobile, et s’est récemment Je me suis lancé dans l’Internet fixe. Après quelques mois, les rumeurs et tentatives de consolidation vont bon train en Italie. En début d’année, Vodafone et Iliad ont bien travaillé à un projet de rapprochement dans ce pays. Le groupe de Xavier Niel a également officialisé une offre de 11,25 millions d’euros pour les activités italiennes de leur rival. Plus Vodafone l’a retouché, j’estime que ce n’est pas “pas dans le meilleur intérêt de ses actionnaires”. Il n’empêche que les “non” ne sont jamais, surtout dans le contexte actuel, définitifs.