Ehpad Orpea : repas rationnés et cadres gras payés, révélations sur la centrale d’achat du groupe

La cellule enquête de Radio France révèle ce jeudi 19 mai des pratiques douteuses de la part de Kauforg, la centrale d’achat suisse du groupe Orpea. Le mercredi 18 mai, l’action en bourse du groupe dévissait à cause de nouvelles révélations de Médiapart.

Décidément, le groupe Orpea n’a pas fini de faire parler de lui. Après les révélations bouleversantes du livre de Victor Castanet “Les Fossoyeurs” sur les pratiques du groupe dans ses Ehpad, les déclarations

s’accumulent autour des pratiques douteuses qui entourent le groupe. Et ce sont désormais les méthodes de sa centrale d’achats basées en Suisse qui sont épinglées pour une requête de Radio France.

Pour poser le contexte, il faut souligner que l’enquête de la cellule investigation de Radio France porte ici sur Kauforg. Il s’agit de la centrale d’achat chargée de passer les commandes alimentaires du groupe Orpea en France. Situé en Suisse, Kauforg centralisait où les factures et autorisations de faire des économies grâce aux volumes plus importants des commandes.

Les chefs de cuisine des Ehpad passaient donc leur commande aux fournisseurs, qui envoyaient des factures directement à Kauforg, qui leur facturait la tournée des établissements.

Trois rations limitées pour les résidents, trois salaires pour les cadres

Jusqu’ici, rien de bien particulier. Sauf que l’objectif de profit semble avoir été forcé, notamment concernant l’alimentation, puisque le coût de revient journalier, fixe à environ quatre euros par résident pour trois repas et son goûter, j’ai joué à ça “insuffisant”, D’après un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de Celle des Finances (IGF), cité par France Info.

Plus d’économie appliquée aux rations alimentaires des résidents d’Ehpad et concernée par certains dirigeants de l’entreprise. Et c’est là que les révélations sont fracassantes : en effet, Radio France révèle que trois Français à la tête de Kauforg, étaient salariés d’Orpea France (base à Puteaux), suite qu’ils bénéficiaient en parallèle d’un contrat à tiers-temps chez Kauforg.

Dans le contrail de travail qu’ont pu procurer les journalistes que signent cette enquête, on découvre donc que pour ce tiers-temps, une rémunération correspondant à 143 000 euros par an l’année écouléeplus que plus, ils peuvent prime prime, fixée par l’employeur en fonction des performances du salaire.

Dans certains Ephad Orpea, le budget repas est d’à peine 4 € par jour. Nous avons identifié la centrale d’achats alimentaires du groupe. Basée en Suisse, ses pratiques interrogantes. https://t.co/s4g4YLt4bH pic.twitter.com/sIDpKRa8FC

— Enquête cellulaire par Radio France (@InvestigationRF) 19 mai 2022

“Jusqu’à 7 ans de budget nourriture”

Ainsi, l’un des salaires grimpait jusqu’à 400 000 euros dans un an… pour un tiers-temps. Un ancien directeur d’Orpea lui fait calculer : Cumulant les salaires annuels des trois cadres épinglés par l’enquête, « à l’arrivée à 211 000 journées repas. Pour un Ehpad de 80 pensionnaires, cela correspond à près de sept ans de budget de nourriture”.

Outre leur rémunération, l’enquête complète, à retrouver sur le site de France Info, s’attarde sur leurs missions concrètes dans le cadre de ce contrat, sur des performances étonnantes mais aussi sur les liens financiers qui pourraient être établis entre Kauforg et certains de ses fournisseurs.

Orpea répond

Interrogé dans le cadre de l’enquête de Radio Farnce, Philippe Charrier, le PDG du groupe Orpea a indiqué avoir compris “faire toute la lumière sur les accusations portées contra le groupe. C’est ce que nous faisons depuis quatre mois à travers des enquêtes et audits extrêmement poussés. Dans ce cadre, plusieurs canaux d’information nous ont permis de décélérer des faits potentiellement délictueux, qui mettent en cause des comportements individuels.”

Dans une communication publiée le 19 mai, le groupe indique qu’une plainte contre X a été déposée auprès du Parquet de Nanterre.

“Cette plainte est le fruit d’enquêtes qu’ont révélé un certain nom de fraudes dont la Société ou ses filiales ont pu être victimes. La Société n’identifie pas, en l’état, d’impact négatif matériel, suivi aux agissements ainsi Dénoncés, sur sa trésorerie ou ses actifs immobiliers. Elle mettrait en œuvre tous les moyens en sa possession pour recouvrer les sommes dont elle aurait été privée du fait ces agissements”, indique le communiqué.

Une enquête de Médiapart épingle une holding

Le 18 mai, Médiapart et le collectif de journalistes Investigate Europe épinglent une holding luxembourgeoise du nom de Lipany, créée en 2007, qui “a cumulé 92 millions d’euros d’actifs”, “principalement des parts dans de nombreux Ehpad et cliniques gérées par Orpea”, notation en France. L’enquête évoque des “opérations financières douteuses”. Ce même jour, l’action en bourse d’Orpea a chuté de 19%.

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