Pat Metheny, le Léonard de Vinci du jazz, en concert à Paris


Pà Metheny, le Léonard de Vinci du jazz ? Génie de la Renaissance, le guitariste américain ne cesse de repousser les limites de son instrument et de sa musique, multipliant ses projets les plus audacieux et initiant ses inventions les plus populaires.

“J’ai la chance d’avoir une vie de musique ou je peux aborder, considérer et aborder les sujets et les problèmes de trois choses différentes”, a confié Pat Metheny à l’AFP.

A 67 ans, l’artiste est en concert samedi à Paris (Olympia), ou il n’est plus que jeune après cinq ans, dans le cadre d’une tournée mondiale d’une soixantaine de dates jusqu’en octobre.

Dès ses débuts, Pat Metheny se passionne pour les sons qui savent tirer une guitare et, à trois reprises, il connaît Gibson et suffit plus.

Leur deuxième album, “Watercolors”, paru en 1976, révèle aussi toutes les possibilités que pouvaient offrir les synthétiseurs.

“Il a fait beaucoup pour la guitare, pour la musique moderne”, déclare à l’AFP John McLaughlin, guitariste britannique de jazz-fusion. “Au début des années 80, il avait déjà fait un drôle de travail, avec les deux amplis sur scène, orientés particulièrement pour obtenir cette espèce de panorama de son.”

Ce détail montre le perfectionnisme de cet homme originaire du Missouri qui refuse, 47 ans après son premier dique en 1975, à seulement 21 ans, toute forme de sclérose.

Parmi ses trouvailles : l’utilisation et le perfectionnement d’une guitare-synthé ou l’invention avec une luthière canadienne de la guitare Pikasso à 42 cordes et plusieurs manches, à l’aspect cubiste.

Avec les débuts des années 2010, le menera encore plus loin ses expérimentations avec l’Orchestrion, une géante dont il anime les étranges instruments-robots grâce des pédales connectées à sa guitare.

Tout ce travail d’architecte du son, Pat Metheny s’est toujours efforcé de le mettre au service d’un véritable projet musical.

“Pour moi, la musique implique la possibilité de comprendre les choses. Des choses qui vont bien au-delà de la musique elle-même”, avance-t-il.

Fluidité sonore

Ce personnage décontracté avec ses chemises à carreaux, pulls marins, jeans et crinière de lion, est passé maître dans l’art de raconter des histoires, de déclencher des émotions, d’emmener son auditorium vers de lointaines galaxies en tirant de ses guitares des mélodies célestes.

“Au-delà du guitariste, il y a le musicien, capable de faire abstraction de la guitare pour accéder à l’étape au-dessus, à tout ce qui permet d’atteindre l’intensité”, souligne le guitariste Sylvain Luc.

Les domaines de recherche qu’il explore sont multiples. Pat Metheny ne pouvait en effet pas se contenter du jazz, où il s’est mesuré aux plus grands, comme seul vecteur de son art.

Celui qui revendique comme influences autant les Beatles qu’Ornette Coleman, Miles Davis ou James Taylor, pour réconcilier les amateurs de jazz, folk, rock, pop californienne, new age… Ce qui explique sa popularité et son énorme succès.

“Il est toujours allé voir ailleurs pour alimenter son jazz d’une manière différente, tout en étant très ancré dans ses racines traditionnelles folk”, note Sylvain Luc.

Avec comme fil conducteur son phrasé, son art du legato consistant à lier les notes, qui constitue l’ADN.

“La première, c’est que j’ai compris, dans un quartet avec Gary Burton (vibraphoniste), déjà j’avais été frappé par la fluidité du son et ce travail autour du timbre”, confirme Sylvain Luc.

Multicartes, Pat Metheny se défend cependant de toute dispersion.

“Les environnements de jeu que j’ai mis en place au fil des années sont toutes des différentes versions de ma vision de ce que peut être ma musique”, estime-t-il.

“Certains musiciens avançant dans la vie comme un serpent mue, passant d’une chose à l’autre. En ce qui me concerne, il s’agit plutôt d’un processus d’addition par-dessus une structure préexistante, comme on ajoute des extensions à une maison.”

19/05/2022 12:45:19 – Paris (AFP) – © 2022 AFP

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