Un ciment vert à base d’argile crue, le projet béton de la start-up Matterup

Chaque année, le secteur du bâtiment émet plus 123 millions de tonnes de CO2, selon le ministère de la transition écologique. Un chiffre qui lui plaît pour les activités les plus polluées, avec les transports par exemple. Pour fabriquer du ciment, qui intervient dans la composition du béton, il faut par exemple le chauffer à 1 400 °C pendant treize heures, un procédé très énergivore. Mathieu Neuville, l’un des fondateurs de la start-up landaise Matterup s’est intéressé à l’argile crue, disponible en abondance, pour mettre au point un produit alternatif.

Ancien chercheur ingénieur en R&D chez Laffarge puis Total, Mathieu Neuville a travaillé pendant quatre ans avec des associations, des artisans et des bureaux d’études. “En association avec de l’argile, un activateur et un précurseur, avec un mélange qui permet une réaction à froid, sans cuisson, et à l’aide des propriétés mécaniques recherchées”, explique-t-il, sans rien révéler des secrets de Fabrication de la formule, protégée par 35 brevets internationaux. La fondation à base d’argile extraite des voiries locales ou récupérée des terres de fouilles des chantiers, est ensuite et valorisée sans cuisson et constitue également une solution à base de carbone.

Un site pilote de production lancé en février 2022

Créée fin 2018 et rapidement soutenue par des partenaires de poids comme la Région, le Département ou le Ministère de la Transition Ecologique, elle réalisera une levée de fonds de plus d’un million d’euros en 2020. Dès 2021, elle lance sa première usine pilote , à Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes. L’entreprise, qui emploie 17 salariés, a démarré sa production de ciment et de béton à base d’argile en février 2022. , des méga blocs pour fabriquer des murs de soutènements pour talus, des digues etc., détaille Julie Neuville, associée et chargée de la communication et du marketing chez Materrup. On propose également des bancs pour mettre dans les espaces publics. »

L’objectif est de s’assurer que ces produits sont immédiatement utilisables, en augmentant une volonté de travailler avec les cimentiers et bétonniers pour aider ceux qui souhaitent faire une transition. Une place de marché a aussi été créée pour la vente en direct, auprès d’artisans mais aussi de particuliers. “On veut démocratiser les matériaux bas carbone et faciliter leur mise sur le marché”, explique Mathieu Neuville.

De nouvelles usines en préparation

Les performances mécaniques et énergétiques du béton à base d’argile sont les mêmes que celles du béton conventionnel et sont instantanément plébiscitées « équivalentes à un béton premium teint dans la masse », pointe Julie Neuville. La massification de la production engendrera mécaniquement une baisse des coûts qui sera en partie affectée par le prix final. « Il y avait un vrai besoin d’apporter une solution certifiée [par le centre scientifique et technique du bâtiment CSTB] et économique, estime Mathieu Neuville. Et les maîtres d’ouvrage et les architectes construiront autrement. »

Le plan de développement de Materrup, qui compte nombre de recrutements dans les villes, est de mettre en place des petites centrales pour les grosses métropoles afin de les alimenter en béton “vert”, notation pour limiter les émissions de charbon des lignes dans les transports. Des projets sont envisagés dans les régions parisiennes, toulousaines et bordelaises, certains ne pourraient pas sortir de terre dès 2023. Cerise sur le gâteau : les bétons concoctés avec l’argile locale prendront des teintes différentes selon la nature des sols, plutôt roses à Toulouse et jaunes à Bordeaux. Voilà qui devrait apporter un peu de couleur, à côté du gris uniforme du béton traditionnel.

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