Stéphane Richard, un départ d’Orange sous tension

Le jeudi 19 mai 2022, Stéphane Richard a officiellement quitté Orange après plus d’une décennie à la tête du groupe français. L’assemblée générale que doit entrer dans la nouvelle direction devrait être animée par plusieurs dossiers explosifs.

L’ère de Stéphane Richard est officiellement terminée aujourd’hui chez Orange. Après avoir délaissé la direction générale du groupe, reprise par Christel Heydemann le 4 avril dernier, l’homme fort de l’opérateur français pendant plus d’une décennie doit quitter son costume de président au profit de Jacques Aschenbroich, à l’occasion de l’assemblée générale du groupe. Or ce départ est loin de se faire dans un climat apaisé…

Tout d’abord, certains actionnaires comme Amundi n’ont pas apprécié que le Conseil d’administration d’Orange décide de proposer une rémunération exceptionnelle de 475 000 € brut, soit près de quatre mois du salaire annuel de Stéphane Richard (1,8 million d’euros en 2021). Et pour cause, ils ont fait valoir que ce premier de départ n’était pas prévu dans le contrat du patron de l’opérateur.

De plus, Stéphane Richard ayant été condamné dans le cadre de l’affaire Tapie, il n’était pas envisageable à leurs yeux qu’il perçoive une telle gratification, pourtant accueillie favorablement par les salariés d’Orange qui ont globalement apprécié l’action par Stéphane Richard durant ses 12 années passées comme PDG du groupe. L’État, qui l’a pourtant poussé vers la sortie après sa condamnation, était également favorable à cette prime.

Stéphane Richard a démissionné avec un salaire exceptionnel de 475 000 €

Face à la levée de boucliers d’investisseurs institutionnels, ce dernier, qui est l’un des patrons les plus “mauvais paysans” du CAC 40, a décidé d’arrêter les devants en renonçant à cette indemnité exceptionnelle de départ moins de 48 h avant l’ assemblée générale, sans manquer de “Remercier le conseil d’administration de cette intention”.

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Pré-candidat à sa propre succession, plus uniquement à la présidence, Stéphane Richard a finalement démissionné après avoir été condamné le 24 novembre 2021 à un an de prison avec sursis et 50 000 € pour complicité de soustraction de biens publics à son égard cadre de l’affaire Tapie . Dès l’annonce de la condamnation, le conseil d’administration d’Orange a accepté d’accepter sa démission.

Après plus d’une décennie à la tête de l’opérateur, Stéphane Richard s’apprête à laisser derrière lui un groupe que n’a jamais vraiment décollé en Bourse, avec des succès comme la qualité des services mobiles, les bonnes performances réalisées en Afrique et la création de l’Orange Cyberdéfense, plus aussi des ratés, à l’image de la Djingo connectée débranchée en 2021, et de l’Orange Bank qui est la plus rentable. Malheureusement, il va se reconvertir dans la finance en rejoignant la banque d’affaires américaine Perella Weinberg Partners, selon La lettre a. Dans celle-ci, il devrait s’occuper des fusions-acquisitions dans les télécoms.

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Christel Heydemann mieux payée que Stéphane Richard

En défaisant un dossier potentiellement explosif, Stéphane Richard a ouvert la porte à la validation de la rémunération de la nouvelle directive générale d’Orange, Christel Heydemann, à la quelle étaient opposés les salariés du groupe. Celle-ci était en effet intégrée à la résolution portant sur la rémunération du patron sortant.

Si le salaire fixe de Christel Heydemann (900 000 €) est inférieur à 50 000 € pour son prédécesseur, il s’agit d’un salaire variable plus elle a l’autorisation de mon bénéficiaire que Stéphane Richard, avec une enveloppe globale pouvant atteindre 2, 25 millions d’euros pour un. Mieux encore, elle touchera une retraite-chapeau dont n’aura pas bénéficié l’ancien PDG.

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Initialement opposés au bagage de rémunération, les salariés d’Orange, qui n’ont pas obtenu une augmentation de 3% de leur salaire à l’issue des dernières négociations annuelles obligatoires (NAO), devraient finalement se prononcer en faveur de cette résolution. Cependant, cette dernière ne manque pas de faire grincer quelques dents en interne.

Jacques Aschenbroich et l’âge de la discorde

La question des rémunérations rémunérées, il reste encore un dossier brûlant à négocier : l’âge du prochain président d’Orange. Lorsque la souffléra sa 68e bougie le 3 juin prochain, Jacques Aschenbroich est en réalité confronté à la limite d’âge de 70 ans fixée par l’opérateur. Une modification des statuts du groupe est nécessaire pour le port de la présidence et permet également l’honneur d’un mandat de quatre ans. Et ce alors qu’un accord intergénérationnel, conclu fin décembre, prévoyait un dispositif pour une avance de départ des salaires que le souhaitait dès 58 ans.

Les salariés d’Orange, qui disposent de 10 % des droits de vote de l’entreprise (contre 23 % pour l’État, premier actionnaire du groupe), plaidaient plutôt pour un président plus jeune, avantage susceptible d’enchaîner deux mandats à la tête d’Orange. De plus, le cumul des mandats de Jacques Aschenbroich ne plaît pas en interne. La relève du président non exécutif de Valeo aura lieu le 31 décembre 2022 au plus tard et toujours au conseil d’administration de BNP Paribas, concurrent direct d’Orange Bank.

Après une réunion organisée avec Christel Heydemann dans la matinée et un vote organisé dans la foulée, les salariés devaient finalement soutenir cette mesure. Sauf coup de théâtre de dernière minute, Jacques Aschenbroich devrait donc être adoubé comme nouveau président d’Orange lors de l’assemblée générale pour former le binôme de tête du groupe avec Christel Heydemann.

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