de la britpop au chaos mondial

ART – VENTE MAI 20 A 23 H 25 – DOCUMENTAIRE

Damon Albarn est sans réponse à la personnalité la plus riche à avoir émergé de la britpop, une scène que domine le milieu des années 1990 en flattant paradoxalement cet anglocentrisme et cette nostalgie de la grandeur britannique qui a dû triompher en 2016 avec le référendum du Brexit.

Ce beau gosse était alors le chanteur du groupe londonien Blur, engagé dans une lutte sans merci contre les rivaux mancuniens d’Oasis, les frères Liam et Noel Gallagher, pour la première place du podium insulaire. « Nord ouvrier contre classe moyenne du Sud »comme le rappelle le documentaire d’Adrien Pavillard, programmé sur Arte.

Orchestre au profit des médias et de l’industrie du disque sur le modèle de la (supposée) rivalité entre les Beatles et les Rolling Stones, un événement “britpop battle” rapporté par K.-O. en 1995 pour Oasis. Ce fut sans doute le meilleur service rendu au vaincu.

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Elle aura en effet permis à Damon Albarn de prendre ses distances avec le star-système et de s’émanciper en multipliant les projets : celui de Gorillaz, cette entité virtuelle entraînée avec le graphiste Jamie Hewlett, des personnages animés nés dans réaction à la chaîne musicale MTV, ou le supergroupe The Good, the Bad & the Queen réunis avec Fela Kuti, le batteur Tony Allen, le bassiste Paul Simonon (The Clash) et le guitariste Simon Tong (The Verve). En moins d’une heure, le document saisit cette spectaculaire métamorphose d’un sujet Je suis anglais en infatigable baroudeur tombant amoureux du Mali, un pays, affirme-t-il « Culturellement plus riche que nous et aussi spirituellement, à bien des anticipés ».

propos cyniques et lucides

Les images de Blur au temps de sa splendeur démontrent pourtant qu’Albarn ne satisfaisait pas de ce succès sur fond d’Union Jack. On l’entend ainsi avoir des propos cyniques et lucides lorsqu’il commente l’échec de son groupe en Amérique (« On vous et envoie pour s’enrichir ») ou le culte voué là-bas à Kurt Cobain (« un visage angélique dans les centres commerciaux »), la britpop ayant été conçue comme la réponse britannique à la vague grunge venue du nord-ouest des États-Unis.

L’évolution de la musique est bien replacée dans ses contextes, depuis l’euphorie de Cool Britannia, pendant les années Blair, aux défis angoissants du troisième millénaire, le terrorisme après le 11 septembre 2001, la crise climatique ou la pandémie de Covid-19. Dont porte trace le deuxième album solo de Damon Albarn, Plus près de la fontaine, plus pur coule le ruisseaupublié en 2021, à la beauté contemplative.

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Ce choix du Présenter en artiste de son temps se fait cependant au détriment de ses influences musicales – seouls Les Spéciaux sont brièvement mentionnés pour l’intérêt de « l’intégration et l’ouverture d’esprit ». Alors qu’Albarn s’inscrit dans une lignée que passe par les Beatles, XTC, Madness ou The Human League. Sans oublier Ray Davies, l’âme des Kinks, sont des modèles évidents pour la chronique tour à tour acerbe, tendre ou désabusée des classes sociales britanniques.

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Rien n’est dit surtout de ses origines familiales que peut pourtant expliquer sa soif de curiosité : Damon Albarn est en effet l’héritier d’une famille de créateurs (le design mathématique du côté de son père, les décors de théâtre pour sa mère ), ce qui, d’un coup, rend son parcours beaucoup moins surprenant.

Damon Albarn, une histoire anglaise, documentaire d’Adrien Pavillard (France, 2021, 51 minutes). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 18 juillet.

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