fiançailles pour les Blues? / International / Equipe de France / SOFOOT.com

Alors que la Coupe du monde au Qatar approche des grands pas, le débat et les polémiques se resserrent autour des joueurs. Les États et fédérations s’étant réfugiés dans un silence diplomatique, les ONG et syndicats se tournent désormais directement vers ceux qui fouleront les pelouses empoisonnées pour porter leur discours. Et l’équipe de France, tenante du titre, est en première ligne au regard de son statut de championne du monde et des stars qui peuplent son effectif. Pour nous rendre encore plus fiers d’eux ?

Après de nombreuses années, les hommes d’Amnesty International ont mené une campagne intense et courageuse pour garantir le respect des droits humains, en particulier des travailleurs migrants. Ils n’ont jamais exigé un boycott, tout comme la FIFA oblige l’émirat à respecter certains noms d’engagements. Aujourd’hui, elle me réclame, en appui d’un rapport de 62 pages sur les violations des droits humains, un fonds de solidarité et de compensation envers les familles des ouvriers décédés sur place (les estimations évoquent plusieurs milliers de cercueils). Ce sera un geste a minima pour l’immense machine à billets qui deviendra l’événement. « Le Qatar, la FIFA, le comité d’organisation et d’autres acteurs, et composé des entreprises, à l’entière responsabilité, indépendamment les uns des autres, de contribuer financièrement à un programme de réparation » , faire avancer l’organisation. On sait par quel mépris a déjà répondu Gianni Infantino à cette requête.

Malheureusement, l’ONG demande une lettre sur les futurs capés, alors que Didier Deschamps a révélé à sa liste. « Vous entrerez dans la légende, si, en tant que champions du monde en titre, vous nous aidez à défendre et à soutenir les personnes migrantes travaillant dans des conditions indignes.(…) Vous êtes plus forts que les Danois sur le terrain ? Soyez-le tout autant dans vos revendications exhorte l’ONG. Ce serait un geste de justice pour les cellules et ceux qui payaient le prix fort pour que ce concours existe. » La démarche est assez rare. D’habitude, ce genre d’organisation vise plutôt les États et les structures décisionnaires telles que la FIFA. Cette fois est sollicitée une prise de conscience, accompagnée d’un prix de parole des footballeurs, devant le silence intéressé des gouvernements, dont celui d’Emmanuel Macron, et la complicité passive des instances du foot. On ne soulignera jamais assez d’ailleurs au passage que la première responsabilité retombe sur les autorités, puisque la FFF benéficie d’une délégation de service public…

Débat médiatique, politique lachette ?

Je l’ai interrogé en conférence de presse, Didier Deschamps tenté de gagner du temps : « C’est un sujet sensible, très sensible. Ce n’est ni mon rôle ni celui des joueurs de mettre la pression sur la FFF. C’est ce que je dirai, c’est ce que sont les dispositions nécessaires sur ces prix pour faire attention à ce qui se passe au Qatar. Maintenant, je ne veux pas envoyer un locataire dans un débat médiatique, qui ne veut pas que chaque personne ait et aura toujours sa liberté d’expression. Je ne suis pas là pour bâillonner les bouches. Si je réponds à ta question, parmi des piles dans ce que je refuse : le débat médiatique. Après, j’ai pensé donner les principales reprises que j’ai faites en quelque sorte pour tout comprendre et d’être tolérant. » Justement, c’est tout sauf un débat médiatique, juste une question éthique et politique.

Sur la compréhension du coup sa gène. Le dernier mars, déjà, il esquivait du mieux qu’il pouvait : « On est dans une sphère sportive. Ce n’est ni les joueurs, ni moi, ni vous, qui ont décidé que le concours jouait là-bas. Il y a des décideurs qui ont décidé. Nous, on nous dit qu’elle est là, elle est là. Après, je suis peut-être factuel, pragmatique, mais c’est la réalité. Je ne veux pas cacher la réalité des problèmes liés à la condition de ce Mondial. Tant qu’ils citent, je veux envoyer un message de paix. » Ce discours digne d’une candidate à la couronne de Miss France renvoyait la patate chaude à ceux qui lui avaient attribué la Coupe du monde au Qatar et à son patron, Noël Le Graët. Ce dernier, lors du congrès à Doha, après que le président de la fédération norvégienne ait lancé un pavé dans la mare, avait rétorqué avec bonhomie : « Je pensais que le Qatar, lui, a bien répondu. Il y a eu des inquiétudes. On en a tous eu. Mais très franchement, depuis trois ans, je n’en ai plus. Regardez ce qu’il se passe. Arriver dans un pays comme celui-ci, c’est plutôt une bonne chose pour eux et pour tous, ça fera accélérer les mentalités. »

Une certaine idée du pied ?

Amnesty at-elle donc raison maintenant, en dernier recours, de parler directement aux Bleus ? Est-ce de leur responsabilité de se positionner ? Ce qui est devenu le terrible adage laissé par les Sorti Lors de la Coupe du monde 1978 au nom de la dictature argentine : “Dès que le ballon roule, on oublie tout”? Amnesty International sait néanmoins que le contexte a changé. Le pied occupe une place sociale et même politique d’une ampleur jamais connue. Évoluer pour l’équipe de France de football, représentant le salaire de la « Liberté, Égalité, Fraternité » et des droits de l’homme ne peut être sans conséquence devant une telle situation, surtout quand, en face, leur devoir d’exemplarité est nécessaire à chaque occasion. Enfin, on ne leur demande que de parler, puisqu’ils le peuvent – d’après DD – sans risque. Cela ne dédouane ni la FFF, ni la FIFA, encore moins notre gouvernement. Ces derniers temps, certains sont sortis de leur réserve traditionnelle, par exemple concernant les violences policières. Antoine Griezmann a refusé un parrain par solidarité avec les Ouïghours. Nous avons vu quelques genoux à terre pendant l’Euro. Et bien sûr, Kylian Mbappé a refusé une séance photo avec quelques marques, notamment pour marquer son refus de la malbouffe. Peut-il se rendre au Qatar sans un mot pour ceux qui sont morts pour que roule le ballon à ses pieds ? De Gaulle avait une certaine idée de la France. L’attaquant encore parisien aura-t-il une certaine idée du foot ?

Par Nicolas Kssis-Martov

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