on a vu Trois mille ans à t’attendre, le voyage métaphysique dingue de George Miller

Après une année 2021 exceptionnelle en juillet, Cannes retrouve le mois de mai pour son édition 2022 et sa sélection riche d’une centaine de films plus ou moins attendus. Après son ouverture zombiesque avec Coupé !, le festival bat donc son plein et dévoile un peu plus ses joyaux (ou non) chaque jour. L’heure pour nous de vous livrer notre avis à chaud sur Trois mille ans à t’attendrele nouveau film de George Miller, sept ans après Mad Max : Fury Road.

De quoi ça parle ? Alithea est narratrice et étudie les différentes histoires culturelles à travers le monde entier. Lors d’un voyage à Istanbul, elle achète un flacon dans un bazar et découvre qu’il contient un Djinn (un Génie). Ce dernier lui propose alors d’exaucer trois voeux, mais Alithea compte bien en savoir plus sur le Djinn avant de se risquer à les formuler.

C’était un commentaire ? Trois mille ans à t’attendre Il fait incontestablement partie des films qui semblent être des mineurs au premier visionnage, avec seulement ses deux personnages principaux, Alithea et le Djinn – formidablement incarnes por Tilda Swinton et Idris Elba -, et leur discussion dans une simple chambre d’hôtel. Pourtant, dès les premières secondes, la voix-off d’Alithea et ce plan sur un avion en plein vol, George Miller envoie un message clair : un grand voyage auquel nous assistons.

auto Trois mille ans à t’attendre C’est précisément sur trois millénaires, un temps immense en rapport avec la vie du Djinn, et les histoires qu’il va nous raconter tout au long de son échange avec Alithea. Ainsi, après avoir présenté quelque peu son héroïne Alithea et la manière dont elle voit le monde (les mythes d’antan sont expliqués par les sciences d’aujourd’hui, quand leurs monstres sont vus comme des métaphores), Le long-métrage plonge littéralement dans les récits et souvenirs du Djinn.

Un duo merveilleux

George Miller a transformé alors cette petite introduction en une sorte de conte des Mille et une nuits, où le Djinn d’Idris Elba nous transporte au temps de la Reine de Saba, du Roi Salomon, des guerres Turco-Persanes ou de l’ingéniosité du 19e siècle. En passant par toutes ses époques, George Miller s’offre un terrain de jeu fourmillant, célèbre le pouvoir de la narration, de la fiction et de l’imagination. Sur le papier, l’idée a quelque chose choisi d’assez niais ou innocent, mais George Miller parvient sans aucune à sublimer ces récits grâce à une audace formelle absolument hypnotisante.

Le cinéaste australien a en effet une capacité saisissante à jongler entre, d’un côté, des séquences d’une ampleur impressionnante (those flashbacks guerriers proches de 300, des idées purement mythologiques et monstrueuses, des teintes féériques…) permettant de rendre plus vivant que jamais les souvenirs et aventures du Djinn et, de l’autre, un huis clos beaucoup plus intime et intérieur. Une variation des genres, des styles, des époques, dont naissent le charme et la beauté du métrage (l’ocre splendide des ottoman flashbacks)émaillé de quelques transitions d’une élégance (et fluidité) surprenante.

Trois mille ans à t'attendre : photoUn travail sublime sur les couleurs

Trois mille ans à t’attendre déployer alors toute la puissance des histoires, séoul ​​vecteur capable de relier à la fois passé, présent et futur, tout en confrontant les fantasmes à la réalité (et inversement) pour mieux s’affranchir des barrières. Les histoires sont peut-être les seules que se retiennent à tout jamais dans les coeurs et les esprits, et s’établissent à transcender les âmes et destinées.

Ainsi les contes magiques du Djinn se transforment en véritable voyage métaphysique et deviennent peu à peu le terreau de réflexions fascinantes sur l’existence humaineles mystères de certaines émotions, notamment de l’amour (un élément primordial dans le récit), et la beauté de la mortalité et donc de la condition humaine en quelque sorte.

Accepter sa propre mortalité n’est-il pas le meilleur moyen de trouver les clés du bonheur ? Pour un Djinn, vous confrontez-vous aux désirs humains n’est-il pas la seule solution pour éviter les erreurs du passé et mieux profiter de sa vie éternelle ? Et enfin, en s’acharnant à négliger ce qui l’entoure, l’Homme n’est-il pas en train de détruire sa propre félicité alors que tout se trouve sous ses yeux ?

Trois mille ans à t'attendre : photomonstres

Dans la suite de Mad Max: Fury Road, George Miller continue d’ailleurs de se questionner sur l’environnement (tout autant que de la place des femmes au sein de la société grace à des personnages féminins savamment écrits), et ce même si Trois mille ans à t’attendre est son opposé absolu en termes de rythme et d’action.

Preuve une nouvelle fois de la force du cinéaste, capable de toucher à une nouvelle forme de cinéma tout en continuant à construire sa propre histoire en conteur de génie. Par conséquent, une grande balade poétique, humaniste et apaisante (surtout dans son troisième acte) sur le temps qui passe et un très beau film qui reste en mémoire, de ceux qu’on aurait voulu ne jamais voir se terminer.

Et ça sort quand? Le 24 août en France, et vous rêvez déjà d’y être sans le savoir.

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