Roland-Garros – Le tennis français en crise : “Le trou générationnel est pire que dans les années 1970”

Rien ne sert de broyer du noir avant même le début des hostilités. Mais il vaut mieux se préparer au pire et espérer le meilleur. Voilà l’état d’esprit le plus adéquat pour appréhender justement la situation du tennis tricolore. Un constat vaut mieux que mille développements : pour la première fois au XXIe siècle (et même depuis 1999), Roland-Garros ne compte pas de Français (ni chez les dames ni chez les messieurs) parmi ses têtes de série dans les tableaux de simple . Après le néant dès le 3e tour de l’édition 2021, l’heure n’est donc pas à l’optimisme béat.

En ce début de semaine, le ciel est encore un peu plus assombri avec le forfait Gaël Monfils. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait Lamartine. Lors du dernier Open d’Australie, ils étaient même deux en quarts de finale avec Alizé Cornet. More le Parisien comme la Niçoise, représentants d’une génération en fin de carrière, étaient des arbres que cachaient la forêt de résultats très préoccupants. Rappelons ainsi qu’aucun Bleu (ou Bleue) n’avait atteint la seconde semaine en Grand Chelem l’an dernier.

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Au sud du circuit ATP, un séoul ​​à ses tirer sont l’épingle du jeu dans ce printemps sur terre notamment à Genève (demi-finale) : Richard Gasquet et ses 35 ans (bientôt 36). “Que Gasquet connaît une beauté à 35 ans ponctuellement s’il n’a pas de problèmes physiques, c’est plutôt logique : il a quand j’ai été dans les 10 meilleurs mondiaux, dans les demies de Wimbledon et de l’US Open. Le problème, c’est qu’il faudrait qu’il y en ait qui le poussent dehors“, pointe d’ailleurs avec lucidité notre consultant Jean-Paul Loth.

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Un déficit comparable au réaménagement du début de l’ère Open

Pour la première fois depuis 1971, il n’y avait pas de représentants tricolores dans le tableau du Masters 1000 de Rome. Pour trace d’un tel état de crise dans le tennis français, il faut donc remonter à ces fameuses années 1970, surtout dans leur seconde moitié. A l’époque, l’arbre qui a pris la forêt s’appelait François Jauffret. Demi-finaliste à Roland en 1974, il fut aussi le premier à remonter en 8es de finale en 1975 et 1976. Après 1977, l’aventure fut arrêtée un tour plus tout pour Patrice Dominguez et un certain Yannick Noah, déjà.

Confrontée aux débuts de l’ère Open – c’est-à-dire à l’autorisation donnée aux professionnels de participer aux plus grands tournois jusqu’alors réservés aux amateurs en 1968 -, la Fédération française de tennis (FFT) avait alors totalement J’ai refondé sa politique sportive. Directeur technique national à partir de 1977, Jean-Paul Loth a été l’un des grands artisans avec le président de la FFT à l’époque, Philippe Chatrier.

On s’est mis en tête de redonner tout son prestige à Roland-Garros, d’en référer à un vrai tournoi du Grand Chelem, et de partir à la conquête de la Coupe Davis et de victoires dans les Majeurs. Au début, on n’avait pratiquement pas de moyens. Et à partir de 1977-1978, la Fédération a pris sa part dans la formation des joueurs. En tant que DTN, j’ai créé tennis-études, j’ai inauguré des bourses d’entraînement pour que des jeux puissent être entraînés à demeure. On a aussi créé des bourses de compétitions, où les efforts des clubs et des ligues étaient achevés par la Fédération“, temoigne-t-il.

Yannick Noah avec Patrice Beust et Pascal Portes pour une tournée à Miami en décembre 1977

Crédit : Getty Images

Un renouvellement régulier des talents jusque dans les années 2000

Il a fallu du temps avant qu’il n’y ait un frémissement. Des joueurs également comme l’actuel Président de la FFT Gilles Moretton (8e à Roland en 1979), Dominique Bedel (3e tour en 1979) ou encore Pascal Portes (3e tour en 1980) ont eu du mal à prendre le relais des Pierre Darmon , Pierre Barthès, Patrick Proisy et François Jauffret. Puis, le grand champion tant attendu est arrivé dans la personne de Yannick Noah.

Yannick finit par gagner Roland en 1983, et j’amène l’équipe de France en finale de la Coupe Davis contre les Etats-Unis à Grenoble. Et puis arrivent Guy Forget et Henri Leconte. Sur la forme des joueurs avec notre système jusque dans les années 2000-2005. Il y avait toujours une dizaine, une douzaine de joueurs dans les 100, et avec des leaders à un moment dans le Top 10 : Cédric Pioline, Sébastien Grosjean, Arnaud Clément puis les Gasquet, Monfils, Tsonga et Simon“, a rappelé Loth.

A ce jour, le tennis français masculin produit toujours une certaine densité. Cette semaine, neuf Bleus apparaissent dans le Top 100, Quentin Halys étant le tout dernier entré dans cette élite grâce à ses bons résultats récents en Challengers. More quand on s’intéresse de plus près au classement, un constat s’impose : ils ne sont plus que deux dans les 50 premiers (Monfils 22e et Ugo Humbert 45e) et il n’y en a plus dans le Top 20.

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Une question de génération aussi de valeurs ?

La France ne fait certes pas figure d’exception : bien des pays ont connu des traversées du désert. Avant son renouveau récent dans les années 2010 avec les Fabio Fognini, Matteo Berrettini, Jannik Sinner ou encore Lorenzo Musetti, l’Italie avait mangé son pain noir depuis le sacre d’Adriano Panatta à Roland (1976). Si vous pouvez désormais compter Alexander Zverev, il ne faisait pas non plus le fier après les retraites de Boris Becker et Michael Stich.

Ainsi va le caprice des vagues générationnelles. Mais Jean-Paul Loth pointe tout de même une responsabilité de la Fédération dans les années 2010.”C’est la faillite d’un système. À un moment, on a peu trop donné aux futurs joueurs potentiels pour qu’ils fassent complètement les efforts pour réussir au plus haut niveau. Ensuite, on a supprimé les tennis-études considérant que tout devait se passer via le club et les parents. Plus ni les clubs, ni les parents n’ont les moyens de suivre un joueur pendant les 7 ou 8 ans de sa formation.”

Dans certains cas, l’équilibre est difficile à trouver entre la volonté des jeunes et le fort puissant dans les meilleures conditions et le danger d’un confort tropical incompatible avec les rigueurs du haut niveau. “Le trou est pire que dans les années 1970. Ce qui est réconfortant, c’est qu’on est désormais à la tête de la maison un ancien joueur qui sait de quoi il parle. Plus quand on perd en partie l’état d’esprit et de discipline, ce qui veut dire qu’on est totalement dévoué à un sport dans le respect des gens, des choses et des principes sportifs, il faut s’accrocher pour le récupérer“, avertit encore Loth.

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S’inspirer de Gaston : on a trou oui, mais il faut se bagarrer pour en sortir

A court terme, il faudra faire avec les moyens du bord. Une chose est certaine, ce Roland-Garros ne se déroulera pas dans l’indifférence côté français. Car il s’agira aussi de rendre hommage à une génération prolifique sur le départ en début de tournoi. Respectivement opposés à Casper Ruud et Pablo Carreno Busta au 1er tour, Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon vont frapper leurs derniers coups de raquette sur l’ocre parisien. Emotion et frissons garantis.

Quant aux autres, que peuvent-ils viser ? Un 3e tour laisserait une belle performance. En cas de seconde semaine, on friserait l’exploit. “Que ce soit chez les messieurs ou chez les dames, réussir Roland, ce serait tout simplement de se battre comme des chiens sur tous les points, sur tous les sets et sur tous les matchsinsiste notre consultant. Si ça sourit, ce serait d’en gagner quelques-uns. Mais ce serait surtout de montrer qu’ils n’ont peur de rien. Il faut s’inspirer de ce que Gaston a fait contre Thiem il ya un an et demi. Il n’avait pas à priori passé le niveau pour rivaliser et il a fait un match de titan. On a un trou oui, mais il faut se bagarrer pour en sortir.”

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