« C’est la première fois que je vois ça »… les Bleus, fournisseurs officiels d’émotions du premier tour

A Roland-Garros,

On leur tape suffisamment dessus quand ils prennent la porte à la queue leu leu avant le mercredi pour ne pas leur passer la brosse à reluire quand ils le séduisent. Les fiers représentants masculins de la nation tricolore, bien timides ces dernières années, ont enchanté la première tournée à Roland, signant quelques perfs mémorables dans des ambiances de feria. On vous raconte cependant.

L’ambiance la plus délirante : Gillou sur la boîte de nuit du Simonne-Mathieu

Petite confidence sous forme de repentir. Quand on a vu l’heure du match (un bon 21 heures tapé) et le pedigree du mastard d’en face, l’Espagnol Carreno-Busta, on a murmuré en cuirasse : « Cruel pour Gilles de finir par une trempe à 11 heures du soir devant son chien et trois papys glacés ». Mais Simon, qui pointe un peu plus tôt sur le Central pour l’hommage à Tsonga, est rentré sur le court habité par une énergie nouvelle : «Ce que j’ai trouvé fantastique, c’est qu’on avait vraiment vu une dernière fois le Jo qu’on a tous aimé, j’ai admiré. Je me suis dit, peu important les dernières semaines, il était là une dernière fois, il a fait un énorme match, et j’avais envie de faire pareil. Qu’on voit Gilles Simon une dernière fois sur le terrain ». Les frissons rien que de le lire, et je vous dis pas de le voir.

L’ancien 6e mondial, que pliera les gaules à la fin de la saison, une promesse tenue sa intérieure, portée par une atmosphère impayable. C’était le virage d’Auteuil qui répondait à celui de Boulogne, avec un peu de Vélodrome au milieu.

  • Des « Aux Aaaaaaaaaaarmes, nous sommes les Gilles Simon, et nous allons gaaaaaaagner »
  • Des « La victoire de Gillou, on s’en va pas tant qu’on l’a pas »
  • Extrait de “Il est vraiment phénoménal”
  • Des « Il m’emmène au bout de la nuit, c’est Monsieur Gilles Simon »

Le tout beuglé par des types déguisés en mousquetaires qu’on soupçonne d’avoir mis autre chose que du sirop de menthe dans leurs gourdes. Mais il fallait bien ça pour voir Simon se benjamin-boutoniser sous nos yeux ébahis et passer de 2-4 6-4 dans le 5e le tout en agonisant entre chaque point : « Ah ben il reste que des génies à la fin, il reste que tu les vois C’était vraiment une ambiance incroyable. C’est ultra-important car quand Pablo me roule dessus, ils sont là, le moindre point que je gagne, ils se lèvent, ils gueulent, ils chantent. Ils n’ont jamais arrêté, du premier au dernier point. Lui a estimé que dès qu’il rate, il va se faire gueuler dessus et ce n’est pas agréable. C’est l’avantage qu’on a de jouer ici». Steve Johnson ensuite, en livraison pendant 4 heures.

Notre note au kiffomètre : Le 10/10, un moment d’extase sur lequel personne n’aurait parié, à la fraîche, a suscité un public de déglingos.

L’ambiance la plus habituelle : Gaston qui fait bouillir le Lenglen

Drôle de phénomène qu’Hugo Gaston. Le Toulousain ne gagne pas un match de l’année ou presque, mais quand il passe le périph intérieur, il se transforme en petit taurillon ibérique. Soutenu pour un clan omniprésent dans les tribunes, leur laisse déjà deux ans malgré les jauges, le 74e mondial un don rare de transcender le public autant qu’il se transcende lui-même à la maison. Lundi soir, sur le Lenglen, entre ses absences, ses fulgurances, et sa fin de match supersonique, il a fait vriller De Minaur dans un stade gagné par une folie orgiaque. « A 6-0, 3-0 contre moi dans le 5e, vous m’avez bien poussé, celle-là elle est pour nous, on est allés la chercher ensemble ».

L’Australien, top 20 prometteur, n’en revenait pas : « Je pensais qu’il y avait déjà une frontière entre soutenir le joueur local, ce qui est normal, et dire des choses pas force sympathiques à l’adversaire ou faire du “eye -contact” en permanence… Tellement mieux pour lui d’avoir pu s’appuyer là-dessus et d’avoir un instant qu’il ne va jamais oublier. »

On pardonnera au jeune homme de ne pas bien savoir à qui il se frotta. Gaston avait déjà fait sauter le caisson d’Alcaraz à Bercy, un soir où le phénomène espagnol était apparu bien riquiqui du haut de ses 18 ans, dans une atmosphère proche de l’insurrection qu’avait gentiment scandalisé nos collègues ibériques. Anthony, j’ai chopé à la volée lundi soir, et était déjà : « On l’a poussé, il nous a poussé, j’ai adoré. Hugo c’est un joueur qui fait lever le publica, il n’a pas un gros service alors il crée beaucoup de jeu, c’est pas platonique avec lui ». Valentin abonde : « C’est la première fois que je vois ça, c’était absolument dingue, parfois presque à la limite du fair-play. Gaston joue bien avecça. Au final, le crampait, mais l’express fait d’aller chercher le public pour gagner, un peu de temps, ça rappelait un peu la Coupe Davis. »

Dans l’euphorie du moment, il a même demandé au public d’entonner un «bon anniversaire» sonore pour sa petite amie que ne savait plus ou se mettre. « Il arrive à chaque fois à arriver le public avec lui, souffle Sébastien Grosjean, il faut dire qu’il donne beaucoup ». Prochain concert jeudi au même endroit, venez nombreux.

Notre note au kiffomètre : 8/10, dès qu’on commence à connaître la bête, chaque retour est à la fois bluffant et logique.

L’ambiance la plus émouvante : Tsonga qui fait pleurer le Chatrier

Il y a des gens qui pleurent plus facilement que d’autres. Une chanson, un film, le dernier match d’une légende tricolore, tout est bon pour faire croire que c’est la faute de ce foutu pollen. Comme nous, Pierre-Hugues Herbert fait partie du gang des pleurnichards. « J’ai complètement craqué quand j’ai vu ses entraîneurs débarquer, tous ces gens qui l’ont accompagné dans cette vie de fou… Ce mélange entre le déchirement de la fin de carrière et la libération, se dire “on a tout donné , sont gratuits.” C’était un bel hommage, hyperémouvant. Jo a réussi à une fois sa carrière et ses adieux. »

P2H est juste. Lors du Roland du confinement, on s’était interrogé sur la volonté de tous ces immenses joueurs de continuer à s’escrimer alors qu’ils n’étaient plus que la version miniature d’eux-mêmes. Plombé par une blessure impossible, Tsonga « promettait de tout faire » pour s’arrêter sur un souvenir à garder au chaud les soirs d’hiver. Le double demi-finaliste de Roland a même échoué à remonter le temps contre Casper Ruud, l’un des meilleurs spécialistes actuels de la surface.

L’épaule a lâché quand il s’apprêtait à nous faire chavirer dans un cinquième set de toutes les promesses, dans un Central qu’on juge parfois un peu tiède pour ces grandes occasions : trop de panamas, trop d’invitations, trop de gens au déjeuner pour le dernier match du meilleur Français de sa génération, qui avait toute sa vie regretté d’être rentré sur un court à moitié vide lors de sa demi-finale face à Ferrer en 2013. Mais mardi, tout était oublié.

« Je ne me suis pas senti comme ça depuis très longtemps. Je pensais que c’est grâce à tout ça en fait, c’est grâce à l’engouement, à tous ces gens qui me portent tous les jours, que ce sont les proches, les gens dans les gradins. C’était la folie ! C’est une des plus belles ambiances que j’ai vécue dans ma carrière, et elle arrive sur mon dernier match. Je ne pouvais pas demander mieux ».

Notre note au kiffomètre : 9/10, que c’est beau une idole qui s’en va au bon moment.

En prime, l’ambiance la plus improbable : Moutet qui gagne enfin un combat à la maison

Corentin Moutet souffre parfois de mauvaise réputation. Le garçon peut-être un vrai cabochard sur le court, parfois, et il n’est pas toujours riant avec les médias, mais il mérite de passer outre la première impression. Ils sont éclectisme musical, ils sont détachés par rapport au milieu, ils sont analysés sur le jeu sont des curiosités qu’il faut apprivoiser pour l’apprécier. Et puis avant l’apparition d’Hugo Gaston, il était notre péché mignon à Roland-Garros. On se souvient encore avec des papillons dans le ventre de l’ébullition du court 14, la bombenera des lieux, un après-midi de canicule en 2019. Le Français s’était envoyé pendant plus de quatre heures contre un Argentin tellement valeureux qu’ il avait fini par paumer.

Une première défaite rageante qui en annonçait d’autres. Six heures de jeu pour rien en 2020 contre un qualifié italien dans le crachin automnal, sans jamais cesser de se flageller. Puis encore quatre heures contre Djere l’an passé, avant une défaite à huis clos à cause du couvre-feu. Alors on s’est sincèrement réjouis pour Moutet quand on l’a vu épuiser le revenant Wawrinka, encore à court de sensations, pour la première belle émotion tricolore de la quinzaine, lundi.

Et puis le jeune homme s’est offert un beau cadeau : Nadal, en night session, ce soir, Nadal dont « il dormait avec le débardeur quand il était petit ». « Quand on est petit, on a besoin d’avoir des idoles, s’identifier à des gens, et donc moi, qui étais gaucher, c’était mon inspiration. J’ai imité son service, son coup droit, j’ai tout imité jusqu’au moment où j’ai décidé de faire ce qui marchait le mieux pour moi». La fameuse spécialisation marathon, ne vous attendez pas à voir un nouvel opus contre sa majesté Rafa.

Notre note au kiffomètre : 6/10, le Stan de 37 piges, c’est plus tout à fait pareil.

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