Roland-Garros 2022 – Les raquettes cassées de Paire, Fognini ou Kyrgios : comment les marques gèrent ces débordements ?

J’ai joué toute ma carrière avec Head, ils ne m’ont jamais donné le nom de raquettes que j’avais cassées. Dès mon plus jeune âge, j’ai cassé énormément de raquettes. J’étais avec Head depuis 1998 et ils ont été franchement tolérants avec moi. Je cassais plus ou moins 80 raquettes par an. Je m’entends bien tellement avec eux qu’à la fin de ma carrière ils m’ont offert un cadeau. Un snowboard. Dessus, ils avaient écrit 1055. Pour moi, c’était une surprise car je ne savais pas combien de raquettes j’avais cassé. Maintenant, je sais“. Et nous avec.

Si vous débattez concernant le plus grand de tous les temps peut s’entendre, celui sur le plus grand casseur de raquettes de l’histoire, beaucoup moins. Marat Safin est l’incontestable et incontesté roi dans ce domaine. Et si l’anecdote prête à sourire, pas sûr que cette bienveillance soit encore à l’ordre du jour chez Head.

Marat Safin a détruit une raquette Head en 2007

Crédit : Getty Images

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A Acapulco, c’est l’une des stars actuelles qui a donné un coup de pub dont serait bien passée l’entreprise autrichienne. En pétant complètement les plombs contre l’arbitre et en passant ses nerfs sur sa raquette, Sascha Zverev s’est procurant les foudres du circuit. “C’est juste nulavait estimé notre consultant Mats Wilander. Je trouve que casser une raquette sur un court est la pire attitude possible car la plupart des gamins ne pourraient pas s’acheter une autre raquette derrière“.

Justine Henin avait eu des mots encore plus forts, évoquant des “images inacceptables“sur notre plateau en se trouvant dans le même sac Zverev, Nick Kyrgios ou Jenson Brooksby.”Doit-on attendre que quelqu’un finisse par saigner?”, avait même surenchéri un John McEnroe, pourtant réputé pour ses excès à l’époque.

Pour Hénin, certains joueurs vont trop loin : “Il y a une escalade inacceptable”

Si l’ATP réagi dans les cas les plus extrêmes, parfois de manière assez légère notamment pour Zverev, l’instance n’est pas la seule à désoler de ces excès. Car pour les marques aussi, la gestion de ces débordements émotionnels est délicate. “Casser des raquettes, dans le fond, ce n’est pas acceptableavoue sans concession Jean-Christophe Verborg, directeur du concours chez Babolat. Derrière ces raquettes, il ya des hommes et des femmes qui travaillent, donc casser une raquette c’est manquer de respect à leur travail et à la marque“.

Casser des raquettes, c’est toujours un soucinous soufflons notre consultant Alex Corretja, un peu penaud au moment de revenir sur ses craquages ​​en carrière. Pour mes parents, la priorité c’est l’éducation, le respect des autres et de soi-même. Bien sûr, j’ai cassé des raquettes moi-même. Il y avait une période où j’étais plus anxieux, plus nerveux. Et vous finissez par prendre l’habitude… Vous savez que vous avez entre 10 et 12 raquettes avec vous donc si vous en cassez, il va fallair que votre équipementier vous en livre de nouvelles”. Y a-t-il une limite ?

Dans tous les contrats, on définit les quantités de raquettes annuellesa répondu Jean-Christophe Verborg. Sans même parler de cassages de raquettes, certains consomment plus ou moins. Par exemple, Rafa changera cinq à six fois pour un et on lui enverra à chaque fois des séries de 8 raquettes. Carlos Alcaraz, c’est un peu pareil. On est sur des quantités raisonnables. Dans les contrats, ce ne sont jamais des quantités illimitées.” Pour éviter de pousser au crime, sans doute.

Courriers et sanctions

Dans l’affaire, chacun sa méthode. En 2017, la marque japonaise Yonex, exaspérée par les débordements de Nick Kyrgios, avait institué une clause dans le contrat de ses joueurs, avec des amendes salées. Ajoutez-y les sanctions venues de l’ATP (les sanctions démarrent à 500 dollars pour ces faits) et l’addition peut vite grimper. Depuis, la jurisprudence Kyrgios a fait son chemin. “Il peut y avoir des sanctions, il peut y avoir des courriers envoyés, qui ne sont pas des menaces mais des explicationsconfirme Jean-Christophe Verborg. Mais on va toujours dialogue privilégié.”
La particularité de la marque lyonnaise se situe dans un grand écart entre ses joueurs : d’un côté Rafael Nadal, l’homme que n’a jamais cassé de raquette en carrière, très respectueux du matériel mis au point par Babolat. De l’autre, Benoît Paire et Fabio Fognini, spécialistes du genre et récidivistes pendant de très nombreuses années.

Ce qui est gênant, c’est la récurrencel’estime directeur du concours de la marque. Chez Babolat, on a deux joueurs qui sont un peu compliqués à gérer. Ils le sont beaucoup moins car on a essayé de leur expliquer tout ce que révèle le fait de casser une raquette pour nous. C’est pas bien pour les gens qui bossent derrière, c’est pas bien mais c’est bien pour les fans de Babolat. On a reçu des messages concernant tout ça : ‘Pourquoi aimes-tu qui se comporte mal ?’ C’est gênant. Donc à ma place des comités d’éthique chez Babolat pour les joueurs qui ont connu des récurrences pour savoir quoi faire.”

Paire en stage de terrain en usine

Du coup, je suis venu à un petit passage pour l’entreprise, dans l’usine de Lyon, renoncer au compte du travail réclamé pour la confection de ses outils. “On lui a fait passer une commande, préparer des cartons, mettre ses raquettes dedansrembobine Jean-Christophe Verborg. Et aujourd’hui, on privilégie cette méthode-là même s’il y aura toujours une ligne jaune à ne pas dépasser.”

Benoît et Fabio, pour les connaître depuis de longues années, sont adorablescontinue-t-il au moment d’expliquer cette méthode humaine. Ça m’est arrivé de dire à Benoît : ‘Je ne te comprends pas’. C’est quelqu’un de sensible, de sanguin, d’entier, quelqu’un pour qui on a beaucoup d’affection. Quand il est venu à Lyon, il a été apprécié, il a été consacré du temps, il a été excusé, il a répété qu’il était au courant de tout.”

Tellement au courant que les français ont accepté une campagne décalée pour le 1er avril. On and voit les deux turbulents de chez Babolat avec une raquette de mousse polyester, “incassable” selon la légende. “Ce n’est évidemment pas anodin de choisir ces deux joueurs. C’est rigolo parce que, pendant le tournage, ça les a fait marrer, mais il y avait beaucoup de monde et quand la personne leur a présenté l’idée, je ne vais pas pas dire qu’ils étaient mal à l’aise mais ils se sont marrés tout en se disant : ‘Ouais, on est conscient que c’est un souci…'”, l’attaquant Jean-Christophe Verborg.

Il l’assure, depuis ce dialogue et ce spot, les deux joueurs sont bien plus sages avec leur matériel. Les images des dérapages des deux hommes se font en effet plus rares depuis quelques mois. Réussiront-ils à faire effet boule de neige sur le reste du circuit ? Pas sûr. D’autant que si certains ont eu la bonne idée de transformer ces raquettes cassées en objets de collection pour des œuvres caritatives, d’autres et ont vu un florissant comme un autre.

En 2019, la raquette détruite par Serena Williams lors de la finale de l’US Open 2018 contre Naomi Osaka avait été vendue plus de 20 000 dollars dans une vente au New Jersey. Elle avait d’abord été offerte par la star américaine à un ramasseur de balle du match, qui s’en était débarrassé pour 500 dollars. Après le mauvais comportement, le mauvais calcul…
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