Les syndics de copropriété bousculés par d’insolent start-up

J’ai publié la vente le 27 mai 2022 à 08:42

Pubs au vitriol, bataille judiciaire… L’irruption d’une start-up qui comprend chambouler la gestion des syndics de copropriété sur la défense des professionnels établis de l’immobilier.

Ce sont les appelants Bellman, Homeland, Syndic One, Hello Syndic… De jeunes entreprises, qui sont présentés comme des « néo-syndics », sur le modèle des « néo-banques », proposent des solutions informatisées pour faciliter la gestion des syndics.

Le syndic de copropriété gère les parties et charges communes d’un immeuble. Il peut être coopératif, c’est-à-dire piloté bienveillant par des copropriétaires, ou professionnel, lorsqu’il est confié à une société avec des finances.

Une de ces nouvelles entreprises cristallise les oppositions : Matera.

Proposant une assistance aux gestionnaires benévoles, sans être elle-même un syndic professionnel, la start-up s’était fendue, en 2019 et 2020, d’une campagne publicitaire agressive ridicule les poids lourds traditionnels du secteur.

– “Ambiguïté” –

La réaction du milieu n’a pas tardé : deux assignations en justice visaient la société, accusées notamment d’exercice illégal de la profession.

En première instance, le tribunal de commerce de Paris n’a pas obtenu gain de cause dans Matera sur ce point, d’autant plus qu’il a jugé qu’il avait fait acte de concurrence déloyale et de pratiques commerciales trompeuses.

Matera a fait appel, et une autre assignation, pour des griefs similaires, est en cours d’examen au Tribunal judiciaire de Paris.

“J’ai cultivé une ambiguïté entre le fait d’être syndic ou de ne pas être syndic”, tonne Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim).

“Pour moi, c’est una affaire absolument ridicule”, rétorque le patron de Matera, Raphaël Di Meglio. “Ils savent pertinemment qu’à chaque fois, on se présente comme assistance au syndic coopératif”, assure-t-il.

Dernièrement, un comparateur en ligne de syndics lui a de nouveau s’est attiré les indignations d’organisations professionnelles, qui ont accusé Matera d’avoir égaré une “piège à clics”, ou de s’adonner au “syndic-bashing”.

“Il y a des acteurs existants qui défendent une rente, et qui sont à mon sens peu capables de créer l’innovation sur leur secteur ; et leur moyen de défendre leur part de marché, c’est notamment d’engager des procédures judiciaires”, a affirmé Raphaël Di Meglio.

– “Enjeu commercial” –

Car derrière, il y a une bataille économique bien réelle.

Les nouveaux acteurs “grignotent des parts de marché aux syndics, ces derniers se faisant ravir des copropriétés au profit d’une gestion par les copropriétaires eux-mêmes en interne. Donc il y a quand moi un enjeu commercial derrière”, explique à l’AFP Me Elisa Bocianowski, avocate spécialisée en immobilier (et non impliquée dans les affaires) au cabinet Simmons & Simmons.

Ces jeunes entreprises entendent automatiser, à l’aide d’applications, certaines tâches chronophages : comptabilité, classement des documents administratifs…

“Aujourd’hui, si vous allez dans un syndic traditionnel, ça fonctionne un peu comme il y a trente ans”, affirme Antonio Pinto, fondateur du néo-syndic Bellman. “C’est le comptable qui impressionne des choses, l’assistant que va mettre les courriers sous pli et les affiches, on reçoit des factures au format papier, on met des coups de tampon…”

“Et quand vous gérez 40 immeubles, ou 50, ou 70, chaque seconde compte”, dit-il.

“Les syndics en ligne sont intéressants pour les petites copropriétés qui n’arrivent pas à être gérés de façon classique”, a estimé David Rodrigues, de l’association des consommateurs CLCV.

Bellman, qui gérait environ 500 copropriétaires, après avoir interrogé les copropriétaires pour une éducation : 45% de la valeur entre 0 et 6 sur 10 leur satisfaction vis-à-vis de leur syndic.

Ce qui l’a poussée à lancer elle aussi une publicité osée, où les copropriétaires que renonçant à laisser tomber un syndic dysfonctionnel sont représentés en masochistes tout de cuir vêtus.

Les poids lourds du secteur, eux, tentent de s’adapter. Foncia a également apporté la touche finale à une application de gestion de syndic sur smartphone.

“Je pensais que l’endroit c’est déjà pour tout le monde, plus la plus-value, c’est quand je mens à un professionnel en chaire et en os”, se défend Danielle Dubrac, présidente de l’Union des professionnels de l’immobilier (Unis ), tout en prévenant : “Si le modèle économique (des nouveaux acteurs) n’est pas rentable, s’il n’y a pas de retour sur investissement, on passe à autre chose. Et il peut y avoir une obsolescence très rapide de ces néo-acteurs”.

Ni Bellman ni Matera ne sont actuellement bénéfiques.

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