Conduire pour survivre sur Netflix

ENTRETIEN – Cet ingénieur de 44 ans est apparu dans les trois premières saisons de la série phénomène alors qu’il était le «team principal» de l’écurie Renault. Aujourd’hui j’ai enlevé le monde de la Formule 1, la dernière fois que j’ai Figaro ses souvenirs du tournage.

Ingénieur de formation, Cyril Abiteboul devient en 2016 directeur de la flotte Renault. Pendant six ans, il a redoublé d’efforts pour porter la grande maison française automobile vers la tête des tableaux en Formule 1. Les trois dernières années, c’était devant les caméras de Netflix pour la série documentaire phénomène Formule 1 : conduire pour survivre. Un projet pour le mécène est notamment investi pour coordonner les négociations entre les différentes scènes et la production afin de faire du film voie le jour. Plus d’un an après avoir quitté le monde de la Formule 1, et par séquent la série de la plateforme, Cyril Abiteboul se confie sur son Figaro et revient sur cette aventure.

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JE VOUS FIGURE. – Comment vous a-t-on présenté le projet Netflix ?

Cyril ABITEBOUL. – En 2016, Liberty Media, qui lance la Formule 1, initialement un ensemble de mesures, de la plus anecdotique (le changement de logo) à la plus emblématique, la stratégie marketing. Cette société américaine, professionnelle du divertissement, a envoyé un potentiel médiatique énorme et inexploité en Formule 1. À l’époque, il fallait trouver une autre façon de monétiser le sport et faire ainsi grimper les droits sportifs qui auraient atteint un plafond. Netflix était l’un de ses leviers pour y parvenir.

Avez-vous été immédiatement emballé par l’idée ?
Lorsque Liberty a proposé le programme, faites-leur savoir qu’il a été atténué après les trois événements réussis et d’autres favorables. J’étais très clairement dans la seconde catégorie. C’était une aubaine pour les écuries les moins médiatisées. Dans le milieu, la médiatisation étant proportionnelle aux résultats. C’est Renault qui a coordonné l’ensemble de la négociation avec Netflix pour toutes les écuries. Ce n’était absolument pas gagné. Deux éléments inquiétaient les écuries : la peur de se fâcher avec plusieurs médias et la problématique de l’image et de la gestion de la réputation. Tout d’un coup, vous devez donner un accès très privilégié. Enfin, Red Bull, très frileux au départ, a compris qu’il y avait quelque chose à y gagner. Mercedes et Ferrari l’ont réalisé un peu plus tard. J’avais par ailleurs négocié un temps de parole à parts égales entre chaque maison, ce qui équivaut à un épisode par écurie. Cela va finalement se passer un peu différemment mais la promesse du projet initial est globalement tenue.

« Chaque écurie concernée avait un droit de visionnage avant la diffusion »

Cyril Abiteboul


Sur le tournage, à quel moment les caméras vous sont-elles présentes ?

L’équipe est petite, composée d’un cadreur et d’un preneur de fils. Ils sont totalement intégrés dans nos équipes. La confiance en nous à incités à leur donner un accès extraordinaire, initialement inimaginable. Quand on leur disait « sur coupé », il n’y avait pas la moindre négociation. C’est une relation agréable et très différente de celle avec les médias audiovisuels traditionnels. Rien n’a été fait à notre insu. En plus de cela, chaque écurie dispose d’un droit de visionnage avant la diffusion, à actionner seulement pour des bonnes raisons : secrets techniques, propos diffamatoires… J’ai utilisé ce droit une fois pour faire retirer une séquence avec Daniel Ricciardo (Pilote Renault en 2019 et 2020, NDLR.) et protéger sont image. Précision : nous n’avons accès qu’aux images qui nous concernent. On ne voit pas le fameux final cut et donc la série dans sa totalité. On l’a découverte en même temps que tout le monde. J’admets que j’ai parfois été surpris du résultat final.

What’est-ce qui vous a surpris?
Il ne faut pas se leurrer, Conduire pour survivre réprimander les codes de la téléréalité. La télédimension compte énormément et ce n’est pas 100% de réalité. La série montre une bonne représentation générale du contexte et des personnages, plus que les faits narratifs sont parfois exagérés et caricaturés. Des pilotes et des directeurs d’écurie ont vu leurs relations très fortement dégradées après diffusion.

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La guerre que vous entretenez avec Christian Horner dépeinte était-elle réelle ?
Non, cette histoire est typiquement exagérée. Même s’il y avait un antagonisme entre nous, bien sûr. Le montage intègre les images d’un Grand Prix pour les réattribuer à un autre et aussi créer un effet dramatique. Mais, je comprends la logique. C’est un produit amusant qui a trois restaurants sur Netflix. Enfin, la Formule 1 a déjà gagné quelque chose. Quand auparavant, il y avait difficilement 30 000 spectateurs au Grand Prix de Barcelone ou de Monaco, et qu’aujourd’hui on compte 120 000, il n’y a pas de débat.

Quand les entretiens individuels avec caméra faciale seront-ils publiés ?
Les interviews étaient un rituel extrêmement cadré. Elles sont prévues le week-end, pour les reconversions de chambres d’hôtel en studio photo pour l’occasion. Souvent, le matin de bonne heure, à peigner un café endossé. C’est toujours un exercice un peu dur. Les journalistes posent les multiples questions pour obtenir les réponses qu’ils n’ont pas laissées dans le thé. Moi je n’étais pas très à l’aise, j’étais même le pire client. L’anglais, comme tout le monde l’a remarqué, n’est pas ma langue natale ! (Rires.) Christian Horner est le meilleur pour sortir des punchlines de manière industrielle.

« Des pilotes ont essayé d’obtenir une rémunération pour participer à la série »

Cyril Abiteboul


Aviez-vous signé un contrat qu’engendrait une rémunération ?

Non, nos panneaux sont simplement en téléchargement pour l’utilisation de notre image. Aucune rémunération. Dans le grand système économique de la F1, le détenteur des droits commerciaux collecte tous les revenus liés à l’exploitation de l’image et redistribue aux écuries. La série a un impact indirect au niveau des écuries plus que de façon individuelle. Je sais que des piles ont essayé d’obtenir une rémunération mais sans, me semble-t-il, et arriver.

Christian Horner est monté sur famille dans son ranch. Passe toi. Est-ce un choix ?
Oui. J’ai eu les mêmes propositions mais je ne voulais pas du tout exposer ma famille. Quand Renault est représenté, chapiteau populaire des évolutions sociales fortes, il s’agit de savoir s’il faut jouer dans un titre individuel. La narration devait passer par les pilotes et non par moi-même.

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Comment la série est-elle vue de l’intérieur du monde de la F1 ?
D’année en année, l’impact est progressivement mesurable. La première saison est passée relativement inaperçue. C’est surtout à la troisième saison qu’on a connu un phénomène d’amplification, d’attente. Bien que vous soyez totalement incognito, vous êtes devenu un acteur de Netflix. Les gens oubliant que j’avais un vrai métier par ailleurs. Encore aujourd’hui, alors que je n’apparais plus, il n’y a pas une journée où l’on ne m’arrête pas pour me sue mon retour date ou un selfie.

Vous n’apparaissez effectivement plus dans la série depuis la fin de la saison 3 et votre départ de Renault début 2021. Cet événement n’a été que momentanément évoqué en saison 4. Que s’est-il passé pour ceux qui n’ont pas suivre le mercato?
Il y avait de très fortes divergences d’opinions et de valeurs avec Renault. Je suis quelqu’un de convictions et je n’avais pas envie de revenir sur certaines d’entre les. Le groupe avait un projet en tête et c’était le bon moment pour une nouvelle incarnation. Netflix m’a proposé que je raconte mon départ, dans une mise en scène au jardin du Luxembourg. J’ai réfléchi mais, connaissant bien l’exercice, je suis moi qu’il n’y avait pas de bonnes façons de traiter ce sujet qui ne regarde que moi et l’entreprise. Il valait mieux en rester là.

« Le milieu du sport automobile est toxique »

Cyril Abiteboul


Que faites-vous aujourd’hui ?

Plusieurs choses. J’ai encore quelques liens avec le sport auto : j’aide une entreprise à produire les moteurs de F2 et F3. Je travaille un peu dans l’investissement et le capital-risque et mon activité opérationnelle principale réside dans un chantier nautique qu’intégré des bateaux de courses au large, du Vendée Globe à la route du Rhum. Les bateaux qui gagnent sortent de ce chantier. La voile me rappelle un peu là la Formule 1 il y a déjà une trentaine d’années. Il ne faut pas chercher à lui donner le même destin mais il y a de plus en plus d’audiences et de sponsors. CDK Technologies (la société à la direction générale) est pleinement armée pour le développement du sport.

Pourriez-vous participer à une adaptation de Conduire pour survivre verser la voile?
Figurez-vous qu’il y en une, sur le Pro Sailing Tour, signé Canal+. La semaine dernière, j’ai rencontré los producteurs qu’ont mis en place le championnat de voile au service d’un projet documentaire. l’inverse de Conduire pour survivre: désormais, le sport s’ajuste au média. Du sur-mesure, en somme. Il y a un effet de mode indéniable. Tous les sports sont en train de s’y mettre, le Tour de France de cyclisme, la moto… Néanmoins, la Formule 1 reste le meilleur produit possible pour ce type de narration. Il le balaie jusqu’à été mise tellement haute. Il y aura surement d’autres choses à inventer.

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Gardez-vous toujours un œil sur la Formule 1 ?
Bien au sud. J’ai passé 15 ans à ne regarder que ça. Il faudrait une longue cure de désintoxication pour m’arrêter.

Comment décririez-vous le monde du sport automobile ?
Je ne viens pas d’une culture automobile mais une fois qu’on est au contact de cet univers de passion et de performance, on plonge la tête la première. Mes quinze années d’exercice sont passées en un clin d’œil. C’est du plaisir mais aussi beaucoup de rugosité. Je dirais qu’il y a un milieu toxique qui abîme. On prend des coups et pour exister, il faut en donner. Tout le monde n’est pas préparé à ça. Extérieurement comme intérieurement. Chez Renault, j’avais l’impression de passer mon temps à expliquer pourquoi la marque est présente en Formule 1. Ce ne sera jamais une préoccupation de Ferrari. On voyage aussi beaucoup et, chez Renault, il faut également gérer les usines. Sans oublier les événements de ces dernières années : la crise financière de 2008, l’électricité, le département de Carlos Ghosn…

Êtes-vous toujours en contact avec votre ancien pilote Daniel Ricciardo ?
On s’est vus pour mon tatouage (un pardu perdu : Cyril Abiteboul avait promis de se faire tatouer si Daniel Ricciardo atteignait un podium) qui s’est improvisé en cinq minutes. J’avais beaucoup procrastiné là-dessus. Enfin, j’ai choisi de croiser une partie du logo Renault qui me tenait à cœur et l’animal surnom de Daniel Ricciardo, le « blaireau à miel ». Plus ça va et moins je suis fier de l’afficher, enfin bon… (Rires.)

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