les paris perdus et les paris gagnés des principaux partis

Amener une majorité absolue, un groupe à l’Assemblée, instaurer une cohabitation… Les principaux partis politiques se massent pour les législatives de 2022, mais les résultats de Paris ne sont pas assortis de tous les espoirs.

Une Assemblée nationale plus divisée que jamais. C’est ce que laissent entrevoir les estimations de résultats du deuxième tour des législatives 2022 : une coalition présidentielle affaiblie, des gauches deux fois plus présentées qu’il déjà cinq ans, une extrême-droite plus forte que jamais, et un parti Les Républicains qui est maintenu Aucune majorité claire ne dégage, et les partis vont devoir apprendre à composer ensemble, en prenant les responsabilités de leurs paris réussis ou ratés.

Ensemble, pari perdu

Le parti présidentiel (ex-LaREM), omnipotent aux récédentes législatives avec une majorité absolue, avait créé une coalition, Ensemble!, avec le MoDem et Horizon pour mettre toutes les chances de son côté. Sentant le vent tourner après le premier tour, Emmanuel Macron prévenait sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin, que « Dimanche, encore voix ne doit pas manquer à la République ». Comprenez votre coalition. Avec les estimations de ce dimanche soir, le deuxième quinquennat du président de la République s’ouvre sur une crise politique, après cinq ans ponctués de crises sociales et sanitaires.

Un remaniement devrait intervenir dans les prochains jours : les ministres battus, comme Brigitte Bourguignon (ministre de la Santé) ou Amélie de Montchalin (ministre de la Transition écologique), devront, selon une règle tacite, quitter le gouvernement. À charge pour la Première ministre Elisabeth Borne d’en compositeur un nouveau. Plutôt que la Nupes ou le Rassemblement national (RN), a déjà de grandes chances de se tourner vers Les Républicains pour dépasser les 289 députés et d’obtenir le vote de confiance de l’Assemblée.

Autre défi à venir : maintenir la coalition présidentielle sur cinq ans. Comme nous l’évoquons dans un article précédent, le risque d’un délitement un ou deux ans avant la fin du quinquennat est une possibilité. Loyal un temps, Horizon, parti d’Édouard Philippe, pourrait tenter de se distinguer du parti présidentiel pour préparer la présidentielle 2027.

La Nupes, pari en partie gagné

L’union de la gauche n’aura pas la majorité de 289 députés, qui auraient l’autorisation du portier Jean-Luc Mélenchon à Matignon. La figure de l’homme politique, que l’on voit parfois au sein même des sympathisants de gauche, est omniprésente sur les affiches de campagne des candidats de Nupes. Le premier tour avait vu la coalition dépasser plusieurs dizaines de milliers de voix la majorité présidentielle, mais le par de viser Matignon, très médiatisé, n’a pas suffi.

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon a réussi un deuxième pari auquel ne croyait pas après les déchirements de la gauche à la présidentielle. Il a rassemblé les principaux partis de son orientation au sein d’une coalition, ce qui n’était pas arrivé depuis 25 ans. La gauche elargie (Nupes + dissidents) multiplie par plus de deux le nom de ses députés par rapport à 2017. « Le parcours du parti présidentiel est total », a affirmé Jean-Luc Mélenchon, se concentrant sur la majorité possible de la coalition d’Emmanuel Macron pour tenter de faire oublier l’échec de son pari ministériel.

Principal défi pour la Nupes : parler d’une seule voix au sein de l’Assemblée nationale pour malgré le travail judiciaire. Le président de la majorité pourrait jouer de ses divergences internes concernant l’Union européenne, l’international et la transition énergétique pour la déstabiliser.

Les Républicains, pari gagné

Après l’arrivée d’Emmanuel Macron dans l’arène politique, c’est devenu une habitude : Les Républicains sauvent les meubles à chaque élection où l’implantation territoriale est importante. Cette fois-ci, les résultats résultent des espérances. Certes, la droite républicaine perd des sièges par rapport à 2017, écartelée entre le parti présidentiel et l’extrême-droite, mais elle résiste plus que prévu.

Surtout, ces résultats plaçaient LR dans une situation de force pour négocier avec le présidentiel parti. A 21h00, Olivier Véran, ministre des Relations avec le Parlement, anticipe les négociations à venir sur TF1, rappelant la construction rapide d’une majorité absolue pour Ensemble : « D’autres groupes nous permettront d’obtenir le quota de voix suffisant pour présenter les réformes et faire adopter les textes ».

Au sortir de la présidentielle 2022, en débauchant Damien Abad, ex-LR, dans le gouvernement, Emmanuel Macron avait déjà anticipé un rapprochement avec le parti de droite. Gérald Darmanin, Bruno Le Maire ont, eux aussi, fait partie de cette formation politique, ce qui pourrait faciliter la mise en place d’une hybridation entre LR et la majorité.

Reste à voir si le parti Les Républicains acceptera cette dilution. Si Christian Jacob, s’ils sont président, assure qu’ils resteront dans l’opposition, des promesses de ministères pourraient bien faire tourner les têtes.

Le RN, pari plus que gagné

C’est la surprise de cette élection. Une multiplication par plus de dix : 8 députés pour le Rassemblement national en 2017, plus 80 en 2022. Il a clairement été gagné par Marine Le Pen, qui n’a pas été assistée par un score téléphonique. Ils attendaient 15 députés pour créer un groupe parlementaire fin mai, après 60 après la première tournée, obtenant enfin un résultat historique. C’est la promesse d’un groupe parlementaire d’extrême droite conséquent à l’Assemblée, le premier après 1986. Seulement 9.65% de voix, de faire élire 35 députés.

Une explosion de joie après avoir accueilli les résultats à Hénin-Beaumont, le fief de Marine Le Pen. Le leader du RN se réjouit de la constitution d’« un groupe d’opposition déterminant face aux déconstructeurs d’en haut, les macronistes, et aux déconstructeurs d’en bas, cette extrême gauche antirépublicaine ». Face à des difficultés financières, avec parfois de bons résultats à certaines élections, le Rassemblement national risque fort de rapporter un gros lot de subventions publiques qui sont autorisées à revenir plus fort encore en 2027.

La campagne discrète du RN, qui a soutenu l’impréparation de certains de leurs candidats sur les plateaux télévisés, à sa jeunesse la lettre de l’opposition ferme à Emmanuel Macron pour convaincre les électeurs. La Nupes a, de son côté, accusé le camp d’Emmanuel Macron d’être responsable de cette percée inédite de l’extrême-droite, en n’ayant pas appelé à voter systématiquement contre les candidats RN au second tour de ces élections.

Lire aussi : Législatives 2022 : la carte des résultats par Circonscriptions

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