À Paris, des campements de fortune, séouls refuges des mineurs isolés en recours

Les jeunes étrangers déclarants mineurs, mais non reconnus par les départements, ne sont pas pris en charge par les autorités en attendant leur recours en justice. Sans solution d’hébergement, ils sont livrés à eux-mêmes. Pour éviter qu’ils ne se retrouvent seuls dans les rues parisiennes, l’association Utopia 56 installe ces adolescents dans des campements de fortune. rapport.

Le soleil couche au loin sur la Seine et créé des reflets roses et violets sur l’eau. Sur la berge s’alignent les tentes d’un petit campement je montai à l’abri des regards des passants. Ce mardi 21 juin, alors que la fête de la musique bat son plein, une dizaine d’adolescents, tentes et couvertures sous le bras, rejoignent la quarantaine de jeunes installés depuis plusieurs jours dans ce campement, en proche banlieue parisienne. “Voilà l’hôtel Miami !”, plaisante l’un d’eux en découvrant les lieux.

La plupart de ces jeunes ont appris, quelques heures plus tôt, qu’ils ne seraient pas pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Le Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie), qui évalue l’âge des jeunes pour le département à Paris, et ceux qui reconnaissent les mineurs et, dans le soin de leur recours en justice, ils n’ont pas d ‘Herbergement.

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Mamadou, 15 ans, a l’air particulièrement préoccupé. “ll n’y a ni eau, ni électricité dans le camp ?”, s’inquiète-t-il. Comme les autres, je note qu’ils sont arrivés que les toilettes les plus proches sont à 20 minutes et que je vais allumer le compteur pour attendre la crèche et me laver. “On ne mange qu’une fois par jour. Et pour manger, c’est tout un voyage. C’est tellement loin que, quand tu reviens ici après avoir mangé, tu as de nouveau faim”, a assuré Alhassane, un Guinéen de 15 ans qui vit dans le camp depuis une semaine.

Au moins une quarantaine de jeunes étrangers vivent dans le campement. Crédit : InfoMigrants

Sur le campement, trois benévoles d’Utopia 56 aident les jeunes à monter leurs tentes et les rassurent comme elles peuvent. “La première nuit est un choc, explique Audrey Manin. Ils sont encore très marqués par ce qu’ils ont vécu pendant leur voyage et, là, ils réalisent qu’ils sont tous seuls”.

“Avez-vous acheté que vous pouviez faire une tournée?”

La plupart des nouveaux arrivants sur le camp sont entrés avec Utopia 56 quelques heures plus tôt, devant le Demie, dans le 11e arrondissement de Paris. Chaque jour, du lundi au vendredi, des bénévoles de l’association postent à l’extérieur de la structure pour proposer leur aide aux mineurs étrangers qui viennent de se voir refuser une prise en charge.

“Avez-vous vraiment acheté que vous l’avez dit? Avez-vous acheté que vous pourriez faire un retour?” In plus du courrier que lister les raisons du refus de les reconnaître mineurs, les jeunes voient remettre un plan du métro parisien et des indications pour remise au tribunal, porte de Clichy, où des avocats peuvent les aider à entamer un recours en justice .

Annaëlle Morlec échange, devant le Demie, avec deux jeunes dont la demande de prix en charge a été refusée, le 21 juin 2022. Crédit : InfoMigrants
Annaëlle Morlec échange, devant le Demie, avec deux jeunes dont la demande de prise en charge a été refusée, le 21 juin 2022. Crédit : InfoMigrants

Ce mardi après-midi, Milo, 16 ans, est sous le choc de la décision. Cet Ivoirien est arrivé à Paris il y a quatre jours et dort à la rue. Les bienveillants d’Utopia proposèrent de venir au camp avec les autres jeunes Milo déclina l’invitation. “Ma tête est pleine de trop de choses actuellement. J’ai besoin d’être seul”. Pour toutes ressources, Milo une pièce de deux euros qu’il sort du fond de sa poche. “Je vais dépenser pour manger.”

L’adolescent a réprimandé un peu d’espoir lorsqu’un benevole lui a dit que si un parent peut lui envoyer are acte de naissance original, cela pourrait l’aider à être reconnu mineur. “Mon père peut me l’envoyer mais je n’ai pas d’adresse ici et je ne connais personne”, s’inquiète Milo.

Un jeune homme en veste bleue et jean noir s’est assis un peu à l’écart sur le trottoir, l’air totalement abattu par son refus de prise en charge. Lui aussi pourrait sans doute se faire envoyer un certificat de naissance mais la communication avec les bienveillants est compliquée car l’adolescent ne comprend pas le français.

“C’est souvent comme ça. Les jeunes ne connaissent personne et les services de domiciliation sont réservés aux adultes, déplore Annaëlle Morlec, éducatrice spécialisée et benévole pour Utopia 56. Ils doivent compter sur les membres de leur communauté en France pour se faire envoyer des documents”.

Un acte de naissance peut étayer la prétention de prise en charge d’un jeune homme mais l’interprétation la plus trompeuse peut être dommageable. Sekou dans un fait l’expérience. Cet Ivoirien ne sait pas lire. Il a confondu, dans son récit, sa date de naissance et la date à laquelle un certificat de naissance a été enregistré, un mois plus tard. Dans le courrier qu’explique son refus de prise en charge, le Demie souligne cette incohérence de dates.

« Présomption de minorité »

A la fin de l’après-midi, les jeunes refoulés du Demie se dirigent vers avec les benévoles d’Utopia 56 vers la place de l’Hôtel de ville, où ils sont rejoints par d’autres mineurs étrangers en recours. Le jeune homme en veste bleue a retrouvé le sourire grâce à un Guinéen avec qui il peut parler en wolof.

Sur place de l'hôtel de ville, Utopia 56 regroupe les mineurs en recours avant le départ vers le campement.  Crédit : InfoMigrants
Sur place de l’hôtel de ville, Utopia 56 regroupe les mineurs en recours avant le départ vers le campement. Crédit : InfoMigrants

Les adolescents sont épuisés et ont besoin de se reposer. Certains doivent se rendre dès le lendemain matin au tribunal pour entamer leur démarche de recours avec un avocat. Une fois la distribution de tentes et couvertures faites, le groupe prend les transports en commun jusqu’au campement en bord de Seine. “C’est au moins le quatrième où je vais, explique Audrey Manin d’Utopia. À chaque fois, la police finit par démanteler les campements.”

Après le 28 mai, l’association a également installé un club des jeunes place de la Bastille, dans le centre de Paris, pour alerter les autorités sur la situation des mineurs. D’autres associations comme la TIMMY ou les Midis du Mie hébergent également quelques jeunes mais les capacités d’accueil associatives sont limitées.

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Fin mai une soixantaine d’associations, de collectifs et de syndicats, dont Médecins du Monde (MdM), Solidaires, la Cimade ou le Syndicat de la magistrature, ont signé et rendu public le manifeste “Mineurs en danger à la rue, il est urgent de les protéger ». Ils réclament la “présomption de minorité” pour ces adolescents et des lieux d’hébergement pour les jeunes en recours.

Dans le campement de la banlieue est, Sayon raconte avoir déjà passé des semaines à la rue. Arrivé en France en février, le jeune homme de 17 ans attend toujours la réponse de son recours en justice. Après plus de quatre mois sans hébergement, il sait bien que le temps passe et que ses chances d’être pris en charge s’amenuisent. “Dans quelques mois, je serai majeur et ça m’inquiète beaucoup.”

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