Frédéric et Mélanie Biessy, de Paris à la conquête d’Avignon


Ne leur parle pas de crise ! Trois ans après avoir inauguré La Scala à Paris et malgré des débuts mouvementés (“entre les manifestations de Gilets jaunes et la pandémie de Covid, nous avons vraiment été gâtés”, sourient-ils), Frédéric et Mélanie Biessy ont évoqué les difficultés économiques du moment en ouvrant à Avignon un nouveau lieu dédié au spectacle vivant. Cet établissement, baptisé La Scala Provence, lève le rideau le 7 juillet en lieu et place de l’ancien cinéma Capitole, rue Pourquery-Boisserin, à deux pas de rue de la République, l’artère principale de la cité des papes. Le « complexe théâtral » comprend 4 salles et 1 000 places au total.

« Encore une fois, les Biessy ont vu les choses en grand. Leur nouveau lieu est magnifique », s’enthousiasme Alexis Michalik, qui y joue, en alternance avec Paul Lapierre, Une histoire d’amour dans le « off » du Festival d’Avignon. Outre la pièce d’Alexis Michalik, créée à La Scala Paris, où elle a été représentée plus de 400 fois, une trentaine d’artistes seront à l’affiche du lieu tout l’été. Parmi eux ? Benoît Solès dans La machine de Turing mise en scène de Tristan Petitgirard, mais aussi Jos Houben pour un one-man-show comique, L’art du rireou encore Fabrice Drouelle qui s’adapte pour la scène avec l’émission affaires sensibles. Des musiciens nommés s’y produisent également entre juillet et août (Renaud Capuçon, Guillaume Bellom, Francesco Tristano), voire des humoristes (La Framboise frivole, Marc Jolivet) et même des troupes de cirque.

Une programmation éclectique

« Nous entendons proposer à La Scala Provence une programmation aussi diversifiée que celle de nos salles parisiennes », énonce Frédéric Biessy. “Nous voulons donner à voir le plus de choses possibles sans nous cantonner à un genre particulier”, complète sa femme, Mélanie. « Pour faire vivre une structure privée aussi importante, il faut nécessairement proposer une vaste palette de spectacles afin de répondre à toutes les attentions », analyse Alexis Michalik.

Si mari et femme partagent le même goût pour l’éclectisme, le couple n’aurait jamais pensé s’implanter à Avignon si Françoise Nyssen ne l’avait pas contacté l’an dernier pour lui signaler cet immeuble vacant. « Notre projet initial était de nous associer avec le groupe Actes Sud pour y ouvrir une librairie et un lieu de création, mais l’idée s’est rapidement imposée d’en faire un endroit exclusivement consacré au spectacle vivant », Mélanie et Frédéric Biessy.

Après six mois de travaux et 5,5 millions d’euros d’investissement (contre 20 millions pour La Scala Paris), ils ont été époux Biessy entendent faire de cette structure bien plus qu’un lieu de diffusion. L’établissement reste ainsi ouvert toute l’année. Hors saison, il deviendra un lieu de résidence pour artistes. Des metteurs en scène, des comédiens mais aussi des musiciens y seront accueillis pour des durées variables selon les projets. Et dans les huit studios d’enregistrement installés sur place seront enregistrés les ques du label Scala Music, que les époux Biessy viennent, par ailleurs, de fonder.

Une “Factory” à la française

Ce lieu pluridisciplinaire, où se mêlent théâtre, danse et musique mais aussi diverses performances et arts visuels, Mélanie et Frédéric Biessy déclarent l’envisager comme une sorte de « Factory », en référence à l’atelier new-yorkais d’Andy Warhol où It croisèrent, de 1964 à 1987, les grandes figures de la scène de l’art contemporain et du rock. Ils ambitionnent d’y créer une forme de pépinière, voire d’incubateur artistique.

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Frédéric Biessy, producteur de spectacles pendant 58 ans qui a fait ses débuts au milieu des années 1980 auprès du tourneur Henri Dreyfus, a déclaré vouloir faire de La Scala Provence un lieu de rencontre entre créateurs, une fabrique où tous les arts se mélangeraient pour booster l’imaginaire [leurs] hôtes ». Son épouse, fille de restaurateurs alsaciens, qui travaille en parallèle avec un fonds d’investissement et en charge des finances de l’entreprise, présente, quant à elle, leur nouvel établissement comme « un lieu voué à l’émergence de nouvelles aventures artistiques ». Ce que le metteur en scène Thomas Jolly résume d’une jolie formule : « Ce qu’ont créé les Biessy, c’est finalement une forme de start-up philanthropique destinée à soutenir les créateurs. »

Bientôt au cinéma

Si leur projet d’entreprise ne saurait être comparé à celui d’une ONG, Frédéric et Mélanie Biessy n’envisagent pas moins, à moyen terme, de transformer leur société en fondation. « Nous inscrivons notre projet dans le temps long. Notre action ne vise pas simplement à programmer des spectacles, mais à accompagner des artistes d’un bout à l’autre de leurs projets », justifie Frédéric. « Nous ne voulons pas devenir un garage chic qui programmerait des créations lieux d’ailleurs. Nous voulons aussi y participer participer », complète Mélanie Biessy.

C’est dans cet esprit qu’elle défriche aujourd’hui un nouveau terrain de jeux : le septième art. Mélanie Biessy a cru, en solo, à sa propre société de production cinématographique (Scala films). Il s’agit de premier long-métrage, coproduit avec Charles Gillibert, devrait voir le jour entre 2023 et 2024. Il s’agira de l’adaptation du roman d’Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele, portée à l’écran par Kirill Serebrennikov. Un créateur qui, comme les Biessy, voit jouer des frontières. In temoigne sa dernière création, actuellement proposée dans la cour d’honneur d’Avignon. Cette adaptation du moine noir d’Anton Tchekhov mélange allègrement les langues (russe, allemand et anglais) ainsi que les disciplines artistiques (danse, musique, cinéma et théâtre).


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