“Avant de “réenchanter les Champs-Élysées”, Anne Hidalgo devrait commencer par arrêter de dégrader Paris”

FIGAROVOX/TRIBUNE – La mère de Paris lui a présenté le 11 mai un projet visant à végétaliser davantage la célèbre avenue parisienne. Le journaliste et écrivain Jonathan Siksou s’inquiète de cette démarche. Selon lui, la municipalité a, avant tout, voué à la protection et à la préservation du patrimoine de la capitale.

Jonathan Siksou est journaliste et écrivain. Il collabore notamment au magazine Causeur. Dernier ouvrage parau : CapitaleÉditions du Cerf, 2021.


Dans « Hommes-Femmes mode d’emploi » (1996), Claude Lelouch fait dire à l’une de ses actrices : “Un vrai Parisien passe au moins une fois par semaine sur les Champs-Élysées.” Si ça n’était déjà pas très vrai à la fin du XXet siècle, ça ne l’est plus du tout dans le premier quart du XXIet. L’explication est donnée au chercheur du côté de l’incurie municipale après une vingtaine d’années, Anne Hidalgo ne faisant que labourer en profondeur les sillons tracés par le rédécesseur Bertrand Delanoë. La gestion calamiteuse de la capitale alimente les scandales : urbanisme, écologie, logement social, circulation, patrimoine, dégradé, insécurité… Les premières victimes en sont d’abord les Parisiens et les Franciliens, puis les visiteurs de passage et les touristes. L’état déplorable du Champs-de-Mars a été récemment mi en avant por les projets d’aménagements des aboards de la tour Eiffel en vue des JO de 2024. Un nouveau dossier qui prouve que l’hôtel de Ville ne jette aucun leçon de rien et pensée pouvoir encore saccager impunément Paris et son historique. La claque électorale qui vient d’Anne Hidalgo est enflammée par les élections présidentielles et le passé va s’abattre sur la Terre. Et comme elle a fait de l’organisation des Jeux une affaire personnelle, on est en droit de s’attendre au pire.

Même guidée par la meilleure volonté du monde, Anne Hidalgo ne pourra, en deux ans, modifier de nouvelles coutumes et réparer les outrages d’une vingtaine d’années d’abandon.

Jonathan Siskou

Forte de sa rhétorique hors-sol et de son dialecte verbeux fourni elle nous a habitués pour assener son idéologie doctrinaire, la Mairie souhaite « Réenchanter les Champs-Élysées »c’est le nom du projet, pour nous faire oublier que la percée dessinée par Le Nôtre au XVIIet siècle est devenu la poubelle avenue du monde. Les JO seraient donc l’occasion d’un grand ménage. Anne Hidalgo n’est pas responsable de l’état de décrépitude dans lequel se trouve aujourd’hui cette avenue, mais elle n’a rien fait, depuis qu’elle est « aux responsabilités », pour arranger quoi que ce soit. Elle n’est jusqu’à présent responsable que d’une chose choisie, dans ce coin du 8et arrondissement : le remplacement des enveloppes et délicates fontaines en épis de verre qui ornent les quatre coins du Rond-Point, par les robinets géants du Bouroullec aux frères. Ce bon goût assumé remonte au bas de l’avenue, côté Cours-la-Reine, où j’ai planté le «Bouquet de tulipes» de Jeff Koons.

À VOU AUSSI – Commentaire Anne Hidalgo a voulu embêter Emmanuel Macron le soir de sa réélection

Jacques Chirac, alors maire de Paris, avait au début des années 1990 J’ai lancé une ambitieuse campagne de réaménagement de l’avenue. Suppression des contre-allées pour voitures, dallage des trottoirs en granit gris, nouveau mobilier urbain etc. Passé ce délai, riez, riez strictement de ce fait pour les différents maires de la capitale. Outre cette négligence coupable, cet ax est-ouest, longtemps habitué aux seuls défilés du 14-juillet, est désormais le théâtre de manifestations régulières et hyperviolentes, des «gilets jaunes» aux supporters de football qui incendient et pillent tout sur leur passage, quel que soit le match et quel que soit le résultat. Des vagues déferlantes facilitées par la jonction RER à la gare Charles-de-Gaulle-Étoile. Ces dégradations à répétition rencontrées s’ajoutent les poubelles à débordement et l’anomie qui régit les rues de Paris (terrasses de cafés – la privatisation grandissante de l’espace public est un autre scandale –, velos, trottinettes, mendicité en bande organisée etc. .) achevant le portrait que l’on peut brosser des Champs-Élysées actuels. Aussi, j’ai été guidé par la meilleure volonté du monde, Anne Hidalgo ne pourra, en deux ans, modifier de nouvelles coutumes et réparer les outrages d’une vingtaine d’années d’abandon.

Si la mairie de Paris a le droit de mettre sur l’assagissement du monde, elle a, avant tout, le devoir de protéger et de préserver le patrimoine de notre capitale.

Jonathan Siskou

Contrairement à ses caisses de vignes, l’Hôtel de Ville revoit ses ambitions à la baisse mais son projet de réaménagement s’étale sur plusieurs années. Dès 2022, ce sont les réparations des dallages et autres travaux de piétonnisation supplémentaires que sont engagés – notamment le rétrécissement de la circulation autour de l’Arc de Triomphe – même si « la végétation des pieds d’arbres». En langue hidalguien, cela veut dire laisser croître une végétation sauvage. C’est aussi une façon de justifier l’absence de tout desherbage dans de nombreux quartiers de Paris, et la suppression pure et simple des grilles qu’aide à l’entretien de l’espace public. À voir les vues du cabinet d’architectes que phosphore sur ce projet, les Champs-Élysées de main seront une vaste allée insoleillée, ponctuée de terrasses de cafés plantées au milieu de carrés verdoyants, façon prairies enchanteresses – on y comprend presque le chant des oiseaux. Ces images, parfaitement en phase avec le monde magique dans lequel la maire de Paris et son équipe s’acharnent à vouloir vivre – Anne Hidalgo n’hésite pas à parler de “jardin extraordinaire” –, sont à l’opposé de la réalité quotidienne des Parisiens et des millions de visiteurs qui (re)viennent du monde entier. More tant de poésie finira peut-être par être sensibilisé à la beauté de la Création les casseurs, les vandales et autres jeteurs de détritus.

Si la dame de Paris a raison d’être avare du bilan du monde, elle est, avant tout, dévouée à la protection et à la préservation du patrimoine de notre capitale, patrimoine de l’histoire de France. Or, pour la seconde phase du réaménagement des Champs-Élysées, la place de la Concorde constitue “un obstacle” [sic], selon Philippe Chiambaretta, l’architecte qui a piloté le projet. Pour préparer les esprits chagrins – ces amoureux des vieilles pierres attachés aux témoignages des siècles – à la pseudo-végétalisation de la place, il évoque la nécessité de créer une “continuité” entre le Jardin des Tuileries et celui des Champs-Élysées avec plantations d’arbres et « Des kiosques contemporains abordables pour tous, qui favorisent un approvisionnement alimentaire positif pour le climat » [re-sic]. Nous pouvons faire confiance à cet homme, brillant technicien, qui s’illustre par ailleurs dans la bétonisation du quartier de la Défense. Aux oubliettes, la minéralité monumentale du XVIIIet siècle ; aux oubliettes, la théâtralité des façades qu’encadrent la rue Royale de Gabriel ; aux oubliettes, la perspective unique de la Madeleine au palais Bourbon au centre de laquelle dresse l’Obélisque solitaire. La plus belle place du monde, urbaine par excellence, est justement mise en valeur par les feuillages du jardin des Tuileries et celui des Champs-Élysées. Le rectangle de cette place est serti dans la verdure comme une pierre précieuse est enchâssée dans sa monture. Ce n’est pas un “obstacle”, c’est un trait d’union qui permet d’appréhender cette perspective imaginée, et entretenue, pour les plus grands paysagistes de l’histoire. Je comprendrai le palais du Louvre, puis celui des Tuileries, ont regardé vers le soleil couchant.

Jusqu’où laisserons-nous faire l’ignorance et l’incompétence ? Ces Jeux de 2024 n’ont pas fini d’être le prétexte à la dénaturation et à la défiguration de Paris. Deux ans, c’est long, et les têtes pensantes de l’hôtel de Ville fourmillent d’idées pour nous réenchanter. Merci, mais nous n’avons rien demandé.


VOIR ÉGALEMENT – Le logo “Nouvelle union populaire écologique et sociale” devoile son

.

Leave a Comment